l’orangie

Entre deux tours

Posted in Homme et femmes politiques by loranji on avril 24, 2007

Trois forces en présence : des coups de téléphone, des appels du pied, des oeillades…
Bref, tout ce qui fait la politique.
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Sondages avant 20 heures : sans moi.

Posted in Homme et femmes politiques by loranji on avril 22, 2007

Dimanche 22 avril, 19h00 :

Mon compteur de requêtes Google et autres moteurs de recherche explose. Mais ce n’est pas ici que vous trouverez les estimations et sondages de sortie des urnes avant 20 heures.

La publication de ces résultats avant 20 heures, avant la fermeture des bureaux de vote des grandes villes et de l’Ile-de-france (entre 6 et 10 millions d’électeurs !) trouble nécessairement le processus démocratique.

Nous avons des ancêtres qui se sont battus pour le droit de vote, pour le secret du vote, pour le droit à voter dans la sérénité : notre stupide impatience d’aujourd’hui est plus qu’ une insulte à leur combat et à leur mémoire : c’est une porte ouverte vers une démocratie affolée, sans retenue ; une démocratie de la manipulation et non plus de la conviction.

Vous pouvez toujours dire que vous garderez pour vous les résultats – que vous pourrez lire ailleurs qu’ici, sur des blogs ou des sites de médias belges ou suisses.

Mais d’autres que vous, pourront être tentés de peser sur un proche en lui disant : "vote Y, parce que X est à tant de %, je l’ai lu sur tel blog." Et combien de personnes pourraient ainsi influer sur les résultats finaux ? Et si tout se jouait à quelques milliers, quelques centaines de voix ? Cela s’est vu aux dernière Présidentielles américaines.

Toutes les victoires ne sont pas bonnes à prendre en démocratie.

La vraie démocratie est celle qui respecte l’électeur, celui qui, dans les derniers moments, peut choisir en son âme et conscience ; même s’il choisir "mal"

Allez, bon vote, si ce n’est déjà fait. Et bonne soirée ! Perdant ou gagnant, la vie continue.

Médias belges et suisses : l’audience d’abord, tant pis pour la démocratie !

Posted in Homme et femmes politiques by loranji on avril 20, 2007

C’est un bon garçon, bien jovial, barbe poivre et sel, sourire en coin, regard gourmand, qui répond au question du journaliste français sur France 2. Lui aussi est journaliste, mais Belge ; de la RTBF précisément. J’avoue que je n’ai pas eu le temps de noter son nom, passez moi cette imprécision. J’admets également que je ne peux pas vous restituer ses paroles exactes, mais enfin, voilà : en quelques mots bien roulés dans la bouche, ce journaliste de la RTBF nous explique que "oui, bien sûr", il va publier les premières estimations de vote de l’élection présidentielle française bien avant 20 heures.
On sent qu’il a dit cela avec une joie non dissimulée. Vous pensez ! 

Quel plaisir de s’inviter ainsi dans cette élection, somme toute, nettement plus excitante que les éternelles rancoeurs entre Wallonie et Flandres. Et puis, quel amusement de pouvoir troubler le jeu en s’autorisant la diffusion de ces estimations avant les 20 heures franco-françaises légales. Imaginez, tous ces petits Français qui vont faire bondir l’audience de mon JT pour ensuite, battre la campagne en proclamant : "la RTBF annonce Sarkozy à 23% ; Royal à 20 ; Le Pen à 17 ; Bayrou aussi !"

Rtbflogo
Bref, du grand journalisme.

Est-ce un hasard si, côté Français, nos deux champions de "l’estimation avant l’heure" sont un grand animateur (Morandini) et un grand éditeur (Birenbaum) ? Remplacez "grand" par "petit", si cela vous chante : cela n’a plus aucune importance.

Plus rien n’a d’importance. Un grand média public belge n’a plus à s’interroger, ne serait-ce que le temps d’une conférence de rédaction, sur le bien-fondé de sa démarche.

Car, comprenez-vous, la RTBF n’a plus le temps de réfléchir à sa vocation journalistique ni à sa philosophie d’organe de presse public : elle est en concurrence avec RTL-TVI, chaîne privée qui proposera les premières estimations dès 19 heures.
Alors oui, à la RTBF, on ne se pose plus de questions, on fonce. D’ailleurs, la radio RTBF diffusera les résultats dès 19 heures. Et toc. Quant à la correspondante de la télévision RTBF à Paris, elle a indiqué au Monde : "Je serai sans doute en mesure de donner une estimation en direct à l’heure du journal télévisé de la RTBF, à 19H30."

C’est la course. La course au scoop. A aucun moment la RTBF et ses concurrents ne semblent s’être embarrassés de scrupules. Ils vont pourtant, clairement, nettement, volontairement, stupidement, troubler le processus démocratique d’un pays étranger.

Je n’exagère pas : aux heures où ces médias balanceront leur "sauce" (y-a-t-il un autre mot ?) six des sept départements d’Ile-de-France seront encore en train de voter (5 millions d’électeurs) ; ainsi que les villes de Chambéry, Nice, Marseille, Caen, Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Grenoble, Saint-Etienne, Reims, Strasbourg, Lyon, Villeurbanne et Amiens. Je vous laisse à vos calculettes. Une chose est sûre, les résultats pourront encore basculer lorsque la correspondante belge saisira son micro, face caméra.

Que ne dirait-on (et on aurait raison) si les médias français diffusaient les estimations de vote de pays comme la Belgique ou la Suisse – pays dont les médias ont également adopté le même comportement !

Mais, au-delà de l’exaspérante bêtise de ces médias, je vois surtout un véritable paradoxe dans cette histoire.
En effet, la presse occidentale, et européenne en particulier, est toujours encline à glorifier les droits de l’homme et à rappeler le "droit des peuples à disposer d’eux-mêmes". Mais tandis qu’elle se montre si attentionnée envers les pays politiquement instables (et c’est à son honneur), comment peut-elle se révéler si peu respectueuse, et au fond tellement cynique, envers un processus démocratique qui se déroule sur ses "terres" ?

Morandini et Birenbaum : citoyenneté ou démagogie ?

Posted in Homme et femmes politiques by loranji on avril 17, 2007

Certains blogueurs promettent de publier les chiffres des sondages de sortie des urnes avant 20 heures, sous prétexte qu’ils sont accessibles ailleurs. Démarche citoyenne ou course à l’audience ? Le vote de l’électeur paraît pris en otage.

Un débat chasse l’autre sur internet. Preuve de la bonne santé des internautes… La semaine dernière, l’ensemble de ce qu’il est convenu d’appeler la « blogosphère » bruissait d’annonces et d’opinions à propos d’un débat entre les quatre grands candidats à l’élection présidentielle. On le sait, ce débat n’aura pas lieu.

Mais – comme si décidément les blogueurs devaient faire vivre à chaque instant leur élan citoyen, leur appétit de la chose publique – voici que l’un d’entre-eux, Jean-Marc Morandini, homme de médias et adepte du blog, promet de publier sur son site les chiffres des sondages de sortie des urnes bien avant 20 heures, l’heure légale de fermeture des bureaux de vote. L’éditeur Guy Birenbaum, du blog NRV, s’engage dans la même voie. Selon la loi, ils risquent une amende pouvant aller jusqu’à 75 000 €.

Pour expliquer sa posture de désobéissance civile, Jean-Marc Morandini assure que la loi n’est plus adaptée à l’évolution technologique. De fait, les dernières élections présidentielles en 2002 ont montré que les sondages de sortie des urnes étaient accessibles sur des sites étrangers belges ou suisses dès 19 heures, voire 18 heures. Mêmes les comiques s’y étaient mis ; les Guignols annonçaient la qualification de Le Pen au deuxième tour un quart d’heure avant le roulement de tambour du 20 heures. Pour affûter ses arguments, Jean-Marc Morandini s’est même fendu d’un sondage : sur un peu plus de 2000 votants (en majorité des lecteurs de son blog) 71% des personnes sont favorables à son initiative. Une aubaine pour l’animateur, qui peut ainsi dénoncer le fait que les journalistes des grandes rédactions – et avec eux l’intelligentsia parisienne – soient informés une ou deux heures avant les Français des résultats de l’élection.

De son côté, Guy Birenbaum ne s’embarrasse pas des justifications de Morandini. Si un visiteur du soir lui fait l’aumône de deux ou trois chiffres ; il publie. C’est binaire, c’est sans état d’âme.

A ce stade de réflexion, somme toute très simple (les Français ont le droit de savoir ; et puis si d’autres le font pourquoi pas moi…) on est en droit de retourner la question suivante à  Morandini et Birenbaum : qu’avez-vous à gagner dans cette affaire ? Rien ?

Bien sûr que non : ils ont tout simplement à gagner une audience et une publicité énormes au soir du 22 avril et du 6 mai. C’est aussi cupide que cela, un blogueur dopé à l’audience ou au tirage…

Cette affaire pourrait presque sembler risible si ce n’est le point, soulevé avec gravité par un autre blogueur – Versac – qui se range dans une position radicalement opposée.

Tout est dit dans son billet, en quelques mots : « la facilité de diffusion à grande échelle, à travers les blogs, notamment, fait courir le risque d’une diffusion à grande échelle, non maîtrisable, de ces résultats, avant la clôture du scrutin pour tous les Français. »

Non maîtrisable…

En effet, si Morandini, Birenbaum – et quelques autres – lâchent les chiffres de sortie des urnes à 18 heures ou 19 heures, toute une partie de la fameuse blogosphère s’en donnera à cœur joie pour relayer l’info ; avec des blogueurs trop contents de détenir une « bombe » ; de rayonner sur leurs lecteurs avec ce scoop…

Par un effet viral sans doute exceptionnel – imaginez la traînée de poudre un soir de Présidentielles ! –  ce sont des milliers d’électeurs à n’en pas douter, qui partiraient aux bureaux de vote avec ces chiffres dans la tête. Combien d’entre-eux seront alors tentés d’influencer les résultats en fonction de ce qu’ils auront lu, et non plus en fonction de leur opinion ?

Que cherche-t-on ? Des électeurs sous influence ? Ou bien des électeurs responsables ? Des électeurs girouettes, aveuglés jusqu’aux dernières minutes par l’éclairage médiatique, ou bien des personnes libres, enfin fixées sur une opinion, fut-elle hésitante ?

Je me range nettement du côté de l’appel de Versac. Les blogueurs, avant d’être blogueurs, sont avant tout des électeurs, des citoyens. La passion du débat ne doit pas l’emporter sur la sévérité de la conviction intime.

20070327

Le vote, naguère, était encore considéré comme une décision secrète.

Ce secret, c’est le respect même du citoyen ; c’est donner dans le moment de l’élection la pleine mesure de son droit : droit de vote, droit de penser dans son for intérieur.

Ce n’est pas aux irresponsables de remporter les élections.

Photo Ceccarini – le Figaro