l’orangie

Electeurs du FN : les hooligans de la politique

Posted in Homme et femmes politiques by loranji on juin 2, 2014

La protestation, l’exaspération en politique et dans les urnes sont sans doute intrinsèques au débat public mais ce qui s’est passé dimanche 25 mai paraît inaugurer une nouvelle ère politique : les hooligans ont pris le pouvoir. Ou disons qu’ils votent pour un parti qui s’impose comme centre de gravité d’un paysage politique dévasté.

Le vote FN est un vote « hooligan » car on peut y trouver au moins trois points communs.

Le premier relève de l’évidence : le repli identitaire. Leur moteur au FN et au hooliganisme ? Une capacité réflexive essentiellement limitée au déjà connu ; au « bon vieux temps » pour le vote FN : à l’appartenance territoriale, tribale, pour le hooligan. Tout est simple en leur monde : les événements sont pour, ou contre eux ; les personnes sont ennemies ou amies. Aucun examen sérieux, aucune dialectique capable d’appréhender l’autre dans sa différence, l’universel définitivement étranger, étrange ; et le simple examen des personnes et des événements au scanner de leurs préjugés.

Le deuxième point commun découle de l’exacerbation des positions ; c’est-à-dire des opinions qui n’en sont plus, car non discutables ; c’est le chemin ouvert à toutes les violences, symboliques ou réelles. La violence donc. Physique pour les hooligans, morale pour les électeurs FN, à supposer qu’elle ne devienne pas de plus en plus concrète à mesure que les frontistes feront rimer la « dédiabolisation » avec la déshinibition…

On conviendra – troisième point commun – qu’il n’est pas non pas possible de discuter avec un hooligan ni avec un électeur FN. Ou alors faudra-il qu’il redescende de son escabeau pour tendre l’oreille et s’apercevoir qu’autre chose est possible en dehors de son monde.

Mais nous sommes loin de ce moment – où immanquablement pourtant – les électeurs FN ouvriront les fenêtres de leur prison morale pour en chasser les miasmes et les bustes déchus des Le Pen. Nous en sommes plutôt au début de cette séquence, dont nul ne sait combien de temps elle durera.

Après tout, la colère se nourrit d’elle-même quand l’arbitraire est roi. Il faudra donc patiemment attendre ce moment où les électeurs frontistes s’apercevront que l’arbitraire les touche aussi. La réalité rattrape toujours à un moment la fable. L’esprit d’un excité finit par traîner la patte derrière sa bouche vociférante. La lassitute gagnera le petit frontiste, comme elle a gagné le petit pétainiste. Sauf à avoir un intérêt personnel dans le dispositif.

En attendant, le hooligan lepeniste trépigne à l’idée de faire tous les dégât autour de lui ; dans les consciences et dans les vies. Il revient à tous les démocrates de précipiter son réveil.

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Le blog a-t-il besoin du pastis ?

Posted in web & webusiness by loranji on avril 30, 2007

« D’aucuns ont voulu médire du rôle joué par les bistrots dans les campagnes électorales. On y voyait flotter des banderoles au nom des candidats, chacun ayant trouvé son favori ; certains même poussaient le sens de la démocratie jusqu’à mettre côte à côte les banderoles de plusieurs adversaires. Mais les joutes oratoires qui s’y déroulaient, à midi et le soir, ne valaient-elles pas l’information audiovisuelle standardisée que les électeurs subissent aujourd’hui ? Devant le zinc de César au moins, les consommateurs n’étaient pas passifs, il se formaient une opinion en écoutant et en essayant leurs arguments sur autrui. Précisément, à l’heure du pastis. »
Paul Ricard – La passion de créer

Le roi du pastis a vu juste… Pas besoin de glaçons pour mieux goûter ses paroles à l’heure de l’internet ; à l’heure où les blogs permettent justement ce retour à la parole, à la conversation. Tandis que la télé n’en finit pas d’étouffer ses victimes, tel un boa constrictor, d’autres, non consentantes, ont préféré se tourner vers leur ordinateur en lui découvrant des vertus nouvelles : blogs, plates-formes de partage vidéo etc.

Cela dit, la parole n’y est sans doute pas aussi ouverte que sur le Vieux-port, au temps décrit par Pagnol. Ce temps où, sur le « zinc de César », se causaient l’ouvrier, l’artisan, le chef d’entreprise, l’instituteur, le commerçant et le fonctionnaire. Ce Marseille-là a réellement existé.

« Se causer » davantage entre gens d’horizons différents : c’est ce que l’on serait en droit d’attendre des blogs et du web 2.0 pour l’avenir ; proposer autant d’espaces où puissent se côtoyer, s’interpeller des personnes de tous les milieux, de toutes origines.

Mais est-ce seulement possible par écrans interposés ? La forme écrite ne constitue-t-elle pas un redoutable système de sélection sociale ? Encourager les forums vidéos ? Mais alors, ce serait l’aisance verbale, le look, la présentation de soi qui constitueraient de sévères obstacles et reformeraient de nouvelles frontières.

La question se pose : blogs ou pas blogs, nouveau moyen de communication ou pas, notre société veut-elle, au fond, sincèrement, se parler à elle-même ?
Veut-on vraiment aller vers l’autre, dans toute son altérité ? Sommes-nous prêts à accepter sa différence, en s’efforçant  – ce n’est pas toujours facile – de renouveler à chaque fois le pari qui consiste à se dire que cet Autre peut nous en apprendre sur le monde (y compris inconsciemment) voire, sur nous-mêmes ?

Parvenir à ce degré d’ouverture, ce n’est pas toujours facile dans une société qui arase les cultures, les tempéraments, les particularismes.

Internet et le phénomène des blogs ont les moyens techniques de rapprocher les gens, exactement comme la voiture et le téléphone. Mais à mesure que la toile s’étend, se distend, il se crée aussi des micro-communautés qui fonctionnent, à quelques nuances près, sur la reconnaissance du Même. Pas de l’Autre.

Il serait temps que les commerçants, les artisans, les ouvriers, et d’autres pans entiers de la société civile viennent sur les blogs. Il faut toutes ces personnes pour reconstituer le café de Pagnol, le Marseille de l’enfance de Paul Ricard, cet autre temps où se réinventait chaque jour la démocratie.
Cesarpagnol2

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