l’orangie

Ma Terre dolorosa

Posted in L'art Sélavy by loranji on juillet 19, 2014
terre de malheur

Ph. Johannes Hähle – juin-juillet 1941 – Bundesarchiv. Prisonniers russes lors de l’opération Barbarossa.

La terre sur laquelle nous marchons est le réceptacle de la poussière cosmique mais aussi des vivants que l’histoire, les peuples et les continents ont assassinés. Et l’avenir fournit chaque jour des bébés promis au feu des armes et des vengeances.

Les corps meurtris n’ont pourtant pas disparu dans le néant, à qui sait entendre l’écho lointain de la plainte jamais finie dans la mémoire vive et sérieuse. La plainte reste collée à nos pieds, d’où elle remonte en vibrations, jusqu’à nos oreilles, transformant jusqu’à notre regard ; mais voilà que ce faux témoin trahit les contractions permanentes de l’inhumaine terre.

Terre de douleur, terre de malheur, que l’espérance parvient toujours à percer pour fleurir, et laisser croire à la rédemption. A l’horizon. Et faner.

(sur la 5ème symphonie de Dmitry Shostakovich – dir. Evgeny Mravinsky, orchestre philarmonique de Leningrad).

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Sans titre.

Posted in L'art Sélavy by loranji on mai 2, 2014

Sans titre.

Accueillir le semblable et le différent

Posted in L'art Sélavy by loranji on juin 2, 2013

Accueillir le semblable et le différent

« Je considère donc comme essentiel, pour le compositeur, d’agir non sur le seul matériau mais sur l’espace, sur la différence qui sépare les sons. Accueillir le semblable et le différent comme base même de la composition musicale permet en effet d’éviter deux écueils : la hiérarchie et l’égalitarisme. »

Gérard Grisey (1946 – 1988) – « Musique : le devenir des sons »

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L’épique, littérature de la matière.

Posted in Fiches de lecture, L'art Sélavy by loranji on mai 9, 2013

L’épique sauvera-t-il la littérature ? Question complexe, sinon épineuse si l’on se projette hors du cadre hérité de la tradition, Homère au premier chef, et que l’on considère que l’épique est avant tout une dynamique, une projection, un relâchement à partir d’un motif qui pourrait être, pourquoi pas, l’intime.

« Notes sur la littérature » de Theodor Adorno commence par un texte « La naïveté épique » qui me paraît porter le rapport de l’épique au langage à son point d’incandescence. Que lit-on ?

L’enchaînement épique, où la conduite de la pensée finit par se relâcher, devient la grâce qui dans le langage prime le droit de juger, ce qu’il est pourtant sans conteste. La fuite des idées, la forme du discours sacrifié, c’est la fuite du langage hors de sa prison.

L’épique, c’est la transgression de la raison réflexive, c’est comme le dit Adorno « l’émancipation de la représentation » à son égard.

(…) telle est la tentative toujours désespérée du langage qui cherche, tout en poussant à l’extrême son intention déterminante, à se guérir du négatif de son intentionnalité, de la manipulation conceptuelle des objets et à faire apparaître le réel dans toute sa pureté, préservé de la domination de l’ordre.

Et Adorno de conclure en quelque sorte un peu plus loin :

(…) vers ce lieu où la syntaxe et la matière se perdent, où la matière affirme sa domination, dans le moment où la pensée fait mentir la forme syntaxique qui cherche à l’embrasser.

Ulysse, Théodor Adorno, épique, philosophie, littérature

Holy Motors : un sacré moteur de cinéma

Posted in L'art Sélavy by loranji on juillet 15, 2012

Voir « Holy motors » de Leos Carax, c’est d’abord voir un moment de pur cinéma. Le tour de force de ce film, c’est de ne pouvoir être autre chose qu’un film. C’est à cela que l’on reconnaît, avec ses forces et ses faiblesses, une oeuvre authentiquement artistique en cela qu’elle ne peut prendre place ailleurs que ce pour quoi elle a été conçue. Osons quelques parallèles : la Divine Comédie ne peut être autre chose que de la poésie, la « Recherche » de Proust ne peut être autrement que du roman, la symphonie pastorale ne peut être autre chose que de la musique, etc. Carax et quelques autres – dont Belà Tarr déjà évoqué ici, et bien d’autres évoqués ailleurs – actionnent vraiment les machines du cinéma.

On pourra parfaitement rejeter tout ou partie du point de vue philosophique ou esthétique du film de Leos Carax, mais on ne pourra lui nier sa qualité d’oeuvre cinématographique ; que d’aucuns appellent OVNI comme si, décidément, les oeuvres – les vraies – échappaient définitivement au radar de la perception normée. Holy motors n’est pas un ovni, c’est simplement un film qui fait du cinéma. Déjà dit.

Le film donc en quelques mots : c’est un hymne à la vie, mais la vie qui s’enfuit sans doute, aspirée qu’elle est, par le nihilisme totalisant (déjà totalitaire ?) de notre époque – je ramène pour le coup à mon billet sur le bouquin de François Meyronnis.

Plus précisément, j’ai perçu Holy motors comme un film spirituel – fastoche vu le titre – dont le dernier mot est d’ailleurs « Amen ». A l’arrière d’une limousine – qui n’a rien de la chanson de Bashung – un homme que l’on pourrait très clairement qualifier d’ontologique, se transforme en de multiples vies – neuf au cours de la journée, ce chiffre neuf qui architecture soit dit en passant la Divine Comédie : et d’ailleurs le film aurait pu s’appeler « La divine comédie » si un obscur poète florentin ne l’avait déjà emprunté – multiples vies donc, au cours desquelles il arrive ce qui doit arriver : la vie.

Mais il faut bien concéder que le pessimisme est de mise dans ces vies décrites sous la lumière noire, justement, du nihilisme évoqué plus haut – lumière noire avec la scène hallucinée du Lavant ridicule, puis dramatique, en combinaison à ampoules. Pourquoi le pessimisme ? Parce que c’est à un crépuscule auquel nous assistons, le crépuscule – peut-être – de l’espèce humaine, le crépuscule – sûrement – de Dieu, vaincu par le nihilisme – encore lui, partout, vainqueur. D’où cette dernière scène étonnante, ces voitures sacrées dans leur garage rangées, bavardes, et sentant monter leur impuissance. Tandis que l’Homme lui – dernière des neuf vies du personnage tout au moins pour sa journée – rentre dans un « chez lui » épuisé, perdu, déboussolé… sinon malgré tout tourné vers l’espérance, en regardant les étoiles et la nuit avec sa compagne et ses enfants… dont je laisse découvrir la qualité, signes de sagesse – et de spiritualité ? – animale peut-être.

Holy motors, moteurs sacrés, sacrés moteurs… homo sapiens se bat encore, essaie d’y croire.

Le cinéma et dieu – s’il existe –  l’y aident.

Comme ils peuvent – s’ils existent.

Juste un dernier mot de spectateur : le séquence du satyre – joué bien sûr par Denis Lavant comme chacun des neuf rôles – est superbement émouvante : le satyre, cet être ancien, antique ; violeur dont l’obscénité se révèle ici totalement dépassée par l’obscénité (du nihilisme bien sûr) incarné par un photographe de mode. Et le tableau final, superbe, avec la femme re-voilée, nouvelle Pietà et lui, satyre, s’endormant comme un enfant – dans une érection s’abandonnant au songe. Superbe et dramatique retournement. L’un des plus beaux plans de cinéma que j’ai vu – sans doute inspiré de l’iconographie classique.

Holy motors Denis Lavant

Denis Lavant en « Monsieur Merde ». Ou le pauvre satyre.

Joel-Peter Witkin – Bibliothèque Nationale (Richelieu)

Posted in L'art Sélavy by loranji on avril 27, 2012

Un grand photographe et tout simplement grand artiste exposé ces temps-ci à la Bibliothèque Nationale (Richelieu). Il y a un certain temps qu’un artiste ne m’avait autant semblé intéressant, mais il est vrai que j’en vois peu.

Une présentation ici et quelques oeuvres .

La recherche plastique de Witkin trouve sa cohérence en deux grands ensembles : gloire et misère du corps /recherche spirituelle et inquiétude religieuse. La thématique de la présentation du corps nu domine l’ensemble, y compris dans la déréliction, la mort, les aspects extrêmes de l’érotisme et leurs relations évidentes avec l’extase, la souffrance et la jouissance…/… Il s’agit là d’une réflexion sur les limites : limites de la transformation et du dépassement de soi, recherche des points de tangence de l’esprit et du corps…/… La thématique religieuse travaille autrement la notion de limites. Elle est classiquement voisine de la thématique érotique, les écrits des grands mystiques n’en font pas un secret, les deux se mêlent de manière subtile dans tout l’art occidental. Il n’est que de constater la fortune des scènes de torture, de souffrance et d’extase dont l’iconographie chrétienne a fait usage dans ses représentations jusqu’au XVIIIe siècle. L’inspiration religieuse est présente par ses emblèmes dans le grand thème classique de la Vanité, mais aussi dans les séries consacrées à la figure du Christ. La représentation du divin, la relation du divin et de l’humain dans ses tensions les plus fortes sous-tendent l’oeuvre du photographe depuis toujours. Le visiteur pourra en considérer les variations et les déviations : Enfer ou Ciel.

Poussin en enfer - Joel-Peter Witkin

Poussin en enfer - Joel-Peter Witkin

Ecrire un roman

Posted in L'art Sélavy by loranji on février 11, 2012

Ecrire un roman, c’est commencer à poser des briques les unes au dessus des autres puis, à force de subtilité, c’est obtenir un château de cartes, splendide et fragile.

Lorangie

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L’anti-cinémou de Béla Tarr

Posted in L'art Sélavy by loranji on janvier 7, 2012
Le cheval deTurin Béla Tarr cinéma

La fille va au puits...

Vu hier soir « Le cheval de Turin » de Béla Tarr.

Un film qui se situe aux confins du cinéma, loin, très loin des conventions formelles au point qu’il rompt d’une certaine manière les amarres avec l’esthétique cinématographique pour gagner les rivages, beaucoup plus âpres, de l’éthique.

Un film déplaisant qui nous oblige à « voir » mieux, à vivre un moment qui utilise la technique du cinéma. Un film d’une dureté de pierre, le contraire du cinéma en ce qu’il a, communément, de « mou », y compris dans le cinéma d’auteur. Anti-cinémou en quelque sorte. Je dis cela au-delà du jugement de valeur.

Une rétrospective au Centre Georges-Pompidou à Paris a récemment titré « Béla Tarr, l’alchimiste ». C’est exactement cela.

Dans le Cheval de Turin plus encore que dans les autres films que j ‘ai vu de lui (« L’homme de Londres », « Les harmonies Werckmeister ») Béla Tarr met en branle un dispositif fait d’images « sèches », où le vent envahit littéralement l’écran, où les feuilles virevoltent sans répit jusqu’à épuisement de la terre ; où un père et sa fille et leur cheval seuls au monde ou presque, dans un huis-clos étouffant, s’anihilent, disparaissent…

Nihil, le mot-phare de ce film. Ou le nihilisme décrit par Nietzsche. Le cheval du film est justement le cheval de Turin, celui que Nietzsche embrassa en pleurant* – le voyant maltraité par son maître-cocher – avant de sombrer définitivement dans la folie. Ce fou de Nietzsche qui en quelque sorte préfigure la folie même du monde à venir…

Le film de Béla Tarr se propose donc de nous montrer le cheval et son maître, le maître et sa fille, dans les jours qui suivent l’épisode de la rencontre entre le philosophe et l’animal. Le film répond à la question « ‘Qu’est devenu le cheval ? ». Mais il répond bien sûr à la question « Qu’est devenu l’homme dans le monde ? »

Premier plan du film, le cheval suant, dans la tempête pourtant sèche, rentre de Turin avec son maître. Le cheval ne ressortira plus de sa pauvre écurie, refusant d’avancer le jour suivant, refusant de se nourrir le jour d’après, refusant de boire le jour d’après encore… Le maître, la fille verront leur puits s’assécher, le vent sans discontinuer les transformer, la fin…

Je le répète, Béla Tarr ne nous raconte pas « l’histoire » de cette déchéance qui sonne, on l’aura compris, comme une métaphore de la déchéance, la chute prochaine, déjà engagée, de l’homme post-moderne. Bélà Tarr ne raconte pas une histoire, il nous montre l’état même de ce qui se passe. Il use pour cela des procédés les plus radicaux, ou pourrions-nous dire, les plus déloyaux : une musique obsédante, des scènes répétitives et toujours ces plans-séquences interminables ; et l’exaspération du spectateur – nourri, sinon gavé, de « récits » du cinéma habituel – frise parfois l’envie de quitter la salle.

En vérité, le spectateur sent confusément qu’un véritable processus chimique se met en place, le film le gagne de l’intérieur, comme un poison se répand en lui.

On ressort de la salle épuisé, agacé. Mais le film lui, fait son oeuvre, il a touché dans le mille, touché au coeur : une pierre reçue dans le coeur.

Béla Tarr nous a pris en otage, nous a drapé de ses images qui agissent réellement comme un sortilège, plus encore ; ses images se sont introduites comme par effraction dans le corps du spectateur. Il s’agit bien d’une action chimique. Béla Tarr, l’alchimiste, oui…

——-

* « Alors qu’il croise une voiture dont le cocher fouette violemment le cheval, il s’approche de l’animal, enlace son encolure et éclate en sanglots, interdisant à quiconque d’approcher le cheval : « Nietzsche (…) fut assez fou pour pleurer auprès d’un animal, sous le regard ou contre la joue d’un cheval que l’on frappait. Parfois je crois le voir prendre ce cheval pour témoin, et d’abord, pour le prendre à témoin de sa compassion, prendre sa tête dans ses mains » : Jacques Derrida dans « L’animal que donc je suis » extrait Wikipedia.

Henry-David Thoreau – Walden ou la vie dans les bois

Posted in L'art Sélavy by loranji on octobre 14, 2011

Je gagnais les bois parce que je voulais vivre mûre réflexion, n’affronter que les actes essentiels de la vie, et voir si je ne pourrais apprendre ce qu’elle avait  à  enseigner, non pas, quand je viendrais à mourir, découvrir que je n’avais pas vécu.

Le progressiste primitif, c’est peut-être ainsi que l’on pourrait qualifier l’américain Henry-David Thoreau (1817-1863) qui a notamment inspiré le compositeur John cage.

Nulle nostalgie du temps passé chez Thoreau, dans la volonté de s’isoler durant un an et demi à l’écart de sa ville natale, Concord, Massachussets. Mais alors, pourquoi construit-il une cabane au bord d’un étang, Walden, avec l’intention de vivre du peu qu’il produira dans son potager, de la pêche, de la chasse ?

Thoreau n’est pas un simple hédoniste, jouisseur de la nature. S’il se coupe du monde et de la société, c’est pour effectuer un véritable « saut » qui doit lui permettre d’espérer vivre en osmose avec ces choses qu’un homme peut ressentir au plus profond de lui-même. Au delà de l’éthique, l’approche paraîtra anthropologique. Puis finalement spirituelle. Un parcours empirique qui n’est pas sans faire penser, de loin, aux « Rêveries du promeneur solitaire » de Rousseau.

Tout commence, fort logiquement pour Thoreau, par l’examen critique de ses semblables, et plus encore, la critique du monde moderne qui naît sous ses yeux : chemin de fer, développement de la ville, du commerce, du confort domestique. Au bout de la réflexion : l’impression d’une totale vacuité et déjà l’intuition qui, plus tard, sera ressentie et formalisée par des artistes aussi différents que Kafka ou Chaplin : l’homme « n’a le temps d’être rien d’autre qu’une machine ».

Mais d’où viendrait cette servilité ? Thoreau montre du doigt la tradition, et la supposée autorité des anciens. Alors que pourtant ceux-ci « n’ont pas de conseils importants à donner aux jeunes, tant a été partiale leur propre expérience (… ) » Tout concourt ainsi, dans l’Histoire, à faire croire « qu’il en est ainsi » et pas autrement. Comme s’il s’agissait d’un donné pourrait-on dire, patriarcal. Une notion que Thoreau n’aborde pas cependant : la figure du père. Contrairement à Kafka justement.

Mais revenons à ce mot fondateur de la pensée de Thoreau, pierre angulaire de son éthique : l’expérience.

L’expérience personnelle est la seule vraiment légitime : « Je ne sais rien de plus encourageant que l’aptitude incontestable de l’homme à élever sa vie grâce à un conscient effort. » Il a la certitude qu’il faut « laisser son esprit descendre dans son corps pour le racheter, et (…) se traiter (soi-même) avec un respect toujours plus grand. »

Thoreau se désole au passage de l’hypocrisie humaine, de la vanité, surtout lorsqu’elle revêt l’habit de la philanthropie, trait spécifiquement anglo-saxon : « cette charité qui nous occupe couvre une multitude de péchés ». Pour lui la « bonté doit être non pas un acte partiel plus qu’éphémère, mais un constant superflu qui ne coûte rien (à l’homme) et dont il reste inconscient. »

Alors, puisque dans la vie moderne, les hommes s’étourdissent de confort, voire de luxe ou de prestige et « s’entourent d’une chaleur contre nature » ; puisque les nations rivalisent d’ambition pour « s’enterrer elles-mêmes » sous des monuments de pierres ; puisque l’on ne peut que désespérer « d’obtenir quoi que ce soit de vraiment simple et honnête fait en ce monde grâce à l’assistance des hommes » le salut , l’expérience vraie, l’acmé de la vie intérieure, doit pouvoir se trouver dans la nature.

Et cette phrase axiomatique :

«  Un homme est riche en proportion du nombre de choses qu’il peut arriver à laisser tranquille. »

Nous sommes ici dans les parages de la pensée taoïste, particulièrement Tchouan-Tseu que cite d’ailleurs Thoreau.

C’est alors que s’effectue un retournement. A partir du moment où l’homme se déleste, autant que possible, de son ancrage dans l’Histoire, il se retrouve dans une solitude nouvelle, féconde, qui fait dire au poète William Cowper cité par Thoreau : « je suis le monarque de tout ce que je contemple. » Ce à quoi justement, aucun monarque « institutionnel » ne peut prétendre…

Thoreau s’émerveille de chaque instant de la journée, toutes parfaitement uniques. Il s’émerveille des matins rappelant les préceptes des Védas : « toutes intelligences s’éveillent avec le matin. » Et de fait, il sent affleurer au fil des mois en lui une pensée « élastique et vigoureuse » marchant de pair avec le soleil, où le ménage lui-même relève de l’art de vivre : « Mon plancher était-il sale, que je me levais de bonne heure, et, installant dehors tout le mobilier sur l’herbe (…) avec un balai le frottait à blanc…./… J’avais parfois envie d d’étendre une toile au-dessus (de lui) et de m’établir là. »

Deuxième phrase clef du livre à mon sens :

« Je vais et je viens avec une étrange liberté dans la nature, devenu partie d’elle-même. »

La pluie, le froid, le gel ne sont plus des ennemis, ils sont acceptés dans leur légitimité parce qu’ils sont toujours utiles, avec au final un sentiment de « bienveillance aussi infinie qu’inconcevable, tout à coup comme une atmosphère me soutenant. »

Le solitaire n’est donc pas seul. L’Homme n’est pas seul. A condition de s’ouvrir à son environnement.

Le cheminement de Thoreau l’amène bien évidemment vers les terres spirituelles : « Près de quoi désirons-nous le plus habiter ? Sûrement pas auprès de beaucoup d’hommes, de la gare, de la poste (…) mais près de la source éternelle de notre vie, d’où, en toute notre expérience, nous nous sommes aperçus qu’elle jaillissait. » Et de conclure son livre par une ode au printemps où « tous les péchés des hommes sont pardonnés. » Il n’y a nul légitimité à intenter à Thoreau un procès en « bondieuserie », l’auteur est sincère d’un bout à l’autre de son ouvrage et s’il esquisse ce pas dans le divin, c’est par la force du propos qui sourd, telle une eau irrésistible, du sol, de la nature, de la vie enfin vécue. Et l’auteur d’assurer d’ailleurs plus loin – à l’encontre de toute église peut-être ? –  que « les mots qui expriment notre foi et notre piété ne sont pas définis. »

Personnellement je retiendrai de ce livre la dynamique puissante de Thoreau, ce pas de côté qui parvient, comme dirait Deleuze, à le faire changer de « plan ».

« Penser que peut-être mon corps trouverait son chemin pour rentrer, si son maître s’en écartait. »

Henry David Thoreau Walden ou la vie dans les bois littérature

Henry David Thoreau cc Wikipedia

Un roman réussi est forcément étrange

Posted in L'art Sélavy by loranji on mai 14, 2011

Un bon roman est je pense toujours étrange. Les grands auteurs sont étranges. Il y a de l’étrangeté chez Proust, Joyce, Kafka, Nabokov, Céline, Broch, Dostoïevski, Gracq, Woolf, etc.

J’ajoute volontiers l’étrangeté d’ « Emma Flaubert », et sans doute Stendhal. Hugo sans doute. Après, la question est la suivante : et Zola, et Balzac ? Etranges eux aussi ?

Attention : à l’inverse nombre de romans se voulant « étranges » (et pas seulement dans le fantastique mais dans tous les domaines littéraires) ne le sont absolument pas. Sous le vernis, le conformisme.

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