l’orangie

« Vous n’atteindrez jamais rien, si vous ne sentez pas fortement. Si l’inspiration ne se presse pas hors de votre âme. » Goethe – Urfaust

Posted in Uncategorized by loranji on mai 1, 2013

« Vous n’atteindrez jamais rien, si vous ne sentez pas fortement. Si l’inspiration ne se presse pas hors de votre âme. » Goethe - Urfaust

Eugène Delacroix – illustration pour le Faust de Goethe

On a fait de l’ego un mur.

Posted in Mots by loranji on avril 26, 2013

On a fait de l'ego un mur.

 » On a fait de l’ego un mur, et ce mur ne comprend même pas une porte par où communiqueraient l’intérieur et l’extérieur ! Suzuki (NDLR penseur japonais) m’a appris à détruire ce mur : ce qui importe, c’est de mettre l’individu dans le courant, dans le flux de tout ce qui advient. Et pour cela, il faut démolir ce mur, et donc affaiblir les goûts, la mémoire et les émotions, ruiner tous les remparts. Vous pouvez éprouver une émotion, ne croyez pas que c’est si important… Prenez-la de façon à pouvoir la laisser tomber ! …/… Et les émotions, si on les garde et si on les renforce, peuvent produire une situation critique. Juste la situation dans laquelle toute société se trouve maintenant !  »
John Cage
« Pour les oiseaux » – Entretien avec Daniel Charles – Edition de l’Herne.

Omniscience

Posted in Mots by loranji on avril 21, 2013

Omniscience

« Car rendre les choses spatialement et humainement « plus proches » de soi, c’est chez les masses d’aujourd’hui un désir tout aussi passionné que leur tendance à déposséder tout phénomène de son unicité au moyen d’une réception de sa reproduction. »

Walter Benjamin – l’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique – Edition s Allia

Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas – Imre Kertész

Posted in Fiches de lecture by loranji on avril 13, 2013

« Sombrer, mon Dieu ! faites que je sombre pour l’éternité, Amen. » C’est par ces mots qu’Imre Kertész, prix Nobel de littérature 2002, clôt « Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas » (Actes Sud coll. Babel). Sombrer, disparaître soi-même, autant de raisons pour Kertesz de ne pas engendrer ; autant de raisons de prononcer le Kaddish, une prière juive le plus souvent utilisée pour les deuils.

Ce livre est donc le deuil de l’enfant qui ne naîtra pas. Un livre qui se termine par « Amen », c’est-à-dire qu’il en soit ainsi… et qui a commencé par « Non ! »

Non, dit Imre Kertész au philosophe qui lui demande s’il a des enfants. Non, dit-il à sa femme qui lui annonce qu’elle veut un enfant. Non, dit-il à l’enfant qui ne naîtra pas : je ne veux pas que « mon existence soit considérée comme la possibilité de ton être ». Tout simplement précise l’auteur parce que :

Je crains qu’il n’y ait pas d’amour en moi.

Plus loin Kertézs retourne contre lui le raisonnement en s’adressant à l’enfant : considère « ton inexistence (…) comme la liquidation radicale et nécessaire de mon existence. »

Si l’écrivain hongrois né en 1929 se montre si opposé à l’idée d’avoir un enfant, ce n’est pas  – on l’aura compris – dû à un banal recensement des « inconvénients » que peut représenter cette charge. Nous sommes très loin de ces raisonnements qui enflent les conversations de bistrots où se brandissent ici, la perte de confort personnel là, l’amputation d’une hypothétique « réalisation personnelle » ; autant de vieilles ficelles postmodernes qui s’apparentent à un rétrécissement petit bourgeois.

Non. Imre Kertész s’appuie sur bien autre chose.

(…) votre histoire mondiale si absurde.

Déporté à l’âge de quinze ans à Auschwitz puis Buchenwald, Imre Kertész voisine avec la pensée d’Adorno quand il s’agit d’enregistrer la seule chose qui vaille après la Shoah : le détournement des Lumières au profit du rationnel lequel a engendré les usines de mort.

« Ce qui est réellement irrationnel, écrit Kertész, et qui n’a pas vraiment d’explication, ce n’est pas le mal, au contraire : c’est le bien. »

Le mal, c’est ce que l’humanité cherche, presque « rationnellement » : elle veut ses démons. « Il nous faut un démon pour nos sales affaires, pour satisfaire nos désirs sales, mais bien sûr un démon à qui l’on peut faire croire que c’est lui le démon, qui porterait sur ses épaules tout ce qu’il y a de démoniaque en nous (…). » Et encore ceci où les Hommes sont interpellés :  » (…) vous êtes intarissables en explications, rien que pour sauver vos âmes et tout ce qu’on peut sauver, pour voir sous l’éclairage grandiose et théâtral des événements mondiaux le vulgaire brigandage, le crime et l’exploitation, auxquels tous, nous prenons ou avons pris part d’une façon ou d’une autre. »

Pour Imre Kertész, il y a donc « de l’Auschwitz dans l’air depuis longtemps », « depuis des siècles ». Ce qui est advenu sur les terres de Haute-Silésie était en quelque sorte prévisible. Ne faisons pas les étonnés. Ne soyons pas hallucinés et encore moins incrédules face à l’horreur. Ayons l’honnêteté d’admettre que l’histoire est un monstre qui engendre des monstres, et l’histoire, c’est l’Homme.

Si Kertész dit « Non ! » à l’enfant, c’est parce qu’il dit non à cette humanité, et pas seulement à « l’horreur » nazie qui n’en est que la partie la plus manifeste, la plus visible. Il détaille son propos en revenant sur son enfance en pension, ses rapports avec son père ; et cet ordre masculin, rationnel, qu’il désigne comme ordre du monde, celui-là même qui pactise avec le mal.

Non je ne pourrai jamais être le père, le destin, le dieu d’un autre être.

Certes on objectera que la parentalité du temps de sa jeunesse est différente de celle d’aujourd’hui ; l’écrivain a grandi dans un monde ancien où les pères étaient la figure centrale. Imre Kertész de son côté a choisi : sa douleur est son travail d’écrivain. Et sa joie. La joie créatrice.

Rêve.

Posted in Mots by loranji on janvier 12, 2013

Cela se passait comme ça. Les hommes s’approchaient en tenant les bras de femmes horrifiées mais fascinées. Lui, léchait le goudron, un coin de bitume, souriant, avec de petits bruits de lapements, devant leurs bouches bées. Sous un lampadaire, restaient d’autres hommes. Il les distinguait et se disait : « ils ressemblent à des joueurs de cartes : ils se tiennent à distance, faisant semblant d’avoir du jeu. Du répondant. Ils bluffent ». il disait cela en retirant un gravier collé à sa langue. « Voulez-vous un verre d’eau ? » disait aussi l’une des femmes, mais finalement aussi plusieurs autres personnes présentes autour de lui. « Pour quoi faire, répondait-il. A quoi bon le verre d’eau pour le routier endurci – et il se transformait en routier endurci – à quoi bon le verre d’eau pour le juge d’expérience – et il se transformait en juge – à quoi bon le verre d’eau, si ce n’est pour la victime ? Or je suis le contraire de la victime. » Il dit cela en se roulant par terre et en riant. « Ah bon vous êtes victime, mais de qui ? » demandait un type un peu sourd qui n’avait rien compris. « Mais non ! criait l’assemblée, il a dit qu’il n’était pas victime ! » Et le type était poussé par les autres dans une calèche qui disparaissait. L’un des badauds se grattait le cou, en signe d’anxiété. « Moi aussi, disait un autre : je me gratte le cou en signe d’anxiété ». Plusieurs autres acquiesçaient, tandis que sous le réverbère, autour de lui, se tenait un conciliabule qui portait sur on ne sait plus trop quel sujet. Lui, s’était relevé du bout de trottoir qu’il avait léché et il disait : « Au fond, vous avez raison, je pourrais avoir soif maintenant que vous le dites Madame » C’était une femme qui portait dans ses bras un perroquet décapité. « Son ancien mari » murmurait-on. Quoi qu’il en soit, la femme au perroquet lui tendit le bras, avec un verre au bout, soudainement apparu. Mais sans eau. Elle semblait assoiffée elle-même. Sa langue pendait jusqu’à son menton. « Et le goudron au fait, risquait un type, ça donne soif ? Oui au fait, le goudron, ça donne soif alors ? demandait un autre. » « Ah ben oui, quand même, il faut avouer » répondit-il. Un confort extrême s’installait entre les êtres présents – c’était manifeste pour tout le monde – quelques mots, des bras le long du corps aussi, des regards qui ne font pas l’effort de s’éviter, voilà le tableau à présent. Tout cela au bord d’un carrefour un peu tortueux avec, pour un peu, un semblant de mélodie dans l’air ambiant « ça vient de ces écouteurs posés là-bas tous seuls sur un banc et qui sont réglés très fort » dit quelqu’un. Et puis aussi du foin qui vole dans l’air « un tracteur est passé là il y a cinquante ans. Il en reste du foin dans l’air. » dit un type avec un chapeau. « Hop, hop, hop ! » dit-il, lui enfin, en se relevant du bitume, du trottoir, et même de la ville ;  en esquissant trois pas de danse sur le bitume léché. Et il saute sur le toit d’une voiture garée. « Tant pis pour l’eau, madame perroquet, je vais aller boire un demi. Où y a-t-il un troquet, je ne vois rien. Ah, là bas le bar des Cygnes… ce sera donc le bar des Cygnes en compagnie d’un ancien député rencontré près d’une racine de platane. Il m’y attend déjà sûrement. Après j’irai dans un gymnase. On y éternue parce que les jeunes filles remuent des nuages de poussières avec leurs grands bras. » « Mais d’abord, il faut boire ce verre vide ! » insiste la femme. Elle répète sur un ton comminatoire : « Voulez-vous boire votre ceinture ! » « Voulez-vous attacher votre ceinture s’il vous plaît monsieur nous allons décoller… » Ah oui l’avion… C’est vrai. Tu es dans un avion. Tu t’es endormi avant même le décollage et l’hôtesse te répète : « Voulez-vous attacher votre ceinture s’il vous plaît merci » et tu es tout près de lui demander : mais pourquoi, au fait, je l’ai pris cet avion ? Tu cherches. Et d’ailleurs pour quelle destination. Tu cherches en chassant difficilement l’image de la dame au perroquet, et l’image, décapitée, du bar des Cygnes persiste en toile de fond, de ta réflexion. Pourquoi as-tu pris cet avion ? Le travail ? Non. Tu cherches, tu ne travailles plus. Une autre obligation ? Familiale ? Non. Tu cherches. Ah oui, tu te souviens, tu as pris cet avion sans raison. Au hasard. Pour voir. Où allons-nous déjà ? demandes-tu à ton voisin. « Las Palmas monsieur… les Canaries… » Durant tout le vol tu te demandes bien ce qui t’a pris de prendre cet avion, ce qui t’a passé dans la tête pour passer ta journée dans les airs vers le soleil d’un Sud à qui tu auras prêté, le temps du choix à l’aéroport, des vertus exotiques. Ou autre chose. Le temps du vol te laisse le temps de te dire que tu n’as rien à faire dans ce ciel-là et, passé le tapis bagages de Las Palmas, tu files aux Départs pour acheter ton billet retour dans le premier avion. C’était une erreur. Ce soleil était un faux, une copie. Ce voyage faisait de toi un faussaire de toi-même. Tiens pour reprendre le mot, un faux air de liberté. »

Tagged with: , ,

Ne recevant que pour répandre

Posted in Mots by loranji on juin 23, 2012

« Ne recevant que pour répandre »

Jeanne Guyon.

citée par Jean-Louis Chrétien – Symbolique du corps – la tradition chrétienne du Cantique des Cantiques

Jeanne Guyon Jean-Louis Chrétien Cantique des Cantiques

Jeanne Guyon

Tagged with: , ,

Vous me croyez fou

Posted in Mots by loranji on novembre 26, 2011

Vous me croyez fou, n’est-ce-pas, mais c’est mon ennui qui bouillonne.

LJ.

Tagged with: , , ,

Roman : tout part d’une image

Posted in L'art Sélavy by loranji on mars 14, 2011

Je n’écris pas mes romans à partir d’un plan mais toujours à partir d’une image.

Umberto Eco dans le Le Figaro

et encore :  » Raconter, ce n’est pas mentir, mais faire semblant. (…) Le vrai mystère, c’est pourquoi on pleure sur la mort d’Anna Karenine alors qu’on sait que c’est un roman. Par quel mécanisme psychologique une histoire qu’on sait fausse peut susciter un sentiment aussi vrai ? De même, parfois les héros sortent des romans et entrent dans votre vie. Ils prennent une réalité ontologique comme 007 ou Gargantua. Lors de notre dernier passage à Paris, ma femme m’a soudain demandé si Simonini avait descendu l’escalier que nous étions en train d’emprunter. Je l’ai regardée, interloqué : «Ma, Simonini n’a jamais existé !» Mais au fond de moi, j’étais un peu fier… »

Tagged with: , , ,

Tu veux écrire un bon roman ? Lis le Code civil !

Posted in L'art Sélavy by loranji on février 28, 2011

Lu ici, Stendhal lisait « une page du Code civil chaque jour, avant de commencer à écrire, pour obtenir le degré de sécheresse convenable et se prémunir contre les fausses élégances du beau style romantique. »

Bon, plus sérieusement, s’il y a un auteur qui parle divinement du style de Stendhal (belle allitération n’est-ce-pas) lisez « En lisant en écrivant » de Julien Gracq.

the atavist, micro fiction et néo journalisme

Posted in Littérature & Transmédia by loranji on janvier 24, 2011

Curiosité du jour, « The Atavist » est une appli iphone/ipad qui propose au lecteur de lire des articles… de fiction. Une sorte de journalisme dans la forme, et de littérature dans le fond. Les champs fictionnels seraient la science-fiction, le polar, l’amour.

L’idée en soi n’est pas inintéressante et semble s’apparenter à de la micro-fiction (pour reprendre le titre d’un roman de Régis Jauffret). A suivre… pour celles et ceux qui acquièrent l’appli. De mon côté, je vais voir…

Quelques mots ici en complément.

Tagged with: , , , ,