l’orangie

Europe Ecologie : la réforme verte contre le conservatisme de gauche ?

Posted in Ecologie et développement durable by loranji on juin 9, 2009

Hou la, je me réveille d’un long sommeil sur ce blog. Mais les status Facebook et les tweets ont leurs limites lorsque l’on essaie d’aligner deux ou trois idées.

Deux mots sur l’élection et le succès d’Europe Ecologie. L’écologie politique porte à mon sens, sans conteste, le plus puisant levier réformateur de la carte politique tant à gauche qu’au centre. Tout simplement parce que l’écologie politique, comme le rappelle Daniel Cohn-Bendit est transversale, parce que la culture politique écologiste (on pourrait dire le think tank permanent) a su faire émerger en 40 ans (salut à René Dumont) une véritable expertise sur le mode de fonctionnement (mortifère) de la société occidentale, étant entendu que l’écologie n’intéresse pas seulement les questions environnementales (les électeurs l’auront-ils bien compris ?) mais aussi  le monde social, économique, éducatif, diplomatique, etc. Il faudra aussi, au passage, qu’elle se forge une pensée sur le rôle des armées…

  • Cela dit, cette puissance réformatrice, si elle doit effectivement s’exprimer, se heurtera d’une façon ou d’une autre à des conservatismes, qu’ils viennent de droite… comme de gauche.

L’écologie politique est une remise à plat du système de fonctionnement d’une société et ne peut faire l’économie d’un réexamen des anciennes pratiques. Toutes les anciennes pratiques, et l’on ne peut s’empêcher de penser à la question de la réforme des services publics, aux conséquences de la dette publique, etc. Autant dire que le défi est double : politique, lorsqu’il s’agit de nouer des alliances ; et sociétal, lorsqu’il s’agit de remuer de vieux systèmes de perception…

De quelle façon dès lors, sera-t-il possible de faire une alliance avec les pans les plus conservateurs de la gauche ? Il est permis d’être sceptique à l’heure qu’il est.

C’est de toute façon une question que les responsables d’Europe Ecologie devront se poser tout en gardant leur indépendance, et mieux encore, en faisant le pari que le rapport de force leur est favorable ; en faisant le pari que la société française souhaite changer de logiciel, souhaite la « réforme verte » et veut, majoritairement en finir avec un certains nombres de pesanteurs.

Pour moi, l’esprit de cette réforme passe par un mot : la vitalité. Remise en marche de la société à partir d’un mode de fonctionnement vertueux, vital, vivant, décloisonné, pragmatique, dynamique dont le résultat final est… écologique.

C’est par là que passe à mon avis une gauche moderne digne de proposer une alternative intelligente à la réforme de droite – qui elle, fait son job.

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2cv essence ou Lexus électrique ? Prenez la deuche.

Posted in Ecologie et développement durable by loranji on mars 19, 2009

1948_2cv_premiereLe « stop and start » vous connaissez ? Non ça n’a rien à voir avec un extrait des Valseuses où Depardieu s’échine sur Miou-miou. Je parle de voiture. Non mais…

Le « stop and start » est un procédé (BMW en fait en ce moment la pub) qui stoppe le moteur au feu rouge et le redémarre au feu vert. C’est un moyen d’économiser l’essence et donc de réduire l’émission de gaz, etc.

Les systèmes thermiques, c’est-à-dire  à essence, sont de plus en plus perfectionnés et sont appelés à réduire encore plus substantiellement les émissions de gaz. A cela, il faut ajouter la solution de l’hybride.

Et l’électricité me direz-vous ?

Quand on pense voiture électrique, on se dit que le bilan carbone est forcément meilleur que celui d’une essence. Pas si sûr, à en croire cet expert cité dans l’excellent TerraEco, un magazine que l’on ne peut a priori pas soupçonné de lobbyisme pro pétrolier.

Je cite in extenso Jean-Marc Jancovici – j’ai mis en gras ce qui me semble intéressant :

« Tout dépend de ce que cette voiture remplace, de son poids et de la façon dont on la construit. En outre, comment fabrique-t-on la batterie et l’électricité ? Si l’on remplace une 2 CV moderne à essence par une Lexus électrique, cette dernière sera bien pire. Par ailleurs, il faut s’interroger sur la manière de fabriquer de l’électricité. Dans le monde, 66 % du courant provient des énergies fossiles.

Concernant la batterie, un modèle Lithium-ion d’ordinateur, dans lequel on trouve environ 80 wattheures d’énergie stockée, coûte autour de 100 euros. Pour afficher ce prix, il a fallu utiliser une certaine quantité de matière en amont, et donc émettre des gaz à effet de serre. Or, une batterie Lithium-ion de voiture électrique stocke une énergie 50 à 100 fois supérieure. Pour fabriquer un réservoir de voiture à essence, lequel pèse de l’ordre du kilo, on n’a pas du tout besoin de la même quantité de matière.

Je n’ai encore jamais vu d’analyse de cycle de vie complète de la voiture électrique. Mais je sais que la fabrication d’une voiture à essence ramenée au km est de l’ordre de 40 g de CO2. Si, à cause de la voiture électrique, on passe à 80 g de CO2 par km, par exemple, et qu’en plus une partie de l’électricité grâce à laquelle elle roule est faite avec des combustibles fossiles, on peut se retrouver au bout du compte avec une voiture électrique qui, globalement, engendre plus de CO2 par km qu’une voiture à essence. »

photo : JP Blog Auto

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René Dumont, suite.

Posted in Ecologie et développement durable by loranji on avril 16, 2007

J’ai récemment publié le billet concernant René Dumont sur NaturaVox, émanation d’AgoraVox dont je recommande chaudement la lecture.

En réponse à un commentaire de Peter Schimann, indiquant que l’urgence était de changer le mode de vie occidentale plutôt que de se préoccuper des cendres de René Dumont, j’ai rédigé ceci :

" Je souscris parfaitement à
l’idée qu’il faut s’occuper ardemment des questions écologiques, de nos
usages quotidiens, de nos modèles de développement avant de songer à
tranférer les cendres de René Dumont au Panthéon.

Mais
je crois que l’un n’exclut pas l’autre. Bien au contraire. Je crois
qu’une initiative de ce genre ne peut qu’avoir un effet bénéfique sur
l’évolution des mentalités et donc, indirectement, sur les habitudes de
vie. Imaginez l’électrochoc auprès, notamment, de personnes peu
sensibles aux questions d’environnement: un "écolo" au Panthéon ! Je
crois sincèrement (mais je me trompe peut-être) que certains
réexamineraient leur vision de la société à la lumière d’un tel
événement.

Alors bien sûr, le Panthéon… Un lieu hautement français, patriotique, où séjournent les "dieux" de la République…

On
peut toujours regretter qu’une société ait besoin de symboles pour
fonctionner (à titre personnel je ne suis pas le dernier à observer
beaucoup de ces phénomènes d’un regard critique) mais c’est ainsi
depuis l’aube des temps… Le symbole n’est pas une "fantaisie".
D’éminents intellectuels (le structuraliste Roger Caillois par exemple)
ont décrit ses racines profondes, sa dimension anthropologique.

Si
l’on envisage le symbole d’un point de vue utile, je crois qu’il est
donc intéressant que la mémoire d’un homme telle celle de René Dumont
puisse être honorée dans le temple de la République ; un lieu fortement
attaché à la notion de "patriotisme" certes, mais aussi et surtout
"d’humanisme" ; bien au-delà de l’espace "France".

Faut-il
rappeler que figurent entre autres au Panthéon, les cendres de
Voltaire, Rousseau, Victor Hugo, Zola (en hommage indirect à sa défense
de Dreyfus) ; qu’on y retrouve Jaurès (qui s’opposa à la déclaration de
guerre de 1914) ; de Victor Schoelcher (qui a combattu l’esclavage avec
les moyens de son époque) ; et Jean Moulin, et René Cassin (rédacteur
de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme)… Autant
d’esprits que l’on ne peut suspecter d’étroitesse.

Autant
de personnages différents, contrastés qui, à mon sens, autorise la
venue de René Dumont, à la lumière des enjeux vitaux de notre époque:
la sauvegarde de la planète, des ressources, des peuples, des Hommes.

A
"symbole" (n’oublions pas la grand messe de la coupe du monde 1998), je
préfère "symbole et demi" (célébrations de personnes vraiment porteuses
de sens)."

René Dumont, celui qui avait raison trente ans avant la catastrophe…

Posted in Ecologie et développement durable by loranji on avril 12, 2007

    Radical, jusqu’au-boutiste, utopiste… Sans aucun doute. Mais il a eu raison avant tout le monde sur ce qui nous préoccupe tant aujourd’hui. Il a vu, trente ans avant Nicolas Hulot les dégâts du progrès aveugle, la surconsommation, l’affolement productiviste de notre monde, du monde occidental. Sa crinière était blanche, il était candidat à l’élection présidentielle de 1974, son score était risible :1,32% des suffrages exprimés. C’était un bonne nouvelle pour le dioxyde de carbone, le monoxyde de carbone, le benzène, les métaux lourds. Quel répit pour les polluants ! 

    Sans doute un peu amer, René Dumont, agronome de métier, sociologue par passion, retournait à l’Institut Agronomique de Paris. Il se consolait en échauffant les esprits de ses étudiants chevelus. Dehors, la vie continuait, la vraie : embouteillages monstre, mélodies pour klaxons et pots d’échappement. Oui… la vraie vie, comme dans les film de Sautet : DS Citroën et clop au bec en faisant le plein chez Antar.
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    René Dumont voit le soleil à Cambrai le 13 mars 1904 et s’éclipse un lundi 18 juin 2001 à l’âge de 97 ans. Il avait à peu près l’âge de l’automobile. Ca pose un homme. Entretemps, je vous le disais, il a concouru à  l’élection présidentielle de 1974 sous l’étiquette « écologiste », sorte de gros mot, écrit en lettres vertes un peu rondes, et qui sentait le patchouli, et le fromage de chèvre. Et bientôt, aussi, le pétrole de l’Amoco-Cadiz (1978) au large de Portsall (Finistère).

    Mais René Dumont c’est aussi ce monsieur qui parcourt la planète et s’arrête un jour  en Afrique en criant au scandale.
En 1962, il écrit un premier ouvrage « L’Afrique noire est mal partie ». Cela veut dire qu’il y a encore de l’espoir.
En 1980, nouvel opus : « L’Afrique étranglée ». Visiblement, les choses ont empiré.
Puis le dernier en date : « Pour l’Afrique, j’accuse ». Nous sommes en 1986. L’affaire est pliée. l’Afrique est moribonde. Loin de moi l’intention de me faire pessimiste, mais avouons que le père Dumont a, là aussi, vu juste avant tout le monde.

    Durant la campagne de 1974, notre homme choisissait de se présenter devant les téléspectateurs avec un verre d’eau et une pomme entre les mains pour leur expliquer que ces ressources étaient précieuses. Certes on a bu quelques verres d’eau et mangé quelques pommes depuis ce jour. Mais en bouteille, et sous cellophane.

    Là maintenant, peut-être, vous vous dites que ce billet est sympathique, mais un peu long pour honorer un lointain ancêtre de Nicolas Hulot, de José Bové et de Dominique Voynet. Certes l’homme, s’il a eu raison avant tout le monde, s’il est à l’origine de l’écologie politique en France, s’il a su dénoncer les dérives du monde moderne, était aussi un écologiste dur : anti-nucléaire, mais pas seulement. Anti-militariste, anti-capitaliste, anti-establishment, quoi d’autre encore ? Un altermondialiste avant l’heure. 

    Pour cette raison, on ne peut raisonnablement faire de lui le héraut avant l’heure du concept bien défini de « développement durable » qui tend à trouver l’équilibre entre progrès et préservation des ressources. On peut, sans honte, rejeter chez Dumont sa violente critique du capitalisme et des armées, lesquelles, faut-il le rappeler, peuvent se révéler très utiles quand elles sont défensives ou portent un casque bleu.

    Cela dit – au-delà de ce que l’on pourrait prendre pour des outrances d’utopiste – la mémoire de René Dumont, n’est pas seulement saluée par les écologistes. Elle est saluée, en creux, par l’époque.

Cette époque qui enfin, douloureusement, laborieusement, presque rageusement parvient tout de même à prendre conscience des méfaits du progrès non raisonné. De multiples lobbys continuent bien sûr de résister, mais l’histoire – ou plutôt la réalité – est en marche.

Dumont est-il recyclable ?

    Intertitre provocateur qui m’amène au motif de ce billet… Parce qu’il a eu raison trente ans avant tout le monde ; parce que l’état de santé préoccupant de la planète confirme ses prédictions ; parce que l’enjeu écologique est effectivement vital pour nous, les générations futures, les espèces animales, végétales, l’état des sols, des mers ; René Dumont mériterait de symboliser cette urgence.

    Et la France, qui se targue de pouvoir apporter encore quelques "Lumières" au monde pourrait aujourd’hui, envisager sérieusement que les cendres de René Dumont soient transférées au Panthéon. L’idée peut paraître saugrenue, iconoclaste, voire scandaleuse à certains – après tout Dumont n’était pas un patriote mais plutôt un internationaliste. Elle est à discuter. Comme il est d’ailleurs problable que du côté de Stokholm, dans les couloirs du Nobel, l’on dispute à propos d’Al Gore…