l’orangie

Pour les escargots, j’ai un coeur d’artichaut. Quoique.

Posted in Social, sociétal, société by loranji on juin 24, 2007

Hier c’était jardinage. Enfin plutôt débroussaillage étant entendu que le jardinage chez moi relève plutôt de l’activité bi-annuelle.

Me voilà donc armé d’une cisaille (je ne suis pas tout à fait sûr du mot) bref, une sorte de grande paire de ciseaux à destination d’un coin assez peu accessible de fine pelouse qui, de mémoire d’homme – en tout cas la mienne – n’a jamais dû être tondu.

Clic et clac, je commence le travail délicatement, préférant pour ma (petite) pelouse une coupe sauvage, vaguement destructurée, un peu Camille Albane peut-être. Quand on y songe, la tondeuse, ça nous fait des pelouses militaires. Là, je suis plutôt dans la création, voyez-vous ; soulevant délicatement les longues mèches d’herbes et clic et clac, donc.

C’est alors que survient un instant de pure émotion. Un escargot, tel une Diane apparaissant au coin d’un bois d’une salade, se présente à moi, ventre à l’air dans les touffes herbacées, parfumées de printemps mouillé (il vient de pleuvoir).
Escargot_jardin

Rien d’érotique ici, mais le voir là, sain et sauf, à l’ombre des lames de la cisaille qui font environ trente fois sa longueur et dont il a pu sentir le souffle métallique sur sa nuque d’escargot (c’est un image), je me dis que je viens de sauver une vie. Mais oui, me dis-je, c’est certain : à moins de s’accrocher furieusement aux lames, ce gastéropode n’avait aucune chance de survie avec une tondeuse.

C’est ainsi que reprenant mon ouvrage, il m’est venu cette pensée dramatique : les jardiniers-tondeurs sont aux commandes de machines de mort qui inexorablement quadrillent les pelouses de leurs exigences aiguisées ; ces humains, marchant à la remorque de l’engin hurlant, ou juchés sur lui, tels d’impavides généraux sur leur chevaux, sont les maîtres d’une entreprise redoutable, sans pitié pour les petites bêtes ; écartelant le mille-pattes, démantibulant le scarabée, broyant la limace, écrasant des familles entières de minuscules insectes ; autant de petits êtres qui se tordent nerveusement au passage de la machine qui déjà, aspire leurs cousins des herbes voisines : authentique massacre pour jardin impeccable.

Mais mes réflexions du samedi ne s’arrêtaient pas là.

Tandis que je commençais narcissiquement à me féliciter de ma bienveillance envers les gastéropodes ; songeant dans la foulée à tous ces escargots qui peuplent les livres Jeunesse et amusent les enfants, je me suis souvenu que chaque année, du côté du mois de janvier, chez mon bien aimé beau-père, j’enfilais une serviette blanche à table et poussais un grand « ah, voilà les escargots ! » en craquant un morceau de pain dans la perspective de goûter la sauce, puis de m’avaler sans barguigner ma douzaine. Et vous savez quoi ? Là dans l’herbe fraîche de mon jardin, j’étais saisi par ce paradoxe : je n’éprouvais aucun remords pour ces escargots de Bourgogne du fait du plaisir qu’ils m’apportaient ; tout en constatant que mon escargot de jardin, remis de sa cabriole, s’avançait en chaloupant vers un coin de pierres salvateur.

Voilà : Je m’enorgueillisait de lui avoir sauver la vie grâce à ma nouvelle méthode de coupe très "développement durable", et  j’étais capable de réclamer une deuxième douzaine de ses semblables bourguignons.

Est-ce à dire que pour un escargot, il est plus digne de finir dans une gorge en extase au cœur de l’hiver, qu’entre les mâchoires insensibles d’une tondeuse ?

Ce serait là se livrer à une sorte d’anthropocentrisme vandammien tout à fait hors de propos. L’escargot, n’ayant pas fait de longues études, ne se pose pas ces questions et il n’a jamais écouté les conférences de Jean-Claude Van Damme. Nous ne pouvons pas lui demander son avis, et encore moins penser à sa place. Il faut nous débrouiller tout seuls.

Non. Ce qui apparaît davantage, c’est bien le fait que, nous les hommes, nous sommes capables des plus grands paradoxes dans notre rapport aux animaux. Le tout mélangé avec une délicieuse sauce à l’ail qui vient compliquer le raisonnement.

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Les roses du jardin

Posted in Hommage by loranji on mai 1, 2007

Les maisons ont une âme. Les jardins aussi. Nous vivons dans une maison jadis occupée par d’anciens propriétaires qui sans doute, un jour, décidèrent de planter des rosiers. Et c’est touchant, oui touchant, de voir ces massifs en fleurs sous nos yeux, en ce printemps radieux. Touchant de savoir qu’une personne, peut-être une femme, a posé un regard aimant sur son jardin, qu’elle a voulu ici un rosier à roses rouges, là un autre, grimpant, avec des roses blanches ; ici encore, un rosier qui se joue du mur avec ses roses… roses. 

Petit garçon, je n’aimais pas ces fleurs. Je préférais le lys, blanc, flambloyant, au parfum entêtant. Sans doute plus viril au fond. Mais le temps aujourd’hui fait son ouvrage et m’ouvre le coeur à ses roses, à cette femme (je n’imagine qu’une femme) qui jadis a esquissé ce beau geste – planter un rosier –  et dont les saisons printanières restituent chaque année le souvenir. Merci madame.

Bouquet_roses_01_05_07

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