l’orangie

Triade bénie

Posted in Uncategorized by loranji on novembre 9, 2013

Triade bénie

« A quelque chose devraient me servir mes cicatrices d’inlassable défenseur de l’amour, de la vérité et de la liberté, triade bénie justifiant le passage en ce monde de n’importe quel être humain » Miguel Torga

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Avec Irène, Alain Cavalier fait son cinéma.

Posted in L'art Sélavy by loranji on novembre 2, 2009

Il y avait longtemps que je n’avais pas vraiment parlé cinéma sur ce blog ! Mais voilà, c’est chose faite au retour d’une projection d’Irène, d’Alain Cavalier. Pour le dire simplement, Irène est davantage qu’un film d’auteur, c’est un film d’artiste. On pourra toujours se gausser du mot, mais oui Alain Cavalier est un authentique artiste comme il y en a peu. Cet homme respire le cinéma. Le voilà qui sort en salle un film unique, puissant, un objet non identifié dont on ne peut penser un seul instant qu’il s’agit d’une biographie (celle d’Irène) et pourtant, il ne parle que d’elle, sa compagne morte dans un accident de voiture en janvier 1972.

On devra plutôt parler d’enquête, ou même mieux, d’un film qui se cherche. En tout cas au début. Puis, progressivement, Alain Cavalier, qui tient seul la caméra, qui filme son environnement proche, des objets, des lumières, « s’accroche » à son film, sans doute pressent-il aussi sa propre fin. Cavalier s’accroche, et attrape ce qui se présente au long de sa quête ; il saisit des situations, des occasions, d’autres objets, d’autres lumières, il recolle les morceaux, progressivement, pour essayer de comprendre ce qui s’est passé 35 ans plus tôt, en 1972, la mort de cette femme aimée, croit-il.

Mon propos ici n’est pas de raconter le film, mais tout de même de dire que le scénario, ou plus radicalement encore le film, se construit littéralement comme en direct sous les yeux du spectateur. On découvre quelques pans essentiels –  comme « prélevés » par Alain Cavalier – de la vie d’Irène, des éléments quasiment policiers ou cliniques qui peuvent expliquer, éclairer sa personnalité, qui la dessinent, si bien, qu’au fond le film en arrive à l’accident avec cette question murmurée : l’accident d’Irène n’est-elle pas la mort qu’elle a voulu ? Cela ne prétend aucunement qu’il y a eu suicide, Alain Cavalier se garde bien de sombrer dans l’affirmation. Son immense talent – ou plutôt son immense maîtrise – lui permet plutôt d’éclairer la question, de mettre en lumière en quelque sorte, le mystère de cette mort.

Une caméra-soeur

Je passe sur l’incroyable liberté formelle du film, le fait que Cavalier se fiche – depuis longtemps déjà – comme d’une guigne du qu’en dira-t-on des professionnels de la profession et du public. Alain Cavalier filme comme il l’entend, avec  une maîtrise, ou devrait-on dire, une sorte de complicité familière avec la caméra – qui pourrait bien être une  soeur pour lui – avec au bout, une manière de virtuosité. Un grand artiste. Tout, chez lui, est cadrage. Tout chez lui, est lumière. Et l’on devine sa respiration à travers les ondulations de tel ou tel champ. Et puis il y a le texte. Il parle, seul, dans des moments de lucidité qui se terminent en moments de sincérité, c’est ce qui permet au film de ne jamais tomber dans le vulgaire, tout en restant sur la crête, pour aller à son terme, moments dont je retiens notamment ce propos crépusculaire, tandis qu’une porte bat au vent d’une mer houleuse et lointaine, de mémoire : « Mes mots se sont refroidis au fil des saisons, maintenant je suis plus près de la mort, mes mots ne portent plus la vie ». Il y a aussi ces quelques plans très rares, où il apparaît face caméra, dont le dernier, dans l’ombre, les ombres qui fraient près du Styx…

Il n’y a pas de cinéma sans risque. Irène, d’Alain Cavalier en est un parfait exemple dans un registre qui n’a rien à voir avec les risques « connus » du cinéma (tournage difficile, producteur-lâcheur etc). Son risque, à lui, est de rater son retour vers Irène, de rater la fin de son histoire avec elle, par-delà sa mort 35 ans plus tôt. Cavalier semble bien se moquer de savoir si son film est monneyable même s’il se pose la question – dès le départ incongrue, tuée dans l’oeuf – d’un casting ; d’où cette auto-dérision assumée à se dire que « peut-être » il pourrait appeler l’icône « Sophie Marceau » pour interpréter le rôle. L »étonnant tour de force de cette scène étant de ne même pas susciter la moquerie sur cette actrice pourtant bonne cliente en la matière…

Pas de « casting » donc pour Irène. Cavalier préfèrera filmer sans négocier, sans perdre de temps : il se filme, il filme la vie (et la mort qui va avec) et fait son cinéma. Cet artiste confidentiel n’est pas pour autant si délaissé par le monde du cinéma : il a été nominé à Cannes dans la sélection « Un certain regard ».

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