l’orangie

Explosion ou désespoir social en 2010 ?

Posted in Social, sociétal, société by loranji on janvier 8, 2010

Je n’en parle pas en connaissance de cause, mais la précarité me semble être un écueil, ou plutôt une crête à partir de laquelle le basculement d’un côté ou de l’autre de ce point d’isolement, engage toute la vie de la personne.

Instinct de survie conduisant à un emploi « coûte que coûte », c’est-à-dire un petit, un micro-boulot ? Violence sociale ? Pétage de plomb relevant de la psychiatrie ? Ou bien encore, repliement dans le domicile sans chauffage ; à moins que ce ne soit la perte du logement et bientôt le croupissement sous un porche d’immeuble qui n’aura pas encore été équipé de piques anti-sdf.

L’info qui m’amène à écrire ce billet est celle-ci, prélevée sur le site du Miroir Social : « Plus d’un million de chômeurs auront épuisé leur droit en 2010« . Ce million est sur la brèche, sur la crête… Alors, je demande : est-on à la veille d’une explosion sociale, de celles qui réclament du pain et non des avantages catégoriels ?

Mais nous savons aussi que les plus précaires perdent leur langue en même temps que leur estime de soi.

Combien d’individus issus de ce million rejoindront-ils la légion du déshonneur, celle qui gît dans les cartons, celle qu’on chasse à coup de patrouille de police municipale ; légion rampante, implorante – mais silencieuse pour la bonne raison que nous n’entendons pas l’imploration !

Ce million, au contraire, va-t-il prendre peur au point de réagir ? Tout casser pour qu’au moins les autres sachent leur naufrage. Les rapports de police appellent cela des désordres sociaux – comme si tout désordre devait rentrer dans l’ordre ;  les curés dans leurs sermons parleront de désespoir – comme si l’état normal devait être l’espérance.

Nous verrons bien. La seule vérité qui vaille est imprimée dans les relevés de comptes bancaires et le flot continu des factures qui ne s’interrompt qu’avec la fermeture du compte.

La seule vérité est le passage en caisse, lorsque le précaire ne sait pas si sa carte de crédit va passer encore au moins « cette fois ». A cet instant, comme ce million d’autres en fin de droit, il aura le choix entre sortir du supermarché l’échine courbée ou la colère en bandoulière.

Quoiqu’il en soit, cette nouvelle – qui bien évidemment ne manquera pas de passer inaperçue hors des cercles habituels – annonce peut-être une année vraiment difficile pour un million de personnes dont sans doute, beaucoup, ont des enfants. Je pense à eux ; à l’angoisse qui suinte dans les gestes de leurs parents et qu’ils ressentent comme tout être jeune, intuitif. Et même si je n’ignore pas que la France reste l’un des pays les mieux organisés dans l’assistance aux personnes, je sais aussi qu’un pauvre reste un pauvre, que le déclassement social existe, au même titre que son splendide équivalent, tellement célébré : la réussite.

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De l’art du Ticket Restaurant en temps de crise

Posted in Social, sociétal, société by loranji on décembre 8, 2009

Je viens de recevoir d’un certain monsieur Duchiron un emailing sous l’auguste enseigne des « Tickets Restaurant » avec cette accroche dans l’objet du mail qui attire mon attention : « Comment remotiver vos salariés sur fond de crise ? »

Je passe outre le fait que de salarié, il n’y a point chez moi, si ce n’est, à en croire le courrier têtu d’une entreprise de fournitures de bureau, un « directeur des achats » dont mes comptes de société n’enregistrent aucune trace ; et je peux vérifier par moi-même chaque matin qu’en appelant à la cantonade ce putatif collaborateur pour une réunion forcément « urgente » destinée à lui passer un savon, c’est l’écho qui vient à sa place, toujours fidèle, avec ses deux grandes oreilles. L’écho m’a toujours fait penser à un épagneul breton.

Mais passons. Je vous parlais donc de l’emailing de monsieur Duchiron qui m’assure détenir les clés de la remotivation de mes salariés « sur fond de crise ». Je ne sais pas vous, mais moi j’ai la nette impression qu’il y a dans ce message un je-ne-sais-quoi de subliminal qui nous tire vers les bouches froides du métro où marmonne chaque matin le sdf du cru : « … N’auriez pas un Ticket Restaurant s’il vous plaît ? »

A l’heure où les Français disent avec force sondages leur crainte, que dis-je, leur terreur à l’idée de pouvoir devenir un jour sdf, s’entendre dire qu’un Ticket Restaurant peut les requinquer sur leur lieu de travail ne relève pas seulement d’un opportunisme patent mais d’une part, somme toute assez triviale, de vérité.

Au fond, la crise parle aux ventres qui, sans crier famine comme là-bas près du métro, murmurent aux esprits angoissés qu’un Ticket Restaurant épaissi de quelques centimes, c’est toujours ça de plus dans l’estomac.

Les temps sont durs.

Crise et crise de nerfs

Posted in Social, sociétal, société by loranji on septembre 21, 2009

La crise dans l’entreprise, c’est un peu la nasse des crabes. Quand plus rien ne vas, tout le monde se bouffe le nez. C’est à peu près ce qu’on pourrait en conclure à la lecture de cet article d’Eco89 : l’Association Harcèlement Moral (HMS) dit avoir enregistré un bond de 40% de signalements en un an soit 3150 appels au secours.

Quand l’incertitude gagne, quand les bénéfices chutent, quand les primes restent suspendues dans le ciel comptable en attendant des jours meilleurs, les tensions s’accroissent, les petits chefs s’agacent, les grands chefs se crispent, je vous laisse compléter l’organigramme. Le phénomène tend effectivement à gagner l’ensemble des organisations. Je cite Eco89 :

 » (…) la généralisation du phénomène du harcèlement se confirme d’abord par le profil de plus en plus « ordinaire » de ses victimes. Les hommes sont désormais un tiers, alors qu’ils ne représentaient que 20% il y a dix ans. Dans ce tableau, les 35-44 ans sont de plus en plus nombreux (31% des cas), ainsi que les employés (58%). »

Plus loin :

 » (…) le harcèlement moral vise en priorité des salariés qui ont peu d’ancienneté dans leur entreprise, il s’étend maintenant à ceux qui sont installés depuis plus de cinq ans. Ce qui semble indiquer que les pratiques de harcèlement prennent un caractère organisé au sein des collectivités, entreprises ou administrations. »

On est loin du travail vu comme véhicule de l’estime de soi ; le voici fardeau quotidien, noyé dans l’eau de la déprime qui monte et gagne tout les compartiments de l’être pour finir en dépression.

Question naïve du jour : comment une société aussi « riche » que la nôtre peut-elle être à ce point toxique pour certaines et certains ?

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