l’orangie

Ma Terre dolorosa

Posted in L'art Sélavy by loranji on juillet 19, 2014
terre de malheur

Ph. Johannes Hähle – juin-juillet 1941 – Bundesarchiv. Prisonniers russes lors de l’opération Barbarossa.

La terre sur laquelle nous marchons est le réceptacle de la poussière cosmique mais aussi des vivants que l’histoire, les peuples et les continents ont assassinés. Et l’avenir fournit chaque jour des bébés promis au feu des armes et des vengeances.

Les corps meurtris n’ont pourtant pas disparu dans le néant, à qui sait entendre l’écho lointain de la plainte jamais finie dans la mémoire vive et sérieuse. La plainte reste collée à nos pieds, d’où elle remonte en vibrations, jusqu’à nos oreilles, transformant jusqu’à notre regard ; mais voilà que ce faux témoin trahit les contractions permanentes de l’inhumaine terre.

Terre de douleur, terre de malheur, que l’espérance parvient toujours à percer pour fleurir, et laisser croire à la rédemption. A l’horizon. Et faner.

(sur la 5ème symphonie de Dmitry Shostakovich – dir. Evgeny Mravinsky, orchestre philarmonique de Leningrad).

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« De quelle façon pourrait-on rendre la vie aussi simple et supportable que la mort ? » L’orangie

Posted in Uncategorized by loranji on avril 20, 2013

« De quelle façon pourrait-on rendre la vie aussi simple et supportable que la mort ? » L'orangie

 

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Sortie de Mortel Scooter : ils sont jeunes, ils s’éclatent en scooter

Posted in Social, sociétal, société by loranji on décembre 2, 2009

Mortel Scooter… Ca sonne comme un film d’action. Mais c’est un film de douleur. Après « l’action »…

Explications.

Vincent explique qu’il a pris un virage à la corde, belle trajectoire. Sauf qu’une voiture est arrivée en face… Vincent raconte « Je suis paralysé à vie en fait… Je suis tétraplégique ».

Le père de Mamadou le dit bien « on ne choisit pas les séquelles ». 9 ans après son accident en scooter Mamadou reste traumatisé. Au sens propre. Il ne parle plus. La communication entre son fils et lui est presque réduite à néant. Si seulement Mamadou parlait, même dans un fauteuil roulant. Mais non, on ne choisit pas les séquelles…

Corentin, lui, il l’est dans le fauteuil. Il parle oui, mais depuis son fauteuil qu’il ne quittera plus jamais de sa vie. La voix brisée, le regard éteint il ne se souvient que d’une chose « je roulais trop vite » ; des mots qui roulent comme des regrets. Avant tout était possible. Après beaucoup de choses ne le sont plus. On a déjà des phrases toutes faites pour résumer la situation de ces jeunes : leur vie a été brisée par un accident.

Jorick lui aussi est dans un fauteuil. Polyhandicapé. Il s’est « mangé un camion » explique-t-il en articulant péniblement. On distingue encore son accent marseillais. Son pull est aux couleurs de l’OM. Derrière ses lunettes fumées, il sourit. Heureux sans doute d’être encore vivant malgré tout. L’après-accident c’est aussi cela : apprendre à vivre avec le handicap. Supporter le regard des autres, adultes, enfants. Les enfants surtout. Et puis, il y a la mère de Jorick qui témoigne aussi. Elle vit le deuil de l’adulte que son garçon ne sera jamais.

Même si la fatalité fait partie de la vie, sur la route, comme ailleurs, les accidents sont le plus souvent le fait d’une imprudence ou plutôt d’une inconscience. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’inconscience chez ces jeunes qui roulent, et que je vois parfois dans les rues de Nanterre, faire les kakous en remontant les rues en roue arrière, en brûlant les feux rouges, parfois même en remontant en sens interdit. Ivresse de la transgression, sans doute. Ivresse de la liberté, sûrement, dans un monde qui ne leur semble pas ouvert.

Sans doute faudrait-il leur dire, à ces jeunes, qu’ils se trouvent dans une zone dangereuse, un peu comme ces soldats de film d’action qu’ils regardent et qui, yeux grands ouverts, guettent l’ennemi. Ils sont concentrés. Sans doute faut-il leur dire, à ces jeunes garçons (car ce sont des garçons), qu’ils doivent eux aussi être concentrés. Comme un « warrior », un guerrier qui connaît ses points faibles, ses faiblesses. Cela se résume en une phrase : se méfier de soi-même.

Maintenant, allez voir le site MortelScooter des amis d’i&e pour le compte de la Prévention Routière. Passez-vous les vidéos de témoignages. Mais surtout, passez-les aux jeunes que vous connaissez. On préfère les voir s’éclater dans la vie que contre des pare-brises.

En vérité, ces morts n’ont aucune importance

Posted in Social, sociétal, société by loranji on décembre 1, 2009

Il y a des jours où c’est plus dur de se concentrer sur son travail.

Je viens de lire un reportage de Jean-Paul Mari dans le NouvelObs sur les clandestins qui essaient de franchir la Méditerranée entre la Libye et l’Italie, en espérant rejoindre la Sicile.

Il y a des jours franchement où l’on se dit que notre espèce humaine ne mérite pas d’exister : quel coeur peut se refermer comme un coffre-fort insensible aux rumeurs et à la misère du monde ? Le mien. Le mien, comme celui de tous ceux qui maltraitent les immigrants dans les geôles libyennes de Kadhafi. Tous les coeurs se referment.

Oui mon coeur va se refermer à l’issue de ce billet comme se referme celui des pêcheurs et des marins de commerce qui détournent leurs jumelles en observant des migrants entassés, risquant de chavirer à tout instant, des migrants affamés, assoiffés, entourés de morts. On me dira que ce n’est pas comparable, que la responsabilité d’un marin ne portant pas secours n’a rien à voir avec celle d’un stupide internaute qui clique sur la rubrique people. Je ne le crois pas. Nous sommes tous responsables. Se dire que nous n’y sommes pour rien, que nous ne pouvons rien, c’est nous en tirer à trop bon compte. Car nous savons. Tout simplement, nous savons, nous avons nos paires de jumelles médiatiques.

Et pourtant, là, dans quelques secondes, après avoir terminé ce billet, nos coeurs vont se refermer, comme le mien va se refermer, pour passer à autre chose.

Passer à autre chose, détourner le regard de l’ennuyeuse et banale chronique de l’horreur, tandis que chaque mois, chaque semaine, se trame au large de Lampedusa, cet îlot rocheux qui marque la séparation entre l’Europe et l’Afrique, un nouveau « Radeau de la méduse ». En pire.

En pire, parce que ces malheureux ne sont pas secourus par les cargos et les chalutiers, mais seulement récupérés par les gardes-frontières italiens de Berlusconi qui mènent hommes, femmes, enfants, vieillards, sans discernement, sans autre examen que médical, sur une plate-forme pétrolière où bientôt accoste une vedette lybienne chargée de les ramener en Lybie où l’enfer – carcéral ou non – les attend. Et l’on peut croire le reporter du Nouvel Obs bien connu pour son sérieux : viols pour les femmes, les hommes, les enfants peut-être ; coups, brimades, tâches domestiques, insultes racistes des Lybiens pour qui un noir est inférieur, esclavage, meurtres…

Je ne retrouve pas sur le NouvelObs le reportage de Jean-Paul Mari lu en version papier.

Au fond, j’y vois une sorte de signe dérisoire : il sera dit que même là, dans un simple hyperlien un peu trop difficile à trouver (que je ne me donne pas le temps de chercher !), ces morts, ces désespérés, sont voués à l’indifférence, au mépris, ou bien – comme moi maintenant – à l’écoeurante et poisseuse bouffée de conscience passagère des nantis.

Voilà, ce billet est terminé. Terminons la séquence comme on dit. Refermons les coeurs.

Rejetons prestement notre honte dans la mer bleue de Lampedusa. Et laissons-là se dissoudre dans les flots oublieux.

Avec Irène, Alain Cavalier fait son cinéma.

Posted in L'art Sélavy by loranji on novembre 2, 2009

Il y avait longtemps que je n’avais pas vraiment parlé cinéma sur ce blog ! Mais voilà, c’est chose faite au retour d’une projection d’Irène, d’Alain Cavalier. Pour le dire simplement, Irène est davantage qu’un film d’auteur, c’est un film d’artiste. On pourra toujours se gausser du mot, mais oui Alain Cavalier est un authentique artiste comme il y en a peu. Cet homme respire le cinéma. Le voilà qui sort en salle un film unique, puissant, un objet non identifié dont on ne peut penser un seul instant qu’il s’agit d’une biographie (celle d’Irène) et pourtant, il ne parle que d’elle, sa compagne morte dans un accident de voiture en janvier 1972.

On devra plutôt parler d’enquête, ou même mieux, d’un film qui se cherche. En tout cas au début. Puis, progressivement, Alain Cavalier, qui tient seul la caméra, qui filme son environnement proche, des objets, des lumières, « s’accroche » à son film, sans doute pressent-il aussi sa propre fin. Cavalier s’accroche, et attrape ce qui se présente au long de sa quête ; il saisit des situations, des occasions, d’autres objets, d’autres lumières, il recolle les morceaux, progressivement, pour essayer de comprendre ce qui s’est passé 35 ans plus tôt, en 1972, la mort de cette femme aimée, croit-il.

Mon propos ici n’est pas de raconter le film, mais tout de même de dire que le scénario, ou plus radicalement encore le film, se construit littéralement comme en direct sous les yeux du spectateur. On découvre quelques pans essentiels –  comme « prélevés » par Alain Cavalier – de la vie d’Irène, des éléments quasiment policiers ou cliniques qui peuvent expliquer, éclairer sa personnalité, qui la dessinent, si bien, qu’au fond le film en arrive à l’accident avec cette question murmurée : l’accident d’Irène n’est-elle pas la mort qu’elle a voulu ? Cela ne prétend aucunement qu’il y a eu suicide, Alain Cavalier se garde bien de sombrer dans l’affirmation. Son immense talent – ou plutôt son immense maîtrise – lui permet plutôt d’éclairer la question, de mettre en lumière en quelque sorte, le mystère de cette mort.

Une caméra-soeur

Je passe sur l’incroyable liberté formelle du film, le fait que Cavalier se fiche – depuis longtemps déjà – comme d’une guigne du qu’en dira-t-on des professionnels de la profession et du public. Alain Cavalier filme comme il l’entend, avec  une maîtrise, ou devrait-on dire, une sorte de complicité familière avec la caméra – qui pourrait bien être une  soeur pour lui – avec au bout, une manière de virtuosité. Un grand artiste. Tout, chez lui, est cadrage. Tout chez lui, est lumière. Et l’on devine sa respiration à travers les ondulations de tel ou tel champ. Et puis il y a le texte. Il parle, seul, dans des moments de lucidité qui se terminent en moments de sincérité, c’est ce qui permet au film de ne jamais tomber dans le vulgaire, tout en restant sur la crête, pour aller à son terme, moments dont je retiens notamment ce propos crépusculaire, tandis qu’une porte bat au vent d’une mer houleuse et lointaine, de mémoire : « Mes mots se sont refroidis au fil des saisons, maintenant je suis plus près de la mort, mes mots ne portent plus la vie ». Il y a aussi ces quelques plans très rares, où il apparaît face caméra, dont le dernier, dans l’ombre, les ombres qui fraient près du Styx…

Il n’y a pas de cinéma sans risque. Irène, d’Alain Cavalier en est un parfait exemple dans un registre qui n’a rien à voir avec les risques « connus » du cinéma (tournage difficile, producteur-lâcheur etc). Son risque, à lui, est de rater son retour vers Irène, de rater la fin de son histoire avec elle, par-delà sa mort 35 ans plus tôt. Cavalier semble bien se moquer de savoir si son film est monneyable même s’il se pose la question – dès le départ incongrue, tuée dans l’oeuf – d’un casting ; d’où cette auto-dérision assumée à se dire que « peut-être » il pourrait appeler l’icône « Sophie Marceau » pour interpréter le rôle. L »étonnant tour de force de cette scène étant de ne même pas susciter la moquerie sur cette actrice pourtant bonne cliente en la matière…

Pas de « casting » donc pour Irène. Cavalier préfèrera filmer sans négocier, sans perdre de temps : il se filme, il filme la vie (et la mort qui va avec) et fait son cinéma. Cet artiste confidentiel n’est pas pour autant si délaissé par le monde du cinéma : il a été nominé à Cannes dans la sélection « Un certain regard ».

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Une minute de votre vie. Et plus si affinités

Posted in Social, sociétal, société by loranji on octobre 15, 2009

Il paraît qu’on peut perdre son samedi matin à faire tout Paris pour trouver un collector de Michael Jackson. Il paraît qu’on peut faire la queue cinq heures pour voir un concert de Tokyo Hôtel ou de Ben Harper. Il paraît qu’on peut dormir une nuit entière devant la porte d’hôtel de Mylène Farmer. Il paraît qu’on peut se pousser par terre après trois heures d’attente pour entrer le premier chez H&M un jour de soldes. Mais il paraît que des gens meurent dans des chambres d’hôpital.

Il paraît qu’on est capable de ne plus avoir de week-end pour obtenir une promotion au boulot. Il paraît qu’on peut tolérer qu’un client ait une heure de retard si c’est un gros client. Il paraît qu’on passe des minutes interminables à lire des journaux sans aucun intérêt, et une heure et demie en moyenne à voir des films également sans intérêt. Il paraît qu’on peut rester trois-quarts d’heure au téléphone avec un vague copain pour ne rien dire. Il paraît qu’on se maudit de s’être encore fait avoir toute une soirée par une émission télé nullissime. Mais il paraît que pendant ce temps, des gens meurent dans des chambres d’hôpital parce qu’il leur manque quelque chose.

Il paraît qu’on peut attendre un amant ou une amante pendant toute une vie. Il paraît qu’on peut rester une demi-journée devant la porte de l’immeuble où habite une fille rêvée. Il paraît qu’on peut traverser le channel pour la retrouver. Il paraît qu’on peut écrire des heures devant son ordi à un garçon sur Meetic, et plus encore par mail à sa meilleure amie pour en faire un compte-rendu. Mais il paraît qu’on peut mourir au fond d’une chambre d’hôpital parce qu’on a un organe qui ne fonctionne pas.

Il paraît que le donneur qui aurait pu lui sauver la vie n’avait pas une minute à consacrer à ce sujet. Pas une.

Il paraît que le malade peut se dire que sa vie ne vaut pas le temps consacré à la recherche d’un collector de Michael Jackson, d’un concert de Ben Harper ou même d’une émission de télé foireuse.

Il paraît que c’est malheureux, mais que c’est comme ça.

Il paraît qu’en une minute seulement et quelques clics, on peut pourtant régler la question. Soit dire oui, soit dire non pour le don d’organe, mais au moins on sait pourquoi.

Il paraît que les proches, pour le jour où l’on passe de l’autre côté, se chargent d’informer les médecins que oui, on fait un don d’organe ou que non, on n’y tient pas. Mais tout est clair.

Il paraît que le jour de la greffe, le malade sourit à son donneur anonyme. Il sourit au monde. Il revit.

On ne sait pas s’il existe un paradis des donneurs – pourquoi pas non plus des médailles – Mais il paraît que les donneurs s’en foutent, que la seule chose qui compte c’est de savoir qu’au moment où leur propre vie s’arrête, elle va permettre à une autre de continuer.

Le 17 octobre, journée du don d’organe.
Prenez une minute pour en parler :
vidéo rigolote ici,
petit site sympa ,
et grand site avec tout plein d’infos .

C’est drôle, la mort de Michael Jackson

Posted in Hommage by loranji on juin 26, 2009

Mais oui c’est drôle, la mort de Michael Jackson (site officiel ici) me fait penser à celle d’Edith Piaf*. Je n’étais pas né lorsque la Môme a rejoint son Marcel, mais je me souviens d’une chose que les chroniqueurs historiques répètent à l’envi lorsqu’ils évoquent la grande dame : Jean Cocteau a eu la mauvaise idée de mourir le même jour, un manque de tact qu’on ne lui connaissait pas. Mal lui en a pris, son décès a été occulté par la disparition de l’inoubliable interprète de « Y’en a un de trop ».

Mais quel rapport avec Michael Jackson mis à part le fait que Michael dans le clip thriller ressemble un peu à Edith au lendemain de ses deux accidents de voiture ? Et bien tout simplement que leur mort en cache une autre. Farrah Fawcett est un peu le Jean Cocteau d’Edith. Bien sûr leur point commun s’arrête là, comme en témoignent ces deux photos, Jean et Farrah sont de fait, relativement dissemblables physiquement. Farrah est, semble-t-il, plus sexy et je me demande quand même si Jean Marais n’aurait pas un peu franchement craqué, au même titre que tout individu appartenant aimablement au genre humain (ce qui exclut de fait le président Troufion Ahmadinejad et Momo Ben Laden).

jean_cocteaufarrah_fawcett

Pour conclure et pour résumer, et pour ceux et celles qui se seraient emmêlés dans mon propos, la mort de Michael Jackson occulte celle de Farrah Fawcett (quel nom superbe en plus !) au même titre que celle d’Edith Piaf faisait oublier celle de Jean Cocteau.

Mais, au fond, que Michael Jackson en soit remercié. Combien de gens, en entendant le nom de Farrah Fawcett, diront lors de conversation entre amis « ah bon elle est morte ? » C’est une autre façon de rester vivant dans l’esprit des gens, finalement.

* en somme Jackson et Piaf, ça nous fait là de gros vendeurs de cd dcd

La face cachée des pompes funèbres

Posted in Social, sociétal, société by loranji on mai 28, 2007

Découvert chez Versac, voici un "webdoc" vraiment très bien fait sur la mort et primé au Flash Festival.
Thanatorama

Je me suis intéressé de très près à cet univers il y a peu de temps, et je dois dire que les gens de Thanatorama se sont vraiment bien sortis de l’exercice. Le ton est juste, les informations sont précises sans être morbides. Allez jusqu’au bout. La dernière image du dernier chapitre (exhumation) est saisissante de vérité. Une forme revisitée de la vanité, thème de peinture célèbre.

En guise de conclusion, je reprends un livre du grand sociologue allemand Norbert Elias (1897 – 1990) où l’on peut lire un "message" des morts aux vivants :


"Vous êtes ce que nous avons été. Vous serez ce que nous sommes."

(texte populaire du moyen-âge extrait de "La solitude des mourants" – Norbert Elias (Ed Pocket)

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