l’orangie

Au fond de la mémoire

Posted in Au bout du comptoir by loranji on juillet 10, 2015

Au fond de la mémoire rouillent des vérités qui n’ont jamais régné.

LJ

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Suicide

Posted in Au bout du comptoir by loranji on juillet 3, 2015

Le suicide est une colère.

La colère du monde – rendue muette – en soi.

La colère de soi – rendue muette – au monde.

Le suicide est une colère mutique car mutilante.

On est mutilé avant de se suicider.

LJ – octobre 2001, Castellane.

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L’orgueil vraiment très mal placé de la République

Posted in Social, sociétal, société by loranji on janvier 16, 2015

Toute violence a une source, souvent cachée. On la devine pourtant, par ici, par là, sans jamais la trouver. Alors on continue à chercher.

On trouve ce mot : la République.

On se dit que ce mot n’est pas tant, à l’origine, un ennemi qu’une abstraction pour un terroriste islamiste. Ce concept, on le lui a sans doute maintes fois montré devant le visage comme un chiffon bleu-blanc-rouge. Durant son enfance, il a entendu des sons qui parlaient de France, d’égalité, de drapeau ; un agglomérat de choses qu’il n’a pas trouvé de raisons à embrasser.

Il n’est pas le seul. Une partie, forte minorité ou faible majorité qu’importe, de la population musulmane en France ne comprend pas la République, puisqu’elle ne comprend pas la laïcité, puisqu’elle ne comprend pas que l’on puisse caricaturer Mahomet.

Le chemin qu’elle a fait pour venir en France. La République ne l’a pas fait jusqu’à elle. C’était à ces gens de devenir républicains en mettant le pied sur le sol. C’était automatique.

Ce n’était pas automatique.

La République a failli par orgueil. Convaincue de sa gloire passée ; certaine, qu’après avoir irrigué les Français, et tant qu’à faire le Monde de ses Lumières, elle se déverserait aussi vers les migrants de tous horizons. C’était mécanique.

Ce n’était pas mécanique.

La République était, croyait-elle encore, sur les rails de l’histoire, portée par un grand récit ; et dans le même élan qu’à Valmy elle avait envoyé ses bulldozers attaquer les collines où bâtir les HLM. Après tout, si des Français avait été heureux de s’y installer après les privations de la guerre, les « Arabes » pouvaient bien prendre leur place. A chacun son tour, avant d’être accepté dans le grand cercle chaleureux et bruyant de la consommation. C’était avant la crise.

Mais ce n’était pas la crise pour la République.

Cette république, si rapide, si volubile, n’avait-elle pas fait table rase du passé colonial ? Elle s’était racheté une conduite en devenant de gauche, d’abord dans les colonnes de la presse, bientôt à l’Elysée. On marchait sous la banderole de SOS Racisme de Vénissieux à Paris. C’était fini.

Ce n’était pas fini.

Les largués, les traînards, les pas-doués, les couards voyaient s’éloigner devant eux, à mesure qu’il grandissaient, un objet qui leur devenait étrange. Certains sont devenus invisibles, d’autres délinquants. D’autres terroristes.

Le terrorisme c’est le résultat d’une addition d’erreurs de calcul étalées sur des décennies ; c’est une succession d’erreurs d’interprétation des pouvoirs successifs à un point qui confine à la bêtise, et à la mesquinerie. Des générations d’experts-comptables qui nous tiennent lieu de responsables politiques n’ont pas vu ou n’ont pas voulu voir l’arrière-garde. De tout temps, il ne fait pas bon être rejeté dans l’arrière-garde…

On a malgré tout réagi quand des poubelles, puis des voitures ont brûlé. On a cette fois imaginé les « politiques de la ville ». On s’est même mobilisé, par centaines, par milliers au fil des années dans les maisons de quartier, les antennes-ceci et les antennes-cela. Ce n’était que l’ambulance de la République. Pas son carrosse.

D’ailleurs, il faut bien le dire, le carrosse n’y est pour personne. Sauf pour quelques-uns. C’est dur pour tout le monde. Mais c’est sans doute un chouïa moins dur pour celles et ceux qui portent en eux les graines de la liberté, de l’égalité et de la fraternité semés par leurs ancêtres français. Ce n’est pas rien cet héritage.

Le 11 janvier, 3,7 millions de personnes sont descendues dans la rue en se souvenant qu’ils avaient ces graines en eux. Ce n’est pas rien d’avoir des souvenirs.

Elles pensaient même ranimer la République. Y sont-elles parvenu ?

Ce n’est peut-être qu’une morte que l’on ne veut pas voir mourir, dans un monde que l’on ne comprend plus et où elle ne se montre plus.

Or, là où la République faillit, il n’y a plus de République. Elle est pleine ou vide. Elle est vivante ou morte. Une Marseillaise chantonnée sur une pelouse de foot ne suffit pas à faire la République.

De la même façon que défendre la liberté d’expression, c’est défendre une partie – une partie seulement – de la liberté. Où est l’égalité ? Où est la fraternité ?

On s’émerveille de voir marcher côte à côte des militants du Front de gauche et de l’UMP. La belle affaire. Affaire de petits-bourgeois qui s’en retournent à leurs salaires le lundi matin.

L’absence des « cités » aux défilés n’indique pas seulement que celles-ci sont en désaccord avec les caricatures de Mahomet. Elle est aussi la preuve, désespérante, d’une République qui n’est pas pleine, qui n’est pas entière. Qui a failli depuis longtemps, peut-être même depuis toujours, excepté dans le moment révolutionnaire – avec ce qu’on lui connaît d’horreurs et d’outrances. Nous voici maintenant devant le corps d’une république, comme vide d’un corps étranger, qu’elle n’a pas pris en son sein. « Corps étranger », j’emploie le mot à dessein.

Voici à présent – et l’on croirait écrire sur l’apartheid – la ligne de partage entre citoyens « blancs et diplômés a minima » pour qui la République est un concept – vaille que vaille – exprimable, transmis bien plus par les familles que par l’école, et porté par les derniers feux du grand récit national ; et ces citoyens-là, « basanés et en rupture » qui jamais n’ont cerné cette idée tellement bizarre et tellement abstraite, tellement exigeante et tellement philosophique qu’est ce mot-valise de ré-publique, res-publica, chose-publique.

La France ne reste pas par hasard le pays des Lettres dans le monde, et celui de la conversation, et celui de la polémique. Dans aucun autre pays semble-t-il, le débat d’idées n’a été élevé à ce niveau au rang d’œuvre d’art – et j’y inclus les gros dessins de Charlie Hebdo.

Aujourd’hui nous comprenons ce que nous pressentions : certaines populations issues des quartiers ne « calculent » ni la planète sur laquelle elles vivent, ni le pays dans lequel elles tentent de vivre ; et les 3,7 millions de personnes basculant dans la rue pour la « liberté d’expression » ne font qu’accentuer l’incompréhension, bientôt submergée par la colère.

N’en déplaise aux chantres de l’humanisme béat (ou Béard comme on voudra), une faille, véritablement sismique, sous nos yeux et sur notre sol, sépare « La France » de ses cités. Elle révèle au grand jour la veine sanglante qui relie la délinquance au terrorisme. Elle est aussi une gifle à ces gouvernements qui depuis quarante ans se sont lâchement repliés sur une politique « d’obligations de moyens » quand il fallait s’obliger aux résultats.

Nous nous trouvons face à une inconnue : la République a-t-elle ou non l’envie de rattraper ses erreurs ? A-t-elle la force d’amour qui lui fera enfin embrasser les « gueux » ? A-t-elle aussi ou non la force, de dire « non » comme une mère, laïque et intraitable, à une religion qui cherche sa place ? A-t-elle les moyens de recruter davantage de républicains parmi les cités que ne le font les djihadistes ? Mais à la fois… que peut promettre en échange la République à ceux qui s’en méfient ou la rejettent ? Quel récit, quelles perspectives peut-elle donner, quand elle est elle-même plongée dans le doute ?

Nous pouvons être raisonnablement pessimistes quant à la vitalité de la république. Nous semblons nous acheminer vers un triste rapport de force qu’aggraveront les futurs attentats. Il fera de notre société un état policier et vieillissant.

Terminons par un scénario à moyen-terme. Cette république qui n’en est plus que le débris depuis des lustres risque fort de tomber comme un fruit mûr entre les mains de l’extrême droite anti-républicaine (La dédiabolisation du FN ayant fonctionné selon un scénario implacable du fantasme de la perte de contrôle).

La farce sera complète et nous ne serons plus dans l’illusion.

A nous la faillite.

J’avais écrit ici précisément après ce mot de « faillite » une conclusion plus heureuse. Je me disais que l’Europe recèle une force considérable : les peuples unis pour la démocratie. Mais je l’ai effacée de cette conclusion. Comme s’effacent les belles idées devant la bêtise et la violence : lorsqu’une monte sur l’autre et forment la bête immonde.

L’espérance reviendra, un jour.

Si elle y pense*.

Malgré tout il faut se battre. Et à défaut de pouvoir refonder la République, sauver ce qui peut l’être, en attendant des jours meilleurs.

Résistance !

Résistance…

* hommage à une chanson d’Alain Bashung

poissons 2 – yin et yang

Posted in Au bout du comptoir by loranji on octobre 5, 2014

Nous parlons trop. Nous avons à apprendre du silence des poissons qui nagent entre nos continents.

terre océan continents politique sagesse yin et yang

Poissons 1

Posted in Uncategorized by loranji on octobre 5, 2014

En pêchant le poisson, nous retirons du silence au monde.

poisson pêche éthique silence calme

Taoïsme, impressionnisme.

Posted in Au bout du comptoir by loranji on octobre 4, 2014

Zhuang Zi ne reconnaît à personne le droit d’émettre des concepts, cette obsession grecque pourrait-on dire. Mais surtout confucéenne, en l’état.

Zhuang Zi l’indomptable a choisi l’empirie en regardant la nature. L’ambivalence plutôt que la certitude du oui, ou du non, de la thèse et de l’antithèse. Empirisme radical à la William James peut-être bien.

Mon petit doigt me dit que la Nature chez le Zhuang Zi est aussi cette porosité entre l’individu et elle ; entre l’organisme et l’environnement. Et finalement, qui suis-je pour juger de ce que je crois voir de l’extérieur (la nature) alors que je suis partie prenante avec elle, malgré moi ou pour mon plus grand bien ?

En cela, le taoïsme du Zhuang Zi est peut-être ce que l’impressionnisme est à la peinture : un lâcher-prise de l’individu post-moderne avant l’heure.

L’oeil, plein de l’eau de l’étang que je peins.

water lilies nymphéas claude monet

Nymphéas, Claude Monet

Discourir.

Posted in Au bout du comptoir by loranji on octobre 4, 2014

Un discours trop fluide, comme dévalant les pentes sur les rocs de la certitude.

montagne torrent discours parole

Non loin des Arcs. Août 2008.

« Langage et silence » George Steiner

Posted in Fiches de lecture by loranji on août 30, 2014
Langage et silence George Steiner

« Langage et silence » George Steiner

Mais n’y aurait-il donc plus que le silence ?

George Steiner nous colle en préambule de « Langage et silence » (Editions des Belles Lettres) un tableau assez net de la situation du langage dans notre monde. Sa thèse centrale, c’est qu’au fond le langage mathématique est en train de supplanter progressivement le langage des mots, et donc le cœur de son réacteur que constitue la littérature. « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire » rappelle la célèbre sentence de Wittgenstein dans son « Tractatus logico-philosopicus » que reprend Steiner, mais bon, Wittgenstein a ce petit quelque chose d’aporétique qui, ne posant plus de question, pose encore question.

Si l’on considère avec lui que le langage parlé ne peut parler que de peu de choses, ce n’est pas une raison pour se taire, ni pour taire ce qui anime la langue dans sa pluralité et sa subjectivité. Advienne que pourra, c’est peut-être partageable. Après tout, Miró en peinture avait je crois théorisé la dialectique du personnel et de l’universel.

Après, il est vrai que Steiner est sévère, souvent à juste titre, avec l’art contemporain qui, à force de ne pas vouloir se taire et tenter l’expérience, tire le diable de la Création par la queue, sombrant trop souvent dans le bavardage et cette horrible chose qu’est la mondanité lorsqu’il s’agit de considérer que l’art devient commerce – ce qu’il n’a certes jamais cessé d’être dans les siècles, mais sous des modalités si lointaines – le mécénat – au point que l’on finit par s’épargner sa critique.

Si donc, comme le dit George Steiner, le langage a été épuisé par la modernité et sa dimension « magique » évanouie – ce qui n’est pas tant éloigné de la théorie d’Adorno considérant la perversion des Lumières en système rationnel conduisant à la barbarie – et bien soit, prenons acte de ce qu’il appelle un nouvel analphabétisme que l’on pourrait d’ailleurs orthographier « analphabêtisme ».

Bêtise, voilà ce qu’il en reste après le feu d’espérance, de nos paroles en faillite, qui elles-mêmes finissent par conditionner nos actes. Pas de quoi être optimiste dans ce monde où pour le coup la littérature – pour en revenir à elle – est mécaniquement condamnée à la médiocrité.

Bien sûr, il y a de splendide loosers, Céline, et plus près de nous Houellebecq, même s’il n’a pas la carrure du docteur. Bien sûr – et Steiner ne cesse, dans son livre « Langage et Silence » de leur rendre hommage – il subsiste encore Joyce et Broch. Je le rejoins quand il estime que « La mort de Virgile » est un chef d’œuvre. Mais voilà. Quant on lit ce livre, on s’afflige dans le même temps de l’isolement effrayant de l’auteur et de cette sensibilité finalement rendue muette par l’époque où pourtant elle est née (milieu XXè siècle).

Alors voilà. Considérons qu’il existe un art inaudible qui toujours – peut-être ? – sauvera l’humanité du précipice de la Totalité. Le pessimisme est pour ainsi dire triomphant (optimiste pourrait-on dire). Mais l’optimisme, même s’il est condamné au pessimiste, subsiste…

« Une fois mort, le langage tourne au mensonge » dit George Steiner qui a mille fois raison. Mais peut-on espérer que du langage mort renaissent des germes de vie ?

Ma Terre dolorosa

Posted in L'art Sélavy by loranji on juillet 19, 2014
terre de malheur

Ph. Johannes Hähle – juin-juillet 1941 – Bundesarchiv. Prisonniers russes lors de l’opération Barbarossa.

La terre sur laquelle nous marchons est le réceptacle de la poussière cosmique mais aussi des vivants que l’histoire, les peuples et les continents ont assassinés. Et l’avenir fournit chaque jour des bébés promis au feu des armes et des vengeances.

Les corps meurtris n’ont pourtant pas disparu dans le néant, à qui sait entendre l’écho lointain de la plainte jamais finie dans la mémoire vive et sérieuse. La plainte reste collée à nos pieds, d’où elle remonte en vibrations, jusqu’à nos oreilles, transformant jusqu’à notre regard ; mais voilà que ce faux témoin trahit les contractions permanentes de l’inhumaine terre.

Terre de douleur, terre de malheur, que l’espérance parvient toujours à percer pour fleurir, et laisser croire à la rédemption. A l’horizon. Et faner.

(sur la 5ème symphonie de Dmitry Shostakovich – dir. Evgeny Mravinsky, orchestre philarmonique de Leningrad).

Electeurs du FN : les hooligans de la politique

Posted in Homme et femmes politiques by loranji on juin 2, 2014

La protestation, l’exaspération en politique et dans les urnes sont sans doute intrinsèques au débat public mais ce qui s’est passé dimanche 25 mai paraît inaugurer une nouvelle ère politique : les hooligans ont pris le pouvoir. Ou disons qu’ils votent pour un parti qui s’impose comme centre de gravité d’un paysage politique dévasté.

Le vote FN est un vote « hooligan » car on peut y trouver au moins trois points communs.

Le premier relève de l’évidence : le repli identitaire. Leur moteur au FN et au hooliganisme ? Une capacité réflexive essentiellement limitée au déjà connu ; au « bon vieux temps » pour le vote FN : à l’appartenance territoriale, tribale, pour le hooligan. Tout est simple en leur monde : les événements sont pour, ou contre eux ; les personnes sont ennemies ou amies. Aucun examen sérieux, aucune dialectique capable d’appréhender l’autre dans sa différence, l’universel définitivement étranger, étrange ; et le simple examen des personnes et des événements au scanner de leurs préjugés.

Le deuxième point commun découle de l’exacerbation des positions ; c’est-à-dire des opinions qui n’en sont plus, car non discutables ; c’est le chemin ouvert à toutes les violences, symboliques ou réelles. La violence donc. Physique pour les hooligans, morale pour les électeurs FN, à supposer qu’elle ne devienne pas de plus en plus concrète à mesure que les frontistes feront rimer la « dédiabolisation » avec la déshinibition…

On conviendra – troisième point commun – qu’il n’est pas non pas possible de discuter avec un hooligan ni avec un électeur FN. Ou alors faudra-il qu’il redescende de son escabeau pour tendre l’oreille et s’apercevoir qu’autre chose est possible en dehors de son monde.

Mais nous sommes loin de ce moment – où immanquablement pourtant – les électeurs FN ouvriront les fenêtres de leur prison morale pour en chasser les miasmes et les bustes déchus des Le Pen. Nous en sommes plutôt au début de cette séquence, dont nul ne sait combien de temps elle durera.

Après tout, la colère se nourrit d’elle-même quand l’arbitraire est roi. Il faudra donc patiemment attendre ce moment où les électeurs frontistes s’apercevront que l’arbitraire les touche aussi. La réalité rattrape toujours à un moment la fable. L’esprit d’un excité finit par traîner la patte derrière sa bouche vociférante. La lassitute gagnera le petit frontiste, comme elle a gagné le petit pétainiste. Sauf à avoir un intérêt personnel dans le dispositif.

En attendant, le hooligan lepeniste trépigne à l’idée de faire tous les dégât autour de lui ; dans les consciences et dans les vies. Il revient à tous les démocrates de précipiter son réveil.