l’orangie

L’orgueil vraiment très mal placé de la République

Posted in Social, sociétal, société by loranji on janvier 16, 2015

Toute violence a une source, souvent cachée. On la devine pourtant, par ici, par là, sans jamais la trouver. Alors on continue à chercher.

On trouve ce mot : la République.

On se dit que ce mot n’est pas tant, à l’origine, un ennemi qu’une abstraction pour un terroriste islamiste. Ce concept, on le lui a sans doute maintes fois montré devant le visage comme un chiffon bleu-blanc-rouge. Durant son enfance, il a entendu des sons qui parlaient de France, d’égalité, de drapeau ; un agglomérat de choses qu’il n’a pas trouvé de raisons à embrasser.

Il n’est pas le seul. Une partie, forte minorité ou faible majorité qu’importe, de la population musulmane en France ne comprend pas la République, puisqu’elle ne comprend pas la laïcité, puisqu’elle ne comprend pas que l’on puisse caricaturer Mahomet.

Le chemin qu’elle a fait pour venir en France. La République ne l’a pas fait jusqu’à elle. C’était à ces gens de devenir républicains en mettant le pied sur le sol. C’était automatique.

Ce n’était pas automatique.

La République a failli par orgueil. Convaincue de sa gloire passée ; certaine, qu’après avoir irrigué les Français, et tant qu’à faire le Monde de ses Lumières, elle se déverserait aussi vers les migrants de tous horizons. C’était mécanique.

Ce n’était pas mécanique.

La République était, croyait-elle encore, sur les rails de l’histoire, portée par un grand récit ; et dans le même élan qu’à Valmy elle avait envoyé ses bulldozers attaquer les collines où bâtir les HLM. Après tout, si des Français avait été heureux de s’y installer après les privations de la guerre, les « Arabes » pouvaient bien prendre leur place. A chacun son tour, avant d’être accepté dans le grand cercle chaleureux et bruyant de la consommation. C’était avant la crise.

Mais ce n’était pas la crise pour la République.

Cette république, si rapide, si volubile, n’avait-elle pas fait table rase du passé colonial ? Elle s’était racheté une conduite en devenant de gauche, d’abord dans les colonnes de la presse, bientôt à l’Elysée. On marchait sous la banderole de SOS Racisme de Vénissieux à Paris. C’était fini.

Ce n’était pas fini.

Les largués, les traînards, les pas-doués, les couards voyaient s’éloigner devant eux, à mesure qu’il grandissaient, un objet qui leur devenait étrange. Certains sont devenus invisibles, d’autres délinquants. D’autres terroristes.

Le terrorisme c’est le résultat d’une addition d’erreurs de calcul étalées sur des décennies ; c’est une succession d’erreurs d’interprétation des pouvoirs successifs à un point qui confine à la bêtise, et à la mesquinerie. Des générations d’experts-comptables qui nous tiennent lieu de responsables politiques n’ont pas vu ou n’ont pas voulu voir l’arrière-garde. De tout temps, il ne fait pas bon être rejeté dans l’arrière-garde…

On a malgré tout réagi quand des poubelles, puis des voitures ont brûlé. On a cette fois imaginé les « politiques de la ville ». On s’est même mobilisé, par centaines, par milliers au fil des années dans les maisons de quartier, les antennes-ceci et les antennes-cela. Ce n’était que l’ambulance de la République. Pas son carrosse.

D’ailleurs, il faut bien le dire, le carrosse n’y est pour personne. Sauf pour quelques-uns. C’est dur pour tout le monde. Mais c’est sans doute un chouïa moins dur pour celles et ceux qui portent en eux les graines de la liberté, de l’égalité et de la fraternité semés par leurs ancêtres français. Ce n’est pas rien cet héritage.

Le 11 janvier, 3,7 millions de personnes sont descendues dans la rue en se souvenant qu’ils avaient ces graines en eux. Ce n’est pas rien d’avoir des souvenirs.

Elles pensaient même ranimer la République. Y sont-elles parvenu ?

Ce n’est peut-être qu’une morte que l’on ne veut pas voir mourir, dans un monde que l’on ne comprend plus et où elle ne se montre plus.

Or, là où la République faillit, il n’y a plus de République. Elle est pleine ou vide. Elle est vivante ou morte. Une Marseillaise chantonnée sur une pelouse de foot ne suffit pas à faire la République.

De la même façon que défendre la liberté d’expression, c’est défendre une partie – une partie seulement – de la liberté. Où est l’égalité ? Où est la fraternité ?

On s’émerveille de voir marcher côte à côte des militants du Front de gauche et de l’UMP. La belle affaire. Affaire de petits-bourgeois qui s’en retournent à leurs salaires le lundi matin.

L’absence des « cités » aux défilés n’indique pas seulement que celles-ci sont en désaccord avec les caricatures de Mahomet. Elle est aussi la preuve, désespérante, d’une République qui n’est pas pleine, qui n’est pas entière. Qui a failli depuis longtemps, peut-être même depuis toujours, excepté dans le moment révolutionnaire – avec ce qu’on lui connaît d’horreurs et d’outrances. Nous voici maintenant devant le corps d’une république, comme vide d’un corps étranger, qu’elle n’a pas pris en son sein. « Corps étranger », j’emploie le mot à dessein.

Voici à présent – et l’on croirait écrire sur l’apartheid – la ligne de partage entre citoyens « blancs et diplômés a minima » pour qui la République est un concept – vaille que vaille – exprimable, transmis bien plus par les familles que par l’école, et porté par les derniers feux du grand récit national ; et ces citoyens-là, « basanés et en rupture » qui jamais n’ont cerné cette idée tellement bizarre et tellement abstraite, tellement exigeante et tellement philosophique qu’est ce mot-valise de ré-publique, res-publica, chose-publique.

La France ne reste pas par hasard le pays des Lettres dans le monde, et celui de la conversation, et celui de la polémique. Dans aucun autre pays semble-t-il, le débat d’idées n’a été élevé à ce niveau au rang d’œuvre d’art – et j’y inclus les gros dessins de Charlie Hebdo.

Aujourd’hui nous comprenons ce que nous pressentions : certaines populations issues des quartiers ne « calculent » ni la planète sur laquelle elles vivent, ni le pays dans lequel elles tentent de vivre ; et les 3,7 millions de personnes basculant dans la rue pour la « liberté d’expression » ne font qu’accentuer l’incompréhension, bientôt submergée par la colère.

N’en déplaise aux chantres de l’humanisme béat (ou Béard comme on voudra), une faille, véritablement sismique, sous nos yeux et sur notre sol, sépare « La France » de ses cités. Elle révèle au grand jour la veine sanglante qui relie la délinquance au terrorisme. Elle est aussi une gifle à ces gouvernements qui depuis quarante ans se sont lâchement repliés sur une politique « d’obligations de moyens » quand il fallait s’obliger aux résultats.

Nous nous trouvons face à une inconnue : la République a-t-elle ou non l’envie de rattraper ses erreurs ? A-t-elle la force d’amour qui lui fera enfin embrasser les « gueux » ? A-t-elle aussi ou non la force, de dire « non » comme une mère, laïque et intraitable, à une religion qui cherche sa place ? A-t-elle les moyens de recruter davantage de républicains parmi les cités que ne le font les djihadistes ? Mais à la fois… que peut promettre en échange la République à ceux qui s’en méfient ou la rejettent ? Quel récit, quelles perspectives peut-elle donner, quand elle est elle-même plongée dans le doute ?

Nous pouvons être raisonnablement pessimistes quant à la vitalité de la république. Nous semblons nous acheminer vers un triste rapport de force qu’aggraveront les futurs attentats. Il fera de notre société un état policier et vieillissant.

Terminons par un scénario à moyen-terme. Cette république qui n’en est plus que le débris depuis des lustres risque fort de tomber comme un fruit mûr entre les mains de l’extrême droite anti-républicaine (La dédiabolisation du FN ayant fonctionné selon un scénario implacable du fantasme de la perte de contrôle).

La farce sera complète et nous ne serons plus dans l’illusion.

A nous la faillite.

J’avais écrit ici précisément après ce mot de « faillite » une conclusion plus heureuse. Je me disais que l’Europe recèle une force considérable : les peuples unis pour la démocratie. Mais je l’ai effacée de cette conclusion. Comme s’effacent les belles idées devant la bêtise et la violence : lorsqu’une monte sur l’autre et forment la bête immonde.

L’espérance reviendra, un jour.

Si elle y pense*.

Malgré tout il faut se battre. Et à défaut de pouvoir refonder la République, sauver ce qui peut l’être, en attendant des jours meilleurs.

Résistance !

Résistance…

* hommage à une chanson d’Alain Bashung

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A Grenoble, la République se reconnaît un nouvel ennemi : le caïd.

Posted in Actualité by loranji on juillet 20, 2010

Grenoble, ah Grenoble. Il paraît qu’on s’y castagne à balles réelles. Il paraît que les braqueurs qui tirent sur la police deviennent des héros. Il paraît que la pauvreté et la ghettoïsation expliquent cette agressivité.

L’intérêt des crises sociales majeures, c’est qu’elles tendent à éclaircir les choses. « Choisis ton camp camarade » dit-on en temps de guerre. Même si « guerre » il n’y a pas, la République est ici confrontée à un stade supérieur de déliquescence dont le mérite est de clarifier la situation.

Pour le dire simplement, d’un côté la loi, de l’autre la rupture.

Dès lors, les choses sont assez simples : ramener ce territoire dans la loi, la loi républicaine, rien que la loi républicaine.

Le reste relève du commentaire politique intéressé avec une extrême-droite qui boit du petit lait, et une gauche de la gauche (je ne parle pas du PS) qui s’évertue à justifier l’injustifiable.

Si l’on met de côté l’extrême-droite qui ne comprendra jamais rien à l’identité de la France (en cela que celle-ci est ouverte, plurielle, multi-ethnique, évolutive) ; on doit présentement rappeler à une certaine gauche angélique (je ne parle toujours pas du PS) que la pauvreté n’autorise pas la violence, que le ghetto n’autorise pas non plus la violence ; ceci dans un pays où il est possible, quoi qu’on en pense, de faire son chemin à qui le veut vraiment.

J’en veux pour preuve les milliers de jeunes de cité qui dans le silence de la salle d’étude ont compris que leur salut passait par l’honnêteté, le courage et le travail.

On objectera que ce sont ceux-là même qui plus tard, se retrouvent au chômage, tandis que certains copains d’enfance, devenus plus ou moins caïds, affichent une morgue toujours plus insolente.

Quand bien même ! La précarité, les difficultés n’autorisent pas la rébellion.

La rébellion a sa place pour l’expression de la liberté dans un pays qui ne l’autorise pas ; une dictature, l’impossibilité de penser autrement.

La rébellion a sa place dans un pays qui ne peut plus donner à manger, on appelle cela les émeutes de la faim.

La rébellion n’a pas sa place dans un pays qui, sans être parfait, sans assurer « l’égalité parfaite », n’en offre pas moins la possibilité et les moyens de s’en sortir à qui – encore une fois – le veut vraiment ; à qui n’oublie jamais que l’assistanat doit rester une solution provisoire, le coup de pouce qui permet de sortir la tête de l’eau, mais qu’il ne peut en aucun cas devenir un mode de vie.

Vivre dans une société humaine octroie des droits mais aussi des devoirs. Tant que des individus ne voudront pas comprendre cela en alimentant d’une manière ou d’une autre leur haine de la société, de la France et que sais-je encore ; ceux-ci seront tout simplement les ennemis de la République. Quelle que soit leur origine ethnique, Français dits « de souche » ou issus de l’immigration.

Après Valmy et les monarchies qui voulaient sa perte, après Vichy et les anti-parlementaristes pétainistes ; la République se connaît un nouvel ennemi : les caïds.

Leur place est en prison, quelles qu’en soient les conséquences en terme d’ordre public.

De la même façon que la police met hors d’état de nuire tout « ennemi public numéro 1 » sans que cela ne choque personne ; celle-ci, en tant qu’émanation d’une république assise sur les lois, doit mettre hors d’état de nuire les groupes d’individus qui s’opposent à elle. Et à l’ordre. C’est à dire au respect d’autrui. Le seul qui vaille.

C’est assez simple au fond. Et si c’est une guerre qu’il faut, et bien faisons là.

Paix aux honnêtes hommes. D’où qu’ils viennent. Quels qu’ils soient.

René Dumont, suite.

Posted in Ecologie et développement durable by loranji on avril 16, 2007

J’ai récemment publié le billet concernant René Dumont sur NaturaVox, émanation d’AgoraVox dont je recommande chaudement la lecture.

En réponse à un commentaire de Peter Schimann, indiquant que l’urgence était de changer le mode de vie occidentale plutôt que de se préoccuper des cendres de René Dumont, j’ai rédigé ceci :

" Je souscris parfaitement à
l’idée qu’il faut s’occuper ardemment des questions écologiques, de nos
usages quotidiens, de nos modèles de développement avant de songer à
tranférer les cendres de René Dumont au Panthéon.

Mais
je crois que l’un n’exclut pas l’autre. Bien au contraire. Je crois
qu’une initiative de ce genre ne peut qu’avoir un effet bénéfique sur
l’évolution des mentalités et donc, indirectement, sur les habitudes de
vie. Imaginez l’électrochoc auprès, notamment, de personnes peu
sensibles aux questions d’environnement: un "écolo" au Panthéon ! Je
crois sincèrement (mais je me trompe peut-être) que certains
réexamineraient leur vision de la société à la lumière d’un tel
événement.

Alors bien sûr, le Panthéon… Un lieu hautement français, patriotique, où séjournent les "dieux" de la République…

On
peut toujours regretter qu’une société ait besoin de symboles pour
fonctionner (à titre personnel je ne suis pas le dernier à observer
beaucoup de ces phénomènes d’un regard critique) mais c’est ainsi
depuis l’aube des temps… Le symbole n’est pas une "fantaisie".
D’éminents intellectuels (le structuraliste Roger Caillois par exemple)
ont décrit ses racines profondes, sa dimension anthropologique.

Si
l’on envisage le symbole d’un point de vue utile, je crois qu’il est
donc intéressant que la mémoire d’un homme telle celle de René Dumont
puisse être honorée dans le temple de la République ; un lieu fortement
attaché à la notion de "patriotisme" certes, mais aussi et surtout
"d’humanisme" ; bien au-delà de l’espace "France".

Faut-il
rappeler que figurent entre autres au Panthéon, les cendres de
Voltaire, Rousseau, Victor Hugo, Zola (en hommage indirect à sa défense
de Dreyfus) ; qu’on y retrouve Jaurès (qui s’opposa à la déclaration de
guerre de 1914) ; de Victor Schoelcher (qui a combattu l’esclavage avec
les moyens de son époque) ; et Jean Moulin, et René Cassin (rédacteur
de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme)… Autant
d’esprits que l’on ne peut suspecter d’étroitesse.

Autant
de personnages différents, contrastés qui, à mon sens, autorise la
venue de René Dumont, à la lumière des enjeux vitaux de notre époque:
la sauvegarde de la planète, des ressources, des peuples, des Hommes.

A
"symbole" (n’oublions pas la grand messe de la coupe du monde 1998), je
préfère "symbole et demi" (célébrations de personnes vraiment porteuses
de sens)."