l’orangie

Le blog a-t-il besoin du pastis ?

Posted in web & webusiness by loranji on avril 30, 2007

« D’aucuns ont voulu médire du rôle joué par les bistrots dans les campagnes électorales. On y voyait flotter des banderoles au nom des candidats, chacun ayant trouvé son favori ; certains même poussaient le sens de la démocratie jusqu’à mettre côte à côte les banderoles de plusieurs adversaires. Mais les joutes oratoires qui s’y déroulaient, à midi et le soir, ne valaient-elles pas l’information audiovisuelle standardisée que les électeurs subissent aujourd’hui ? Devant le zinc de César au moins, les consommateurs n’étaient pas passifs, il se formaient une opinion en écoutant et en essayant leurs arguments sur autrui. Précisément, à l’heure du pastis. »
Paul Ricard – La passion de créer

Le roi du pastis a vu juste… Pas besoin de glaçons pour mieux goûter ses paroles à l’heure de l’internet ; à l’heure où les blogs permettent justement ce retour à la parole, à la conversation. Tandis que la télé n’en finit pas d’étouffer ses victimes, tel un boa constrictor, d’autres, non consentantes, ont préféré se tourner vers leur ordinateur en lui découvrant des vertus nouvelles : blogs, plates-formes de partage vidéo etc.

Cela dit, la parole n’y est sans doute pas aussi ouverte que sur le Vieux-port, au temps décrit par Pagnol. Ce temps où, sur le « zinc de César », se causaient l’ouvrier, l’artisan, le chef d’entreprise, l’instituteur, le commerçant et le fonctionnaire. Ce Marseille-là a réellement existé.

« Se causer » davantage entre gens d’horizons différents : c’est ce que l’on serait en droit d’attendre des blogs et du web 2.0 pour l’avenir ; proposer autant d’espaces où puissent se côtoyer, s’interpeller des personnes de tous les milieux, de toutes origines.

Mais est-ce seulement possible par écrans interposés ? La forme écrite ne constitue-t-elle pas un redoutable système de sélection sociale ? Encourager les forums vidéos ? Mais alors, ce serait l’aisance verbale, le look, la présentation de soi qui constitueraient de sévères obstacles et reformeraient de nouvelles frontières.

La question se pose : blogs ou pas blogs, nouveau moyen de communication ou pas, notre société veut-elle, au fond, sincèrement, se parler à elle-même ?
Veut-on vraiment aller vers l’autre, dans toute son altérité ? Sommes-nous prêts à accepter sa différence, en s’efforçant  – ce n’est pas toujours facile – de renouveler à chaque fois le pari qui consiste à se dire que cet Autre peut nous en apprendre sur le monde (y compris inconsciemment) voire, sur nous-mêmes ?

Parvenir à ce degré d’ouverture, ce n’est pas toujours facile dans une société qui arase les cultures, les tempéraments, les particularismes.

Internet et le phénomène des blogs ont les moyens techniques de rapprocher les gens, exactement comme la voiture et le téléphone. Mais à mesure que la toile s’étend, se distend, il se crée aussi des micro-communautés qui fonctionnent, à quelques nuances près, sur la reconnaissance du Même. Pas de l’Autre.

Il serait temps que les commerçants, les artisans, les ouvriers, et d’autres pans entiers de la société civile viennent sur les blogs. Il faut toutes ces personnes pour reconstituer le café de Pagnol, le Marseille de l’enfance de Paul Ricard, cet autre temps où se réinventait chaque jour la démocratie.
Cesarpagnol2

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