l’orangie

Pourquoi écrivez-vous Alfred Kern ?

Posted in L'art Sélavy by loranji on octobre 10, 2010

J’écris comme une huître cultive sa perle autour d’un rien qui l’irrite.

C’est viser, par le jeu des mots, une sorte d’excellence tout en désignant un procédé naturel, comme si l’esthétique n’appartenait pas seulement à l’homme, mais encore aux choses, à cet ordre que nous trouvons autour de nous et à l’intérieur duquel, par le jeu des formes, les manifestations d’un principe, pourtant identique, participent bien plus de l’improvisation que d’un plan qui nous permettrait de prévoir, à partir de certaines conditions, comment tel ou tel problème serait résolu.

La perle que nous apprécions comme l’objet d’un rien devenu fascinant, n’est qu’une forme de rejet à l’intérieur d’un système, symbolique pour nous qui pouvons le fracturer et, fracturant l’huître, donner quelque consistance à ce que par ailleurs nous sommes tentés de définir comme le point d’accomplissement : le fugitif à l’intérieur d’une vie qui semble réclamer un sens hors du sujet et hors de l’objet comme si le mot, devenu le sujet et l’objet d’une dispute, pouvait s’étirer suffisamment pour qu’il englobe le tout, ce tout qui lui même n’a pas de limites…/…

« ne penser à rien » c’est se fier à l’ordre des choses où à l’ordre caché qui nous appartient.

Alfred Kern

Artiste : la vision nietzschéenne de Sloterdijk

Posted in L'art Sélavy by loranji on septembre 14, 2010

Peter Sloterdijk dans Philosophie magazine (juillet-août 2010):

Le nouveau personnage de l’artiste peut être défini comme cet être non modeste qui pressent l’originalité de son savoir-faire, et cherche à le faire savoir de manière bruyante et agressive. Depuis la Renaissance et ce, jusqu’à aujourd’hui, rien de fondamental n’a changé à leur sujet : il s’agit toujours de personnes qui, non seulement, font ce qu’elles font, mais provoquent aussi le reste de la société en lui lançant ce terrible défi :  » Je peux faire quelque chose que tu ne peux pas faire ! »

écrire, ou l’orgueil joyeux de l’imaginaire

Posted in Mots by loranji on septembre 13, 2010

Je repensais à ces mots de Truffaut à la fin de « La sirène du Mississipi », magnifique opus romanesque du réalisateur, avec Deneuve et Belmondo.

Celui-ci disait à propos de la beauté de celle-ci : « c’est une joie, et une souffrance ».

Les deux mots, évidemment, s’interpénètrent. Puisque l’amoureux est tout entier plongé dans son amour, comment pourrait-il démêler la joie de la souffrance ?

Je repensais hier, plus trivialement, à ces deux mots à propos de l’acte d’écrire, mais en les inversant ; façon de montrer qu’il s’inscrivent dans un rapport de succession.

Ecrire, c’est une souffrance, et une joie.

Une souffrance, bien sûr, au moment de « s’y mettre », une souffrance encore, pendant la séance d’écriture.

Et puis, dans un dernier temps, au moment de reposer les mains, et à condition que l’écriture ait effectivement rendu ce qu’elle avait à rendre : la libération, la bouffée de plaisir, la joie.

Joie légitimée par l’avenir, la relecture, ou joie déçue… J’allais dire, peu importe.

Pour  écrire, sans doute faut-il déjà accepter de goûter ce moment de joie dans une relative innocence, avant de se soucier de la recevabilité de son geste vis-à-vis d’autrui, éditeur ou lecteur. Cette joie est le moteur profond du récit, car elle entre en germination pour nourrir la séance d’écriture suivante, le « coup d’après ».

Cette joie n’est nullement intellectuelle ou abstraite. C’est une joie par le « son » qu’elle produit parce qu’elle trimballe les trésors et les breloques intactes, neuves – clinquantes même de l’instant révélé. D’où l’innocence des dernières sensations émanant du roman, d’où le fait que la vocation de cette joie est de retourner vers le récit comme un enfant veut retourner à l’eau ; cette volonté mais plutôt, cette envie de re-basculer, de verser encore vers le récit ; comme un marchant chargé de verroteries rejoint naturellement le caravansérail pour reprendre langue – une fois encore – agiter les mains, sourire. Et vivre.

Cette joie est en quelque sorte sociale, mais à l’intérieur même du roman, du récit, de l’esprit de l’auteur. Exclusivement. Il s’agit comme on dit trivialement de « son monde intérieur ».

Joie sociale ou, plus précisément, joie de l’intime en communion avec l’universel qui contient la société.

Quant à la souffrance, juste un mot : elle relève moins, à mon sens, du souci de la reformulation ou autre peaufinage artisanal, que de l’incertitude dans laquelle est pétri l’auteur, victime – heureuse si possible – de l’incroyable machinerie qu’il a mise en place ; dans l’élan que lui a accordé l’orgueil joyeux de son imaginaire.

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Pour écrire un roman…

Posted in Mots by loranji on septembre 9, 2010

Pour écrire un roman, il faut juste un peu plus de folie que de raison.

lj.

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Ecrire un roman, c’est faire de l’acupuncture : Gracq

Posted in L'art Sélavy by loranji on septembre 4, 2010

Lu ce jour dans l’essai de Julien Gracq « En lisant en écrivant » :

Quand on compare un film tiré d’un roman au roman lui-même, la somme quasi-infinie d’informations instantanées que nous livre l’image, opposée à la parcimonie, à la pauvreté même des notations de la phrase romanesque correspondante, nous fait toucher du doigt combien l’efficacité de la fiction relève parfois de près des méthodes de l’acupuncture.

Et Gracq, de préciser :

Il s’agit en effet pour le romancier non pas de saturer instantanément les moyens de perception comme le fait l’image, et d’obtenir par là chez le spectateur un état de passivité fascinée, mais seulement d’alerter avec précision les quelques centres névralgiques capables d’irradier, de dynamiser toutes les zones inertes intermédiaires.

Bon. A part ça, on comprend pourquoi Julien Gracq est l’un des grands romanciers du XXème siècle d’autant qu’il ne se répand pas en théorie, mais en impressions et en jugements tout droits issus de sa pratique de l’écriture. Parole d’artisan. Parole d’artiste.