l’orangie

Ne jamais se croire arrivé, même quand on est au sommet

Posted in Homme et femmes politiques by loranji on mai 17, 2007

S’il est une chose que Nicolas Sarkozy risque de payer au prix fort en cas d’échec de sa politique, c’est bien son style nouveau riche. Et Cécilia pourrait bien être celle qui précipite sa perte. Tout cela au conditionnel. Il faudra juger au fil du temps.

"C’est une femme qui aime le prestige" dit de Cécilia Sarkozy l’auteure qui a réalisé sa biographie ; livre dont il faut rappeler qu’il n’a pas pu être publié et vendu en librairie à la demande pressante de l’intéressée et de son mari. Si "Cécilia" risque de perdre "Nicolas", c’est parce qu’il ne peut rien lui refuser ; y compris l’exécution d’une œuvre d’Isaac Albeniz, arrière-grand-père de sa femme, par des musiciens de la Garde républicaine dans un salon de l’Elysée. A moins que ce ne soit lui qui en ait pris l’initiative. Le résultat est le même.

Les Français – peut-être de nature jalouse – se méfient du luxe ; surtout lorsqu’il s’affiche et plus encore, lorsque sont détournés à son profit les symboles de la République. L’exécution de cette œuvre de famille par des militaires français est une faute note.

En réalité, les Français aiment, ont aimé, et aimeront toujours, les notables de province. De Gaulle était un notable de province. Mitterrand aussi. Ils aimaient les arbres, la terre. Chirac ne s’y est pas trompé en jouant de ses racines corréziennes. Bayrou, en montrant le tracteur de son père.
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Les Français sont descendants de paysans. Le luxe ostentatoire, la manifestation publique de la réussite, cette sorte  d’ivresse à grand peine contenue, toutes ces pépites incandescentes ne sont en réalité tolérés par les Français que dans des espaces bien circonscrits : cinéma, arts, télévision, sport. Le vainqueur de la star Academy peut prendre un bain de champagne. Pas la première dame de France. Catherine Deneuve peut se lover dans un canapé en vison. Pas la première dame de France. Un champion de tennis peut rouler en Ferrari. Pas la première dame de France. Je ne sous-entend pas ici que Cecilia Sarkozy se livre au bain à bulles ou au rodéo en voiture rouge. Ce ne sont que des images. Je devrais plutôt écrire ceci : un animateur de télé peut faire une croisière sur le yacht d’un copain milliardaire. Pas un président de la République.

Le notable de province, une fois élu président de la République, doit donner l’impression de s’intéresser aux arbres de l’Elysée, pas à ses ors ; au feu de la cheminée, pas aux crépitement des flashs. Au livre de Montaigne que Mitterrand tenait dans sa main pour sa photo officielle, pas aux journaux people. Certes, tout cela n’est qu’apparence. Mais de ce point de vue, la politique n’est pas autre chose qu’une suite de représentations. Une apparence d’authenticité remplace une apparence de satisfaction personnelle. Pour un président nouvellement élu tout est dans le "ne pas" :

Ne pas se montrer satisfait ;
"Ne pas la ramener";
En rabattre sur son autocélébration. Se faire humble, discret.

Dans l’état de grâce qui est le sien – je ne sais plus qui a dit que ce 6 mai 2007 était le "10-mai" de la droite – Nicolas Sarkozy doit oublier Kennedy et sa success story à l’américaine. De nombreux Français certes, se laisseront bercés par les récits de Paris-Match ou de VSD. Mais ils sont capables aussi, à un moment, s’ils estiment que "cela va trop loin", de briser la fiction, de casser le fil de l’histoire après avoir jugé qu’ils n’en faisaient pas partie. Il subsiste en chacun d’eux une détestation de l’arriviste (d’ailleurs le mot lui-même dit cette détestation). Pensons à ces vieilles expressions françaises ancrées dans la mémoire collective, y compris je pense chez les jeunes, bien qu’avec des mots différents : "avoir le triomphe modeste", "pour qui se prend-il ?", "Et ça parade, ça parade…"
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N’oublions pas que les Français descendent d’un peuple qui a guillotiné son roi mais en définitive, surtout, celle qui tenait rang de reine ; insupportable d’arrogance dans l’étalement de son luxe. Tellement peu "française" cette "Autrichienne"… Elle n’avait plus qu’à être raccourcie. Tout était dit.

Le portrait en creux que je fais ici du peuple français pourra paraître injuste, exagéré. Mais pour l’avoir approché de près durant des années, l’avoir côtoyé dans ses propres murs, avec le JT de TF1 en fond sonore. Pour être moi-même un Français dit de "souche", pénétré des récits d’un grand père à Verdun et de quelques autres sentiments éminemment hexagonaux ; je dis ici que ce peuple s’autorise l’invocation des mânes nationalistes quand il ressent sur fond d’injustice et de politique manquée, l’arrogance, la cupidité, et si l’on me passe cette tautologie "l’arrivisme de celui qui est arrivé". Les démons xénophobes surgissent alors. Nicolas Sarkozy n’a pas le droit à l’erreur pour quantité de raisons politiques. Il n’a pas davantage droit à la dérive monarchique parce qu’il est, en plus, "d’origine hongroise".

Ecrire ces mots-là m’arrachent le cœur, moi qui me sens au plus profond de mon cœur, citoyen du monde avant d’être citoyen français. Mais le peuple français, doué de grandeur, est aussi capable de se racornir dans l’aigreur. Le Pen a compris depuis longtemps ce mécanisme.

La France moisie dont a parlé naguère Sollers dans une fameuse tribune au Monde, cette France-là est tapie dans le sous-bois. Endormie les beaux jours de mai, enragée les vilains jours.

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