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Abus de langage

Posted in Fiches de lecture by loranji on mai 4, 2014

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Selon cette conception (NDLR de la biologie orthodoxe) qui définit les hommes comme des animaux à valeur ajoutée, nous sommes tous par nature des créatures divisées, déchirées entre la condition physique de l’animalité et la condition morale de l’humanité. » Tim Ingold – Marcher avec les dragons (p94) éditions Zones Sensibles

Le regard que porte l’homme sur sa propre supériorité – c’est-à-dire cette impression de solitude – l’amène à se penser comme divisé et arraché à un monde premier (on y mettra ce qu’on voudra : la nature, l’âge d’or, etc) ; avec ce que cela induit d’incompréhension et de réaction.

Si je suis là où je suis c’est qu’il y a tout à la fois faute et puissance.

Abus de perception, abus de langage : l’homme s’impose une solitude héritée de la sidération qu’il a, de son intelligence.

Sans titre.

Posted in L'art Sélavy by loranji on mai 2, 2014

Sans titre.

Triade bénie

Posted in Uncategorized by loranji on novembre 9, 2013

Triade bénie

« A quelque chose devraient me servir mes cicatrices d’inlassable défenseur de l’amour, de la vérité et de la liberté, triade bénie justifiant le passage en ce monde de n’importe quel être humain » Miguel Torga

Dépayser le pays.

Posted in Fiches de lecture by loranji on juillet 12, 2013

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Dépaysement. Il faut attendre la fin du livre pour en comprendre le sens qu’y donne Jean-Christophe Bailly, pour saisir tout à la fois la politique de l’auteur et le parti-pris de ces textes en archipel ; de villes en ambiances, d’objets en souvenirs, de paysages en visions ; et le tout, encore entremêlé par Bailly qui jamais ne se perd, mais se pousse vers l’égarement, l’étirement, le déplacement hors de soi, de l’identité – a fortiori lorsqu’elle s’érige comme « nationale » dans l’étroitesse du mot pris comme une caisse sur laquelle, on le sait, certains prédicateurs de la catastrophe – et de plus en plus nombreux – millénaristes à la petite semaine, éructent et enfument, et enrhument, un peuple entier.

A cela, Jean-Christophe Bailly répond par le dépaysement, ou cette possibilité de l’ici vu comme un ailleurs, une ligne de fuite vers des possibles inenvisagés et qui pourtant, si l’on s’en donne la peine, le droit, le temps, changent le visage du pays, et change notre visage. Sans trahir, ni l’un, ni l’autre.

Bailly en appelle pour ce pays à un « contrat de paix entre l’existence d’une durée et la caractéristique fatale de l’instantané » – fatal vu ici comme inévitable.

Que veut-il ? Un pays en respiration,  « un jeu dont le dérèglement constant serait le meilleur réglage » ; un lieu, cette nation, cette nation en république, où l’identité ne serait pas fermée mais bien davantage le théâtre consentant d’un « buissonnement (…) dont chaque murmure est sans limites et sans contours, se produisant ou s’étant produit dans l’espace all over de tout ce qui advient au monde pour préparer un sens ».

A l’inverse de cette posture désirée, nous nous coltinons ce prurit de nation soit « une forme réflexe et un impensé » qui se raidit « dans des poses, une pure affaire de passeport, autrement dit, et on ne le voit que trop clairement, une affaire de police. »

L’auteur désigne un événement à l’origine de cette défaillance : 14-18, la Première guerre mondiale, ce moment qui balaya le peuple. Et depuis, dit-il, le peuple « manque », laissant la place à des fascismes, à des pétainismes ; et l’auteur pointe au passage le fait que le Gaullisme, à l’inverse, a représenté une tentative – saine – de reprise par le peuple de son histoire – mais l’on sait que le gaullisme est mort avec le général…

Mon propos tend ici sans aucun doute à laisser penser que l’ouvrage de Jean-Christophe Bailly est un essai politique. C’est une erreur de ma part. « Le dépaysement » est surtout un grand livre de littérature. Le livre d’un écrivain. Un grand écrivain.

Nous y lisons des pages superbes, sur la Loire (que j’aime), les rues animées des villes, les paysages ardennais de Rimbaud, une boutique obscure de Bordeaux, le fameux domaine d’Arc-et-Senans.

Jean-Christophe Bailly est le voyageur intranquille mais nullement inquiet de cette France qu’il laisse en quelque sorte s’étirer en liberté ; et dès lors les connexions se font, le pays devient « dépaysement »…

Quelques mots encore de la finesse de l’auteur pour conclure :

« Le soubassement de l’identité d’un pays (…) ce serait l’ensemble de toutes ces dormances, et la possibilité, à travers elles, d’une infinité de résurgences : jamais ce qui coule d’une unique source qui aurait valeur d’origine et de garantie, mais ce qui s’étoile au sein d’un système complexe de fuites et de pannes par l’entremise duquel le passé se délivre (…). »

Le dépaysement : Jean-Christophe Bailly édition du Seuil. A la Fnac.

Photo : Jean-Christophe Bailly  © Hermance Trihay

Accueillir le semblable et le différent

Posted in L'art Sélavy by loranji on juin 2, 2013

Accueillir le semblable et le différent

« Je considère donc comme essentiel, pour le compositeur, d’agir non sur le seul matériau mais sur l’espace, sur la différence qui sépare les sons. Accueillir le semblable et le différent comme base même de la composition musicale permet en effet d’éviter deux écueils : la hiérarchie et l’égalitarisme. »

Gérard Grisey (1946 – 1988) – « Musique : le devenir des sons »

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L’épique, littérature de la matière.

Posted in Fiches de lecture, L'art Sélavy by loranji on mai 9, 2013

L’épique sauvera-t-il la littérature ? Question complexe, sinon épineuse si l’on se projette hors du cadre hérité de la tradition, Homère au premier chef, et que l’on considère que l’épique est avant tout une dynamique, une projection, un relâchement à partir d’un motif qui pourrait être, pourquoi pas, l’intime.

« Notes sur la littérature » de Theodor Adorno commence par un texte « La naïveté épique » qui me paraît porter le rapport de l’épique au langage à son point d’incandescence. Que lit-on ?

L’enchaînement épique, où la conduite de la pensée finit par se relâcher, devient la grâce qui dans le langage prime le droit de juger, ce qu’il est pourtant sans conteste. La fuite des idées, la forme du discours sacrifié, c’est la fuite du langage hors de sa prison.

L’épique, c’est la transgression de la raison réflexive, c’est comme le dit Adorno « l’émancipation de la représentation » à son égard.

(…) telle est la tentative toujours désespérée du langage qui cherche, tout en poussant à l’extrême son intention déterminante, à se guérir du négatif de son intentionnalité, de la manipulation conceptuelle des objets et à faire apparaître le réel dans toute sa pureté, préservé de la domination de l’ordre.

Et Adorno de conclure en quelque sorte un peu plus loin :

(…) vers ce lieu où la syntaxe et la matière se perdent, où la matière affirme sa domination, dans le moment où la pensée fait mentir la forme syntaxique qui cherche à l’embrasser.

Ulysse, Théodor Adorno, épique, philosophie, littérature

« Vous n’atteindrez jamais rien, si vous ne sentez pas fortement. Si l’inspiration ne se presse pas hors de votre âme. » Goethe – Urfaust

Posted in Uncategorized by loranji on mai 1, 2013

« Vous n’atteindrez jamais rien, si vous ne sentez pas fortement. Si l’inspiration ne se presse pas hors de votre âme. » Goethe - Urfaust

Eugène Delacroix – illustration pour le Faust de Goethe

Philippe Jaccottet 5 – De l’admiration motrice – Vidéo Dailymotion

Posted in Hommage, Mots by loranji on mai 1, 2013

« Mon travail d’écrivain, piloter une barque mais en même temps la laisser suivre le courant ». Philippe Jaccottet. Joliment dit.

Via Rumeur d’espace http://wp.me/1c8Sd

Philippe Jaccottet 5 – De l’admiration motrice – Vidéo Dailymotion.

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On a fait de l’ego un mur.

Posted in Mots by loranji on avril 26, 2013

On a fait de l'ego un mur.

 » On a fait de l’ego un mur, et ce mur ne comprend même pas une porte par où communiqueraient l’intérieur et l’extérieur ! Suzuki (NDLR penseur japonais) m’a appris à détruire ce mur : ce qui importe, c’est de mettre l’individu dans le courant, dans le flux de tout ce qui advient. Et pour cela, il faut démolir ce mur, et donc affaiblir les goûts, la mémoire et les émotions, ruiner tous les remparts. Vous pouvez éprouver une émotion, ne croyez pas que c’est si important… Prenez-la de façon à pouvoir la laisser tomber ! …/… Et les émotions, si on les garde et si on les renforce, peuvent produire une situation critique. Juste la situation dans laquelle toute société se trouve maintenant !  »
John Cage
« Pour les oiseaux » – Entretien avec Daniel Charles – Edition de l’Herne.

Omniscience

Posted in Mots by loranji on avril 21, 2013

Omniscience

« Car rendre les choses spatialement et humainement « plus proches » de soi, c’est chez les masses d’aujourd’hui un désir tout aussi passionné que leur tendance à déposséder tout phénomène de son unicité au moyen d’une réception de sa reproduction. »

Walter Benjamin – l’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique – Edition s Allia