l’orangie

« Langage et silence » George Steiner

Posted in Fiches de lecture by loranji on août 30, 2014
Langage et silence George Steiner

« Langage et silence » George Steiner

Mais n’y aurait-il donc plus que le silence ?

George Steiner nous colle en préambule de « Langage et silence » (Editions des Belles Lettres) un tableau assez net de la situation du langage dans notre monde. Sa thèse centrale, c’est qu’au fond le langage mathématique est en train de supplanter progressivement le langage des mots, et donc le cœur de son réacteur que constitue la littérature. « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire » rappelle la célèbre sentence de Wittgenstein dans son « Tractatus logico-philosopicus » que reprend Steiner, mais bon, Wittgenstein a ce petit quelque chose d’aporétique qui, ne posant plus de question, pose encore question.

Si l’on considère avec lui que le langage parlé ne peut parler que de peu de choses, ce n’est pas une raison pour se taire, ni pour taire ce qui anime la langue dans sa pluralité et sa subjectivité. Advienne que pourra, c’est peut-être partageable. Après tout, Miró en peinture avait je crois théorisé la dialectique du personnel et de l’universel.

Après, il est vrai que Steiner est sévère, souvent à juste titre, avec l’art contemporain qui, à force de ne pas vouloir se taire et tenter l’expérience, tire le diable de la Création par la queue, sombrant trop souvent dans le bavardage et cette horrible chose qu’est la mondanité lorsqu’il s’agit de considérer que l’art devient commerce – ce qu’il n’a certes jamais cessé d’être dans les siècles, mais sous des modalités si lointaines – le mécénat – au point que l’on finit par s’épargner sa critique.

Si donc, comme le dit George Steiner, le langage a été épuisé par la modernité et sa dimension « magique » évanouie – ce qui n’est pas tant éloigné de la théorie d’Adorno considérant la perversion des Lumières en système rationnel conduisant à la barbarie – et bien soit, prenons acte de ce qu’il appelle un nouvel analphabétisme que l’on pourrait d’ailleurs orthographier « analphabêtisme ».

Bêtise, voilà ce qu’il en reste après le feu d’espérance, de nos paroles en faillite, qui elles-mêmes finissent par conditionner nos actes. Pas de quoi être optimiste dans ce monde où pour le coup la littérature – pour en revenir à elle – est mécaniquement condamnée à la médiocrité.

Bien sûr, il y a de splendide loosers, Céline, et plus près de nous Houellebecq, même s’il n’a pas la carrure du docteur. Bien sûr – et Steiner ne cesse, dans son livre « Langage et Silence » de leur rendre hommage – il subsiste encore Joyce et Broch. Je le rejoins quand il estime que « La mort de Virgile » est un chef d’œuvre. Mais voilà. Quant on lit ce livre, on s’afflige dans le même temps de l’isolement effrayant de l’auteur et de cette sensibilité finalement rendue muette par l’époque où pourtant elle est née (milieu XXè siècle).

Alors voilà. Considérons qu’il existe un art inaudible qui toujours – peut-être ? – sauvera l’humanité du précipice de la Totalité. Le pessimisme est pour ainsi dire triomphant (optimiste pourrait-on dire). Mais l’optimisme, même s’il est condamné au pessimiste, subsiste…

« Une fois mort, le langage tourne au mensonge » dit George Steiner qui a mille fois raison. Mais peut-on espérer que du langage mort renaissent des germes de vie ?

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