l’orangie

A propos de style…

Posted in L'art Sélavy by loranji on décembre 11, 2010

A quoi reconnaît-on le style ? Sur France Culture, Martin Rueff a brillamment commenté le célèbre naturaliste Buffon et Proust à propos de cette question.

Pour Buffon, on le sait, « le style, c’est l’homme ». Mais qu’entend-il par là ?

Le style selon Buffon, ce n’est pas l’expression, ce n’est pas une affaire de présentation ni d’élégance mais c’est « ce qui signe la présentation de la vérité » ; c’est la manière dont on pense, fermement, une vérité. Autrement dit, lorsque Buffon dit que le style est l’homme, il faut comprendre qu’il s’agit de « la manière dont un individu se rapporte à la vérité, la manière dont il rapporte la vérité ».

C’est une définition classique reposant sur l’universalité de la vérité.

A l’inverse selon Rueff, Proust offre une définition reposant sur la singularité.

Proust a découvert le sublime court-circuit qui s’opère, parfois, entre le passé et le présent, ce retour en arrière nourri à la fois d’imagination et de sensations présentes. Mais, note Martin Rueff, ce sublime est forcément déceptif, le plaisir de cette « mémoire involontaire » est fugace, celle-ci ne nous offre que des « éclats ». Or, selon Proust, ni le voyage, ni l’amour ni l’amitié ne permettent de recréer ces moments – autant qu’il est possible.

Seul le permet… le style.

Mais au fait,  pourquoi Proust se préoccupe-t-il tant de l’idée qu’il faut pouvoir recréer cette sorte de « court-circuit temporel » outre le fait que c’est un moment sublime ? Tout simplement parce que c’est par là que l’on approche une certaine « vérité » de la vie versus l’amoncellement de clichés dont les humains, en général, s’encombrent et qui les empêche justement d’accéder à ces instants « vrais » pour eux-mêmes…

Le style, dès lors, est le carburant, le véhicule par lequel, l’individu – l’artiste – pourra créer les conditions du court-circuit. Mais plus que cela encore… pour « fonctionner » prévient Proust, ce style ne doit pas reposer sur une technique mais sur une vision. Et l’on comprend ici que la vision ne peut émerger que de la singularité… pour produire ce que Proust appelle la « différence qualitative ».

Selon lui, le style est  » la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients, de la différence qualitative qu’il y a dans la façon nous apparaît le monde. Différence qui, s’il n’y avait pas l’art, resterait le secret éternel de chacun.  »

Ici, nous explique Martin Rueff,  le style est « l’homme même » c’est « l’homme tout entier », dans sa diversité, son originalité – sa « différence qualitative » donc – et ce n’est plus le style de l’homme de Buffon, accédant à une vérité universelle.

par ailleurs, cette « différence qualitative » serait parfaitement irréductible à toute récupération ; autrement dit on ne peut qu’imiter les « manières » d’un style – à la rigueur – mais aucunement reproduire un style en soi, puisqu’il est directement issue de la singularité de l’individu qui en est à l’origine.

La dernière partie rapprochant Bergson et Proust est sensiblement plus ardue et un peu obscure pour moi. Je vous invite cela dit à écouter l’émission.

Ah oui, Martin Rueff s’est appuyé sur « Le temps retrouvé » de Marcel Proust, dernier tome d’ « A la recherche du temps perdu. »

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