l’orangie

écrire, ou l’orgueil joyeux de l’imaginaire

Posted in Mots by loranji on septembre 13, 2010

Je repensais à ces mots de Truffaut à la fin de « La sirène du Mississipi », magnifique opus romanesque du réalisateur, avec Deneuve et Belmondo.

Celui-ci disait à propos de la beauté de celle-ci : « c’est une joie, et une souffrance ».

Les deux mots, évidemment, s’interpénètrent. Puisque l’amoureux est tout entier plongé dans son amour, comment pourrait-il démêler la joie de la souffrance ?

Je repensais hier, plus trivialement, à ces deux mots à propos de l’acte d’écrire, mais en les inversant ; façon de montrer qu’il s’inscrivent dans un rapport de succession.

Ecrire, c’est une souffrance, et une joie.

Une souffrance, bien sûr, au moment de « s’y mettre », une souffrance encore, pendant la séance d’écriture.

Et puis, dans un dernier temps, au moment de reposer les mains, et à condition que l’écriture ait effectivement rendu ce qu’elle avait à rendre : la libération, la bouffée de plaisir, la joie.

Joie légitimée par l’avenir, la relecture, ou joie déçue… J’allais dire, peu importe.

Pour  écrire, sans doute faut-il déjà accepter de goûter ce moment de joie dans une relative innocence, avant de se soucier de la recevabilité de son geste vis-à-vis d’autrui, éditeur ou lecteur. Cette joie est le moteur profond du récit, car elle entre en germination pour nourrir la séance d’écriture suivante, le « coup d’après ».

Cette joie n’est nullement intellectuelle ou abstraite. C’est une joie par le « son » qu’elle produit parce qu’elle trimballe les trésors et les breloques intactes, neuves – clinquantes même de l’instant révélé. D’où l’innocence des dernières sensations émanant du roman, d’où le fait que la vocation de cette joie est de retourner vers le récit comme un enfant veut retourner à l’eau ; cette volonté mais plutôt, cette envie de re-basculer, de verser encore vers le récit ; comme un marchant chargé de verroteries rejoint naturellement le caravansérail pour reprendre langue – une fois encore – agiter les mains, sourire. Et vivre.

Cette joie est en quelque sorte sociale, mais à l’intérieur même du roman, du récit, de l’esprit de l’auteur. Exclusivement. Il s’agit comme on dit trivialement de « son monde intérieur ».

Joie sociale ou, plus précisément, joie de l’intime en communion avec l’universel qui contient la société.

Quant à la souffrance, juste un mot : elle relève moins, à mon sens, du souci de la reformulation ou autre peaufinage artisanal, que de l’incertitude dans laquelle est pétri l’auteur, victime – heureuse si possible – de l’incroyable machinerie qu’il a mise en place ; dans l’élan que lui a accordé l’orgueil joyeux de son imaginaire.

Publicités
Tagged with: , , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :