l’orangie

Est-ce ainsi que commencent les révolutions ?

Posted in Social, sociétal, société by loranji on juin 25, 2010

Foin des experts – dont l’observateur attentif aura noté qu’ils s’annulent. Laissons-nous donc aller aux délices de l’impression.

J’ouvre le Monde du jour (précisément le widget du Monde dans mon Netvibes) et je lis, l’un au dessus de l’autre, ces deux titres :

Le prix du gaz augmentera de 2 à 4,7 % le 1er juillet

(lien ici)

Le nombre de chômeurs a augmenté de 0,8% en mai

(lien ici)

C’est aussi laconique qu’un tweet, aussi banal que la Une d’un journal disputée par sa manchette ; et c’est généralement le genre d’accumulation de mauvaises nouvelles qui suscite un haussement d’épaules.

Et pourtant. Deux hausses qui se côtoient de si près ressemblent aussi à deux étincelles.

J’ai toujours été frappé en lisant les vieux journaux – c’est bien un hommage que l’on peut rendre au métier de journaliste – de l’incroyable nervosité des Une, ce voisinage de nouvelles où le monde semble cheminer tel un funambule au dessus du vide : la bombe russe, le sous-marin nucléaire américain, l’inflation galopante, la catastrophe majeure, le prix du gaz, la hausse du chômage… Combien de locutions familières, qui irriguent désormais la mémoire collective, familiale, personnelle…

Alors que dire de ces deux hausses du gaz, du chômage ? Prises séparément elles ne passeront pas inaperçues, l’opposition politique s’en emparera. La routine quoi.

Elles forment pourtant, comme tant d’autres informations, un entrelacs de forces invisibles qu’aucune veille, aucune carte ne répertorie, ni ne commente ; si ce n’est de façon empirique par les premiers concernés qui parlent alors de « ras-le-bol » ; si ce n’est a posteriori, dans l’historiographie.

« Hausse du chômage », c’est le chômage de l’enfant, ou du père, ou de la mère, ce courrier de Pôle Emploi qui « convoque » encore… « Hausse du gaz », c’est cette facture qui « assomme »… Et tout cela, peut-être le même jour, dans la même boîte à lettres : « On n’avait pas besoin de ça »…

Ces informations et la réalité qui leur est associée, ne peuvent pas être sans incidence sur les jours, le moral, l’ambiance, les tempéraments, les décisions…

Ramené à un plan plus large, au « macro » comme disent les experts, on considère qu’une constellation de mauvais nouvelles peut pousser les gens à la révolte, voire, à la révolution, comme autant de dards qui aiguillonnent. Le prix du gaz, n’est certes sans doute pas encore le pain manquant, celui qui insuffle la rage pour empoigner les grilles de Versailles en 1789. Nous n’en sommes pas à la misère, mais nous en sommes déjà à l’exaspération, à la fatigue, à la jalousie aussi à l’encontre des « riches » ; lesquels surplombent, lumineux, intacts, vainqueurs, ceux qu’une manifestante d’hier appelle ce matin sur France Inter les « ‘nantis », ce vieux mots qui résonne d’aigreur et de détresse.

Or cette femme insistait en concluant par un mot d’ordre que je n’ai encore jamais entendu : « Tous à Neuilly ! »

Je connais bien Neuilly pour y avoir vécu. Neuilly est l’exact inverse de la tension qui couve dans ces deux titres que sont l’augmentation du chômage et du gaz. Ces hausses ne peuvent y être que des nouvelles connexes. Seul un effondrement des cours de bourse peut « énerver » la ville.

Car la richesse, c’est l’impavidité. Car la pauvreté, c’est l’hypersensibilité.

Deux matières qui, comme le gaz et le chômage, en se touchant, peuvent faire des étincelles…

Facture de gaz en pleine action

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