l’orangie

La justice, c’est pas du cinéma

Posted in Social, sociétal, société by loranji on septembre 29, 2009

Je n’ai rien contre le cinéma de Roman Polanski, mais je m’étonne tout de même du cinéma que le monde du cinéma fait de l’arrestation du cinéaste. Voilà pour le hors-d’oeuvre.

Oui, je m’étonne – sans m’étonner – qu’une corporation entière – ou tout au moins sa frange bêlante – en vienne à lancer une pétition pour réclamer la relaxe de Roman Polanski. Scorsese, Lynch, Allen et je ne sais plus qui d’autres viennent de se joindre au concert des révoltés, dont je retiens l’incroyable stupidité de Claude Lelouch qui, en comparant l’arrestation de Polanski aux méthodes de la gestapo*, nous confirme qu’il ne devrait pas seulement s’arrêter de faire des films, mais s’arrêter de raisonner. Vous l’aurez compris, le gotha du cinéma et de la culture se range dans une belle, que dis-je, une sublime unanimité derrière la cause du réalisateur.

D’après ses généreux défenseurs, il paraît que rien ne peut être reproché à Roman Polanski pour trois raisons, la première est que l’affaire qui intéresse la justice américaine est vieille, en somme il y aurait une sorte (je dis bien une sorte) de prescription. La seconde, est qu’il aurait été victime d’un harcèlement judiciaire de la part d’un procureur partial décédé depuis. La troisième est que la victime a elle-même retiré sa plainte.

Tout cela est bien sympathique, mais il faudra que l’on m’explique sur quelle base juridique une justice moderne peut classer l’affaire sachant que Roman Polanski, (ça c’est un autre fait que sa garde rapprochée cinématographique prend soin d’éluder) a pris un soin particulier à ne pas se faire arrêter depuis trente ans, apparaissant ici, disparaissant là. C’est humain, mais cela montre bien que le réalisateur se savait, lui, parfaitement encore sous le coup de la loi.

Au bout du compte, à travers cet incroyable tintamarre médiatique destiné à coincer la justice américaine, on compte sans doute secrètement sur la mansuétude du « forcément-sympathique » Barack Obama (manière entre parenthèse de disqualifier sa politique), pour finalement permettre à Roman de continuer à vivre sa vie d’artiste.

On assiste donc ici à un bras de fer engagé entre une justice vue comme rétrograde, passéiste, ringarde, partiale – sans doute affreusement républicaine – et une communauté cinématrophique et culturelle forcément éclairée.

Le problème est que même si la victime a retiré la plainte et dit avoir « pardonné » son écart à Roman Polanski, le parquet américain lui, a maintenu les poursuites ; on sait très bien qu’une victime peut pour beaucoup de raisons lâcher l’affaire, mais le rôle d’une société de droit est de continuer si elle considère qu’il y a trouble à l’ordre public.

Le problème est que si même l’affaire a été instruite à charge par un procureur haineux, cela ne peut en aucun cas justifier l’abandon des poursuites non plus ; il est du travail des avocats du prévenu de mettre en évidence cette impartialité pour modifier le cours d’une instruction ou casser un jugement. Ce n’est certes pas facile, on a trop vu de procès inéquitables, mais il faut en passer par là.

Enfin concernant l’ancienneté des faits, s’il est vraisemblable qu’elle empêche la tenue d’un jugement valable (combien de témoins morts ou sur le point de l’être ?), la procédure qui y conduit doit malgré tout se tenir tant que la loi n’autorise pas la prescription – enfin, c’est ce qui me semble – conduisant à une relaxe ou une condamnation.

En résumé, je me fiche pas mal de savoir si Roman Polanski est coupable ou non des faits qui lui sont reprochés par la justice, mais je trouve assez scandaleux la façon dont on veut peser sur la justice – fut-elle imparfaite – en proclamant la fin de la procédure !

Non, mille fois non, la justice ne se fait pas dans la rue.

* Précisons que la mère du cinéaste est morte assassinée à Auschwitz par les Nazis. La saillie totalement disproportionnée de Claude Lelouch n’en est que plus choquante, et si j’étais Roman Polanski je lui dirais de se TAIRE.
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4 Réponses

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  1. Cyril said, on septembre 29, 2009 at 2:20

    Tous les arguments pour défendre Polanski sont recevables : la prescription, le pardon de sa victime, etc… mais pas celui avancé partout « C’est un grand metteur en scène ».

    Entre le « jeté aux lions » de Fredo Mitterrand et « la gestapo » de Lelouch, les intellectuels français ne sont une fois de plus pas très brillants. Ils me feraient pitiés, s’ils ne me faisaient pas honte. Car c’est leur voix qu’on entend à l’étranger…

    A entendre les commentaires dans la rue, sur les radios, je constate qu’il y a une sacrée fracture entre les gens de la rue et « l’élite, ou soit disant telle. »

  2. loranji said, on septembre 29, 2009 at 3:06

    J’ignorais l’argument du « c’est un grand metteur en scène », c’est donc encore pire que ce que j’ai entendu.

  3. bettina soulez said, on septembre 30, 2009 at 8:37

    Moi, je trouve qu’une fille de 13 ans, il y a trente ans, aurait dû être intouchable. J’aimerais bien comprendre…

  4. loranji said, on octobre 1, 2009 at 8:04

    Oui, on a un peu tendance à oublier le fond du dossier. Et si la victime a retiré sa plainte, il semble (je ne suis pas affirmatif) que c’est suite à un dédommagement de 250 000 $ par Polanski…


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