l’orangie

Le luxe est-il soluble dans le durable ?

Posted in Ecologie et développement durable by loranji on avril 23, 2009

Le nouveau film de Yann Arthus-Bertrand va sortir. J’ai oublié le titre, mais peu importe voici son interview dans Terra Economica. L’intention est louable, sans aucun doute. Mais je ne laisse pas d’être surpris voire gêné par une sorte « d’hyper-pragmatisme » qui règne autour d’une certaine approche du développement durable telle que la pratique Yann Arthus-Bertrand (YAB pour faire plus court).

Explications : YAB fait financer son film par le groupe PPR. Dont acte. PPR est comme chacun sait propriétaire de marques de luxe telles Gucci, Saint-Laurent, etc. Or, une phrase m’interpelle dans l’interview de YAB à propos des enjeux du durable : « De toute façon, on sait bien ce qu’il faut faire : vivre mieux avec moins. »

J’y vois personnellement – sans aller jusqu’à l’idée que YAB prône la décroissance – un refus du superflu et je ne peux m’empêcher d’y raccrocher l’idée que le luxe fait un peu désordre dans l’affaire…

Bref, est-il intellectuellement tenable de souhaiter une planète où l’on « vit mieux avec moins » quand à l’opposé le luxe propose, dans son essence même – et c’est après tout là qu’il tient sa cohérence – le « toujours plus » ? N’y voyez là aucun jugement de valeur.

YAB s’empresse de rappeler que PPR, par le financement du film, se contraint lui-même d’une certaine manière à une conduite plus morale interdisant sans doute le n’importe quoi en terme de durable. Certes, de ce point de vue, l’argent n’a plus d’odeur, c’est l’absolution des péchés commis et la punition promise pour les péchés à venir. Mais si l’argent n’a plus d’odeur, elle n’en conserve pas moins un sens et soulève la question : le luxe est-il, dans son essence, soluble dans le durable ?

Au risque de me contredire, je suis convaincu que le luxe est un univers naturel à l’homme ce, depuis des temps immémoriaux que l’archéologie des bijoux et autres parures nous laisse entrevoir.

Mais ce naturel-là, que l’on pourrait qualifier d’anthropologique (ou « naturalisation ») est-il compatible avec le naturel exigé j’allais dire, mécaniquement, biologiquement, par la Terre ?

Ce qui fait le génie et le drame tout à la fois du luxe, c’est qu’il est aveuglé par les beautés que la terre lui offre à voir, et il ne peut que difficilement s’empêcher de s’en saisir… Autrement dit, la dynamique même du luxe serait difficilement compatible avec l’Interdit que soulève à chaque coin de problème, pour toute décision ou presque, un modèle authentique (je ne parle pas de green washing) de développement durable ?

C’est alors que l’on peut s’interroger sur les limites que l’on accorde au concept de développement durable tel qu’on cherche à l’appliquer. Ou l’on s’aperçoit que chacun voit le développement durable au midi de sa porte… Pour les uns, sans doute assez radicaux, le luxe ne peut être moralement compatible avec la préservation de la terre ; pour les autres, à l’opposé, toute activité humaine, quelle qu’elle soit, aura pour objet de faire le « moindre mal« . Cette dernière correspond à mon sens à l’hyper-pragmatisme évoqué plus haut.

Ramené à notre sujet sur le luxe, cet hyper-pragmatisme nous donne une équation du type : le « toujours plus avec un moindre mal ». Maintenant, à chacun de juger.

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2 Réponses

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  1. Olivier said, on avril 24, 2009 at 1:06

    Il y a plusieurs définitions du luxe. Mais il me semble qu’on s’égare quand on associe le luxe avec le superflu ou même le « toujours plus ». Parce que le luxe a non seulement un sens, il a aussi une utilité. Et c’est éventuellement en revisitant et en questionnant son utilité dans les relations inter-humaines qu’on pourra éventuellement débarrasser le luxe de ce qu’il a de dangereux pour la survie de l’espèce humaine.
    Le paon, mais aussi de nombreux oiseaux, sont des adeptes du luxe. Le mâle entretient à grand frais (notamment énergétique) une parure de plumes qui l’expose à ses prédateurs et abrège sa déjà brève existence. Des plumes qui l’alourdissent et ne lui servent même pas à voler. Pas très adapté le paon ! Mais Darwin n’a pas tord pour autant. Ce luxe déployé par le paon n’est pas inutile puisque cet apparat est bien un avantage compétitif puisqu’il séduira la paonne et permettra la transmission des gènes de l’individu le plus fastueux. Mais rien ne dit que l’espèce paon n’est pas engagée ainsi dans une impasse évolutive… Ce qui nous amène à l’espèce humaine.
    Le luxe est un marqueur social et les êtres humains l’utilisent à leur profit pour asseoir pouvoir et succès reproductif. Il n’y a qu’à voir la panoplie du séducteur : montre Rolex, cabriolet Porsche, chalet à Gstaad, yacht à Portofino… Je me souviens même d’une publicité Audi qui disait : « Il a la voiture, il a l’argent, il aura la femme ». Et érotiser le luxe a longtemps été un argument de vente.
    Mais ne pensez pas que je cautionne ce type discours en l’occurrence sexiste.
    Le luxe est la signature de l’argent et ses messages s’adressent aux hommes comme femmes. Mais dans une société démocratique (un homme=une femme=une voix), la valeur de l’individu ou son statut social ne devraient plus s’exprimer à travers le luxe. C’est une affaire de culture. Je connais des hommes et des femmes autour de moi que le luxe (assimilé à l’apparat et à la surconsommation) ne séduit pas. Dans une inversion des valeurs, la Porsche, la Rolex, le chalet à Gstaad ou le yacht à Portofino provoque non la séduction mais le mépris. Le luxe ne sert plus, il dessert celui qui y recourt. Personnellement et depuis longtemps, le conducteur d’une voiture de luxe me fait l’effet d’un crétin des Alpes…

  2. Laurent said, on mai 8, 2009 at 2:00

    Olivier, tout d’abord mille excuses pour mon manque de réactivité pour vous répondre. Je ne sais pas s’il est prudent de rattacher le luxe que je qualifierais de « vital » pour le paon (la nécessaire reproduction) du luxe chez l’homme (voire le mâle) qui relève de la culture plutôt que de la reproduction naturelle. Quant à établir une corrélation entre le luxe et la transmission des bon gènes… Bref, je suis plus que sceptique tant sur la pertinence du rapprochement que sur sa signification sociale.
    Totalement d’accord en revanche avec vous, concernant l’aspect ringard du luxe. Et je ne crois pas que ce regard nouveau soit à associer à la crise qui sévit, mais bien davantage à un changement de valeur profond. Les gens comprennent de plus en plus la vacuité du confort extrême qui se révèle au final comme une prison dorée.
    On est, de fait, plus libre, dans le confort raisonnable et sans le regard pesant des gens qui entoure le riche dans sa « parade ». Ah voilà que je me remets à parler du paon 😉


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