l’orangie

Notes dans la marge 15/01/08

Posted in Notes dans la marge by loranji on janvier 15, 2009

Tentative de nouvelle rubrique aujourd'hui, afin de faire vivre ce blog : des notes de lecture. J'espère à cette occasion vous être un peu utile, sous réserve que mes lectures en vaillent à vos yeux la peine ; cette rubrique le sera en tout cas pour moi ; m'obligeant autant à écrire pour le blog… qu'à lire pour l'alimenter.

Clap première !

A la lecture d'un livre de présentation de l'oeuvre de Deleuze par Arnaud Bouaniche, j'apprends tout le mal que Deleuze pensait des Nouveaux Philosophes (baptisés ainsi par Françoise Verny) dont André Glucksman et Bernard-Henri Lévy furent les figures de proue. Ce n'est pas une surprise, mais c'est intéressant d'en connaître les raisons.

Selon Deleuze, ces nouveaux philosophes empêchent toute création nouvelle de la pensée en faisant usage de dualismes rigides et grossiers (dominants/dominés) et de concepts globalisants (LE monde, LA loi, etc).

Là maintenant je préfère citer Arnaud Bouaniche qui synthétise parfaitement la redoutable critique de Deleuze à l'encontre de ce que j'appellerais "les agités du plateau télé" : "Ce discours stérile (des nouveaux philosophes) à force de généralités s'accompagne d'une part de survalorisation du sujet de l'énonciation (le nouveau philosophe donc) sous la forme d'une "fonction-auteur", expression que Deleuze emprunte à Foucault, mais dont il fait le symptôme d'une stratégie d'exposition médiatique du penseur comme sujet détenteur d'une vérité et porteur d'un message. Ces procédés sont mis en oeuvre comme des moyens de communication, et ne fonctionnent qu'à l'intérieur d'un dispositif que Deleuze comprend comme un marketing intellectuel (…)"

Là où le sujet devient tout à fait d'actualité car il remplit les étales de nos librairies favorites, c'est lorsque Deleuze dénonce pareillement un marketing littéraire qui tiendrait sa source de ce marketing intellectuel. Je cite toujours Arnaud Bouaniche : "Dès lors qu'elles s'inscrivent dans un espace préexistant, et qu'elles se conforment à des conditions de production prédéfinies (exigence commerciale, impératif de communication, production d'un message et d'une opinion, etc), les potentialités créatrices du livre sont littéralement anéanties. Or, telle est la manière dont les nouveaux philosophes considèrent le livre (…) le livre n'étant plus qu'une occasion de se positionner dans un espace de communication et d'intervention (…)"

En clair, les nouveaux philosophes ont gagné ce, avec la complicité du journalisme pour qui (là c'est Deleuze qui parle) "le livre n'est plus que le compte-rendu d'activités, d'expériences, d'intentions, de finalités qui se déroulent ailleurs. Il est devenu lui-même enregistrement."

Voilà qui définit toujours aussi bien, à mon sens, le paysage littéraire (les romans regorgent de vécu et de leçons de choses) et intellectuel de l'époque. Pour pousser le raisonnement jusqu'au bout, on est aussi en droit de penser que l'autofiction (Serge Doubrovsky) est une manière de défense (souvent maladroite parfois géniale) face à cette attaque ; comme des anticorps face à un virus.

Mais le mieux, à mon sens, c'est encore de couper la racine. Ecrire, sans se retourner.

Gilles Deleuze, une introduction – Arnaud Bouaniche – Ed Pocket

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