l’orangie

Un handicapé médaille d’or au JO : oui, c’est possible

Posted in Social, sociétal, société by loranji on mai 18, 2008

Pistorius_reuters

Oscar Pistorius, vous connaissez ? Il s’agit de cet athlète handicapé, amputé des deux jambes pour être exact. Selon une décision du Tribunal Arbitral du Sport (TAS) ce jeune homme sud-africain pourra – sous réserve qu’il entre dans les temps de qualification – participer aux prochains Jeux Olympiques de Pékin dans la catégorie 400m. A lire ici chez Libé.

Que faut-il en penser ? Quand certains se félicitent de voir ainsi reconnu un handicapé à l’égal des valides, d’autres pointent au contraire une inégalité fondamentale entre cet athlète équipé de prothèses performantes et ses concurrents seulement dopés traditionnels.

Au bout du compte, j’ai le sentiment que cette question se résume au statut qu’il faut accorder aux prothèses.  Doit-on les considérer comme une partie intégrante du corps, ou au contraire comme un élément irrémédiablement exogène à l’individu ?

J’imagine qu’il doit exister des textes de loi sur le sujet ou à défaut une jurisprudence, mais j’ai spontanément tendance à penser que les prothèses, quelles qu’elles soient, font partie intégrante du corps handicapé car elles sont constitutives de son quotidien, de son histoire et finalement de son identité. En clair, pour moi, la prothèse s’assimilerait davantage à un greffon qu’à un outil. Dès lors, comment pourrait-on empêcher un handicapé de concourir à une course olympique même s’il s’avère que ses prothèses lui donnent un avantage substantiel sur ses adversaires ?

En dehors de toute considération morale et éthique sur l’égalité des chances et la nécessaire lutte contre les discriminations, je ne vois pas en quoi l’on pourrait refermer les portes du stade devant un athlète handicapé en séparant « intellectuellement » sa prothèse de son corps ; alors même que celle-ci est non seulement intégrée physiquement mais aussi psychologiquement dans la vie de la personne. Il y a là un contresens. Les mollets en fibre de carbone d’Oscar Pistorius font partie de lui-même.

Evidemment une autre question surgit si l’on considère la participation de Pistorius : sera-t-il médaille d’or ?

On n’en est pas encore là car l’athlète sud-africain se trouve encore loin des meilleurs. Mais si ce n’est lui, dans combien de temps pourrait-on assister au triomphe d’un handicapé ?

Doit-on même imaginer un jour la suprématie de sportifs handicapés sur la base de prothèses décuplant leurs performances ? On peut imaginer quantité de scenarii. Par exemple, si l’on s’aventure dans un registre plus glauque, verrait-on émerger une filière d’athlètes handicapés provenant de pays pauvres, amputés volontaires des deux jambes afin de pouvoir chausser de fameuses prothèses aux semelles de vent *?

C’est du sport-fiction bien sûr. Mais de fait, on n’a sans doute pas fini de réfléchir au rapport entre sport et handicap, et plus largement entre corps et performance, à l’heure des manipulations génétiques, des puces implantées et autres manipulations – bien fondées ou non – sur le vivant.

Plus j’y pense et plus je me dis que le sport pourrait évoluer sous la forme de confrontations de « genres » entre humains (tout de même) aux histoires très différentes.

Ainsi quel "genre" d’humain gagnera le 100m en 2030 ?

* il faut savoir que les athlètes handicapés voient le plus souvent leurs performances limitées par une asymétrie entre un membre amputé et l’autre normal. Ce n’est pas le cas de Pistorius avec ses deux membres équipés de prothèses d’où ses bons chronos.

Photo Reuters

Publicités

2 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. Joyce said, on mai 19, 2008 at 1:36

    Les prothèses seraient-elles un avantage ?
    Ben voyons…

  2. Laurent said, on mai 19, 2008 at 1:55

    Joyce, pour être précis, l’athlète en question a un départ plus lent que les athlètes valides, mais ses prothèses lui permettent ensuite de courir plus vite ; ce qui pose problème à certaines autorités sportives (mais pas le TAS). Cela vient aussi du fait qu’il est doublement amputé et qu’il n’y a donc pas d’asymétrie dans sa course. Cela peut paraître surprenant mais c’est comme ça. L’article de Libé explique le truc assez clairement.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :