l’orangie

La 2cv a soixante ans et mes souvenirs ont vingt ans.

Posted in Essentielles futilités by loranji on avril 22, 2008

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Je dois vous confesser une de ces petites choses non sans importance dans ma vie d’automobiliste : j’ai appris à conduire sur trois des voitures les plus mythiques du XXème siècle.

J’ai fait mes premiers tours de roue « pour de vrai » au volant d’une 2cv, d’une 4L et d’une Coccinelle. Pour tout dire, c’était les voitures de mes sœurs et elles m’entraînaient les dimanches (comme des milliers d’autres petits frères sans doute au tournant de l’adolescence) vers des parkings déserts pour tâter de l’embrayage et de l’accélérateur. Que de souvenirs ! la Coccinelle était rouge (bien sûr), la 2cv était crème (évidemment) et la 4L ? Jaune canari…

Mais parlons de la 2cv puisque c’est son anniversaire. Celle de ma sœur se caractérisait par une vieille banquette très enfoncée à la place du conducteur et que comblait, fort ingénieusement un ravissant coussin en tricot multicolore. Au fil des années, tandis que la banquette se délitait encore, on rajoutait un nouveau coussin qui permettait, à nouveau, de voir la route.

Puis, je démarrais. Certains se souviendront sans doute du son, unique, du moteur ; lointainement, une sorte de roucoulement de pigeon survitaminé qui saluait l’automobiliste au moment d’accélérer. Quelques petits coups d’accélérateur successifs et c’était une sorte d’invitation au voyage ; le moteur tout entier emplissait l’habitacle et semblait murmurer quelque chose comme « rrroulons ensemble camarrrade ». En un mot, la 2cv avait une voix de gorge. 

Mais ces sensations, bien sûr, se méritaient. Il fallait en passer par l’apprentissage, autant dire le rite initiatique que tout novice a connu ; ce moment où, accélérant pour la première fois, celui-ci sent bondir la machine qui se livre dans le même souffle à une série de hauts-le-corps proches du rodéo. De fait, le conducteur était soudain secoué tel un cow-boy confronté à la splendeur sauvage d’un pur sang. Il y avait tout de même deux chevaux à dompter !

Bien plus tard, après les premières leçons dispensées par mes sœurs et quelques beaux lacets pétris d’assurance sur les longs parkings du dimanche, je postulais fièrement au permis de conduire officiel, nettement plus terne, il faut bien le dire. Celui-ci  se résumait à un papier rose obtenu sur une Renault 5, l’un de ces engins sans saveur que n’ont pas cessé depuis, de cracher des usines automobiles dépressives.

Heureusement, la 2cv de ma sœur m’attendait, toujours vaillante, à la maison et se trouvait un nouveau cavalier en ma modeste personne estampillée « 90 » – on dirait « A » aujourd’hui.

Certains jours, nous nous accordions tous les deux quelque escapade en centre-ville. Trop heureux de frayer sur les boulevards, je remontais la vitre d’un claquement de main comme un corsaire rajuste son bandeau et le radio-cassette me repassait une bande magnétique usée jusqu’à la trame signée des Doors, de Stan Getz ou de Lavilliers. Je naviguais dans les rues pavées de la vieille ville, goûtant le tambourinement quasi tribal des pneus contre les pavés tandis que ma cendre de cigarette ne frémissait pas d’un atome : nulle autre voiture n’offrait de telles suspensions !

Bref, au volant de cette 2cv, je brinquebalais mes errements de vingt ans dans les virages de la vieille ville, comme on tire des bords au large de son existence. Le bonheur.

C’était, vous l’aurez compris, une 2 cv des villes, estudiantine et bouquineuse, comme il existait des 2cv des champs, paysannes et crotteuses. Et c’est justement, ce que je regrette le plus dans toute cette affaire : n’avoir pas vraiment vécu ce que ce commentateur écrit sur Le Monde.fr suite à l’article célébrant les 60 ans de la belle : « je vous recommande le plaisir de rouler dans les petites routes de La Creuse, à 40 km/h… Je vous laisse 100 grosses berlines, sans soucis !! »

Ph. Gilles B. sur forum auto.

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2 Réponses

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  1. Joyce said, on avril 25, 2008 at 3:26

    Ben dis donc… je ne sais plus combien j’ai eu de 4 L mais ça fait beaucoup. On entassait un bazar là-dedans !!! Houlala.
    Et la 2CV ! Un jour le père de mes enfants envisageant de changer ma voiture me demande si j’ai une idée-envie concernant un modèle particulier.
    J’en rêve depuis trèèèèèèèèès longtemps. Nous sommes en 1978 et je me dis que c’est maintenant ou jamais de réaliser ce vieux rêve.
    « Je voudrais une décapotable ».
    « Non mais ça ne va pas ? » (ben oui, nous étions jeunes mariés et pas très riches).
    « Si, ça va bien, tu ne veux vraiment pas m’acheter une 2CV ? ».
    Ben quoi, c’est bien une décapotable, non ?
    Et c’est ainsi que le bruit inimitable flatta les oreilles de futur bébé, que les secoussent la bercèrent avant l’heure.

  2. laurent said, on mai 2, 2008 at 11:43

    C’est même la plus chouette des décapotables ! A part ça, j’espère quand même que le bébé n’avaient pas les oreilles décollées comme la voiture 😉


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