l’orangie

Quand le jazz est là

Posted in L'art Sélavy by loranji on novembre 25, 2007

Je rebondis sur le commentaire de Jules qui se désole de ne pas mieux connaître le jazz. Et je rejoins Joyce qui explique que cette musique ne relève pas de la connaissance. Non, elle relève de l’humeur, de l’ambiance, du mood.

__duke_ellington_hat
« Mood Indigo » de Duke Ellingon dit tout cela. Ce morceau est, à lui seul, une bonne partie du jazz…

Le jazz… Pas facile d’écrire sur le jazz… Cette musique est pour moi, d’abord, profondément humaine et libre. Libre dans sa légèreté, ou dans sa tempétuosité. C’est selon.

Ecouter Duke, c’est nettoyer le ciel de sa pensée, c’est écouter ce swing qui se prend à faire danser l’âme.

Big_miles
Ecouter Miles, c’est se politiser. Sa trompette est un ange aux ailes d’or. Mais l’or est un métal. Parfois Miles est dur comme le métal. C’est par lui que le jazz m’a été révélé.

J’avais 16 ans. Depuis un ou deux ans, cette musique m’intriguait. J’avais suggéré à mes sœurs de m’offrir un disque de « jazz classique » pour mon anniversaire. Elle m’ont offert un Duke Jordan au piano, très bon faiseur ce Duke-là. Du jazz orthodoxe, de grand hôtel mais impeccablement descendu. Très sympa, très pro. Mais so what ? C’était juste ça le jazz ?

Un ou deux ans plus tard, je poussais les portes de mon magasin de disques favori et je filais tout au fond, laissant pour une fois le rock et le reste. C’était une arrière-salle où officiaient des vendeurs plus intimidants ; des « spécialistes » du classique, et d’autres, du jazz. Intimidant pour le gamin que j’étais. Un disque placé en tête de gondole attirait mon attention : Miles Davis « the man with the horn ». Je rentre à la maison avec le vinyl sous le bras, je le pousse sur la platine, j’écoute… Premières notes…

Une véritable déception. « Fat time » dit le premier titre. Des sons discordants, des instruments joués par des types qui n’ont pas l’air de s’écouter, une batterie trébuchante. Déçu, oui déçu. Du bruit. Comment peut-on mettre 50F (à l’époque…) dans un disque pareil.

Je n’ai pas retouché à ce disque pendant plus d’un an, préférant rebattre mes oreilles des sentiers mille fois rebattus du rock binaire.

Vous devinez la suite. je ressors le « disque de jazz inécoutable » un beau matin de sa poussière. Et là, dès les premières notes de « Fat time », celles-là même qui m’avaient heurtées, c’est le choc. La révélation. Tout à coup, je comprends ces a-coups, ces distorsions, ces instruments qui se cognent les uns aux autres. Le jazz m’a attrapé. En l’occurrence ici un jazz-rock typique du Mile Davis du début des années quatre-vingt. Pas même sa grande époque du bop, pas même l’hallucinant album « Bitches brew » des années soixante-dix. mais ce Miles « moyen » a malgré tout réussi son hold-up.

Fats_waller_nywts
Depuis, j’ai découvert le bop, les standards ; j’éprouve une véritable admiration  pour le pianiste-compositeur Fats Waller mort prématurément dans un train américain en 1940 mais qui rivalisait avec Duke Ellington ou Louis Armstrong. Je suis fan absolu de Thelonius Monk et son anarchie musicale ; bien qu’apparente, bien qu’aussi rigoureuse d’une théorie d’Enstein. Nonet

J’ai éprouvé plus tard un autre choc jazzistique pour une musique qui échappe encore pour une large part à mon entendement : « A love supreme » de John Coltrane. Une musique qui ne se situe plus tant dans le jazz que dans la musique pure. J’ai pensé à Bach en l’écoutant. Coltrane4

Plus récemment – et il faut bien le dire aussi plus prosaïquement – mes oreilles se réveillent régulièrement avec Steve Coleman et ses musiciens virtuoses ; leur musique hybride entre jazz, rap, musique du monde, etc. Je garde aussi une tendresse particulière pour Herbie Hancock grand faiseur aussi, et son Maiden voyage ; Wayne Shorter aussi et beaucoup d’autres.

Et Billie Holiday

Parfois, je me dis que si le jazz était enseigné dans toutes les écoles du monde, les guerres et les frontières n’auraient plus lieu d’être.

Comment pourrait-on encore vouloir agresser son voisin quand on sait que l’on peut taper le bœuf avec lui…

Stevecoleman

Steve Coleman

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4 Réponses

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  1. malou said, on novembre 26, 2007 at 8:14

    Et en plus il y a des jours à jazz et des jours à pas jazz.
    Le mood quoi !!

  2. laurent said, on novembre 28, 2007 at 7:28

    C’est vrai, il y a des jours avec, et des jours sans…

  3. jul' said, on novembre 29, 2007 at 10:31

    il ne me reste plus qu’à me mettre à en écouter un peu plus
    merci laurent pour ce billet plein d’amour musical

  4. Laurent said, on novembre 29, 2007 at 10:36

    Je t’en prie, mais écoute les grands.
    Tiens j’en profite aussi pour dire qu’il y a un très grand trio aussi : Romano / Sclavis /Texier, leur disque inspiré d’une tournée africaine. Du jazz d’aujourd’hui, du grand art. Superbe.


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