l’orangie

« Moi je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes » Aimé Césaire

Posted in Social, sociétal, société by loranji on novembre 2, 2007

On trouve comme ça, au détour des pages sur le net des perles, des diamants.

Je tombe sur ces mots d’Aimé Césaire et sa définition du colonialisme :

« On me parle de progrès, de vies élevées au-dessus d’elles-mêmes. Moi je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées. On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilomètres de routes, de canaux, de chemin de fer ? Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme. »

Quelques lignes qui devraient tout de même faire réfléchir ceux et celles qui seraient tentés de croire que le colonialisme, après tout, a "quand même fait de bonnes choses". Des routes, au prix du sang ; cela me rappelle quelque chose.

Franchement, en lisant ces lignes, à l’heure où un musée comme celui du quai Branly éclaire enfin les cultures non dominantes, à l’heure où la diversité est une nécessité à la fois morale et économique, ces mots d’Aimé Césaire sonnent juste.

J’entends d’ici tomber sur mes frêles épaules l’accusation de "repentance" systématique. J’ai bien plutôt le sentiment d’être tourné vers l’avenir à mesure que je vois s’épanouir le jugement de l’Histoire. En faisant son bilan moral, une civilisation ne se "repent" pas des injustices commises par elle dans le passé, elle se met tout simplement au clair avec elle-même pour appréhender l’avenir différemment.

Lu sur Wikipédia, article traitant CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) Organisme récemment reconnu d’utilité publique. Oui, c’est eux qui s’en prennent à Tintin au Congo. A tort ou à raison ? A lire , et là encore chez l’ami Resse qui sort le CRAN d’arrêt 😉 Sujet complexe.

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2 Réponses

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  1. aldeaselva said, on novembre 3, 2007 at 8:25

    Ne crois-tu pas que les procès en reconnaissance de paternité et les sentiments de culpabilité qui peuvent en découler sont en fait plutôt révélateurs du comportement relationnel actuel avec ces pays?

  2. Laurent said, on novembre 3, 2007 at 9:50

    Aldeselva, sans doute mais pas seulement. Il y a une réalité historique qui fait héritage et qui joue sur les représentations actuelles, notamment dans le domaine du travail, du logement. Ce n’est pas – à mon sens – qu’une affaire de lobbying et d’agit-prop d’associations noires ou autres. Etant entendu que les « noirs » ne représentent pas un peuple mais une multitudes d’identités différentes et, qu’en revanche, ils se retrouvent tous confrontés à un seul et même problème : la discrimination.
    Malheureusement, je manque de temps pour développer (je bosse) mais je reviendrai là-dessus dès que possible.


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