l’orangie

Quel a été le moment le plus extraordinaire de votre vie ?

Posted in L'art Sélavy by loranji on octobre 7, 2007

Quel a été le moment le plus extraordinaire de votre vie ? Bon, évidemment, certains diront "le jour de mon mariage", "ma rencontre avec untel" ou "unetelle", "la naissance de mon enfant", etc. Ce sont bien sûr des moments extraordinaires, mais là n’est pas l’idée de ce billet. Non, je pense à un événement qui sort réellement de l’ordinaire, que peu de personnes, par exemple, ont vécu.
Joconde

Je me suis remémoré un court épisode de ma vie durant les années 80 (encore). Il n’a duré qu’une poignée de seconde. Une minute peut-être…

Voilà : un copain (encore) me dit un soir qu’il doit aller récupérer sa copine étudiante au musée du Louvre. Elle y tient une place de gardienne de salle pour gagner quelques sous l’été. Je l’accompagne…

Nous nous présentons à l’accueil. Autant dire que ce qui était possible à cette époque, ne le serait sans plus aujourd’hui pour raisons de sécurité ; on nous laisse entrer tandis que nous croisons les dernières grappes de visiteurs qui gagnent la sortie.

La situation, vous l’aurez compris, devient bien vite surprenante, étonnante, surréaliste : nous voilà dans les couloirs du Louvre, seuls ou presque, n’apercevant plus que des gardiens et gardiennes, de loin en loin, quittant leur poste.

La copine que nous cherchons travaille dans je ne sais plus quel département ; je suis docilement les pas de mon copain tout en buvant du regard ces chefs-d’œuvre qui défilent comme dans un rêve. Tout va très vite, il nous faut marcher, presque trottiner, car le temps presse, le musée va fermer ses portes. Les couloirs sont maintenant tout à fait déserts. De mémoire, il me semble que nous passons dans les galeries de peinture françaises puis italiennes. Nous sommes saisis par cet amoncellement d’oeuvres sublimes rendues au silence.

Et soudain, soudain… nous nous retrouvons face à la Joconde. Mon copain repart très vite. Je ne peux m’empêcher de m’attarder quelques secondes, une minute peut-être. Seul face à la Joconde. Aucun gardien n’est visible. Aucun bruit. Je suis rigoureusement seul face à elle. Elle me regarde bien sûr.

Voilà mon "petit" moment extraordinaire : avoir été seul face à l’un des chefs d’œuvre de l’humanité, un chef d’œuvre en temps normal assailli de visiteurs et que j’ai pu librement contempler durant un temps aussi imprévu qu’infime. Mais pour moi éternel.

Publicités

18 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. Vinvin said, on octobre 8, 2007 at 12:11

    P’tain, c’est beau ton histoire. je vais méditer.

  2. Malou said, on octobre 8, 2007 at 8:34

    Et oui Laurent je suis d’accord avec toi. J’ai la chance de faire un film sur Van Gogh et ai du pour ce film passer pas mal de temps dans des musées lors des jours de fermetures. Quelques rencontres ont été de grands moments: « L’église d’Auvers », »autoportrait de vincent » à Orsay. « Silhouettes dans un sous bois » » à Madrid à la fondation Thyssen… et autres.
    Le privilège de se balader dans un musée fermé donne un coté mystérieux voir une sensation de braver les interdits qui sublime les chefs d’oeuvres, ça devient magique. Le revers de la médaille, je ne peux plus aller dans des musées lors des périodes d’ouvertures au public, c’est con, non ?

  3. aldeaselva said, on octobre 8, 2007 at 7:59

    Je comprends sincèrement ce que vous avez ressenti et qui m’est arrivé deux fois: une fois face à l’enfant Jésus de Fra Angelico du musée San Marco de Florence et l’autre avec ce magnétisme que dégage l’astronome de Vermeer au louvre.J’étais aussi effectivement bizarrement seul à observer dans ces cas là. C’est peut-être ce que certains appellent l’état de grâce?

  4. Denis said, on octobre 8, 2007 at 8:03

    J’aimerai beaucoup vivre un moment comme celui-ci, j’ai vu la Joconde très souvent mais toujours en compagnie de Japonais. Mais pendant les nocturne,s dans certaines salles on peut se retrouvé quasiment seul.

  5. Tip' said, on octobre 8, 2007 at 10:48

    C’est très joliment raconté.
    Superbe. Merci.

  6. Laurent said, on octobre 9, 2007 at 3:34

    Vinvin, ne médite pas trop quand même, t’as un blog à nourrir.
    Malou, ce que tu racontes est mille fois plus incroyable que ce que j’écris ! Et tu fréquentes Vincent V depuis longtemps ?
    Aldeaselva, Fra Angelico… je paierais cher pour contempler l’une de ses fresques dans je ne sais plus quel monastère.
    Denis, oui les nocturnes du Louvre ont bonne réputation. Sinon, tu as vu cette histoire de fou cette semaine à Orsay avec le Monet abimé ?
    Tip, merci 🙂

  7. Eric said, on octobre 10, 2007 at 11:07

    Beau moment. Ca prend un relief particulier au moment où on parle de cette anecdote concernant les personnes qui ont donné un coup de poing dans un Monet.

  8. romy said, on octobre 10, 2007 at 11:19

    Moi aussi j’ai pensé à ton papier ce matin en écoutant les news à la radio… sur cette histoire de lèvres et de rouge à lèvres…..
    Moi je ne sais pas il y en a tellement de moment incroyable que je ne sais pas…. là…. comme ça…. je ne vois pas…..
    Toujours autant de travail ?

  9. Joyce said, on octobre 11, 2007 at 8:39

    Toussaint 1996. J’ai des rendez-vous professionnels en Espagne. Barcelone dont je suis tombée amoureuse, une sorte de coup de foudre, et Malaga.
    Pause en route à Cordoba.
    Il fait chaud, après avoir posé mes bagages à l’hôtel je me promène. « La Mosquée ».
    Sans grande motivation, je me dis « pourquoi pas ».
    J’entre, et là, le choc. Enorme. Violent. Toutes ces colonnes en marbre noir et blanc, j’ai le souffle coupé, tétanisée sur place. A tel point que je ressors aussitôt pour entrer de nouveau, afin de ressentir de nouveau cette émotion rare.
    Mais non… Le choc, la violence, ne pouvait connaître de réplique.
    Jamais je n’oublierai cet instant « hors de tout ». Tout comme je me souviendrai du sourire du gardien quand il a compris « mon manège ».

  10. Laurent said, on octobre 11, 2007 at 9:38

    Eric, oui cette histoire de coup de poing est assez ahurissante; en même temps d’un point de vue non plus moral mais esthétique, je ne la trouve pas inintéressante… On se croirait dans une nouvelle de Bukowski.
    Romy, tu fais bien de rappeler cette histoire de rouge à lèvres aussi. La nana a je crois été condamnée à une lourde amende… Décidément, c’est la semaine de l’art… ou du lard peut-être…
    Joyce, Cordoue… j’y suis allé étant môme mais je n’en ai pas gardé de souvenir. Tu as pu rentrer dans la « mosquée », j’imagine que ce n’est plus un lieu de prière alors. A moins que tu ne sois musulmane. On ne peut pénétrer dans les lieux de prières de l’islam.

  11. Joyce said, on octobre 11, 2007 at 12:38

    Non, je ne suis pas musulmane.
    Il s’agit de « l’ancienne » mosquée, qui est aujourd’hui l’église du diocèse de Cordoue.
    Puis la mémoire est infidèle. J’avais le souvenir de colonnes de marbre noir et blanc.
    Non… toutes de marbre noir, mais ce sont les arceaux qui sont blancs… et rouge.

  12. Laurent said, on octobre 11, 2007 at 12:52

    Joyce, c’est normal d’avoir la mémoire infidèle quand on visite une mosquée 😉 (pas pu résister)

  13. Cerisette said, on octobre 11, 2007 at 11:49

    Pour moi, un des meilleurs souvenirs est dans le son.
    Elèves du conservatoire, nous sommes en contact (par le café du coin!!) avec les musiciens et techniciens de l’opéra. Un soir, les techniciens nous font rentrer en douce….nous guident, et nous nous retrouvons tout en haut, à la verticale de la scène. Invisibles des spectateurs autant que des musiciens. Postés immobiles sur les passerelles. Et monte vers nous La Damnation de Faust de Berlioz. Sons,notes, vibrations, « ondes », la musique nous enveloppait. Une des rares fois où j’ai eu l’impression d’être complètement enveloppée par la musique, nous n’entendions plus la musique, nous « étions » la musique. L’impression que les sons nous traversaient, mais laissaient au passage une trace. Sensation difficile à expliquer.

  14. Laurent said, on octobre 12, 2007 at 8:57

    Superbe histoire Cerisette. Ca devait être en effet magique.

  15. dubuc said, on octobre 16, 2007 at 8:48

    Novembre 2001. New York. Ground Zero. Soit deux mois après le 11 septembre. Extraordinaire, au sens  » qui sort de l’ordinaire »… Les ruines, la poussière, l’odeur de crâmé, la foule, le silence de plomb et une émotion d’une intensité presque palpable. Bien que peu émotif de nature, j’ai ressenti quelque chose d’une tristesse immense. Une sorte de communion d’âmes. Bizarre. Un truc qui faisait venir les larmes aux yeux.

  16. Laurent said, on octobre 16, 2007 at 9:43

    Saisissant, difficile de trouver les mots…

  17. fg said, on octobre 22, 2007 at 2:10

    Ca a un petit côté Da Vinci code ton histoire, ou c’est moi qui ai des références de merde ?

  18. laurent said, on octobre 22, 2007 at 9:14

    fg, figure-toi que je n’ai ni lu le livre, ni vu le film… Je sais qu’il se passe des crimes horribles au Louvre à travers la bande-annonce. Finalement, c’est la Joconde qui serait derrière tout ça ? Je me disais aussi, avec ce sourire.
    Bon, allez il faut vraiment que je bosse sur ce que tu sais…


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :