l’orangie

Rejetés, de Grozny à Amiens, de la Tchétchénie à la France

Posted in Social, sociétal, société by loranji on août 24, 2007

Afp_denis_charlet

Deux visages. Deux visages de parents. Les parents d’Ivan, tombé du quatrième étage de leur immeuble d’Amiens tandis qu’un huissier, mandaté par la police, s’attaquait à la serrure à coup de perceuse. Sur cette photo, signée Denis Charlet (AFP), Andreï et Natalia Demsky répondent sans doute aux questions des journalistes. On les devine interpellés, pressés de questions. On leur demande peut-être s’ils comptent porter plainte contre la police, l’Etat français. On les interroge sur la Tchétchénie qu’ils ont fuie.
Natalia est musulmane et Tchétchène. Son père n’a jamais accepté son amour pour Andreï, le Russe.
En 1995, Ivan est né, clandestinement, dans les ruines de Grozny avec au-dessus de lui, tournoyant dans le ciel comme des guêpes, une noria d’hélicoptères et de bombardiers russes comme s’ils voulaient le tuer lui, Ivan. Et tous les bébés tchétchènes, et tous les Tchétchènes.
L’enfant et ses parents sont tout aussi rejetés par le maquis, puisqu’Andréï, orthodoxe, refuse de se convertir à l’Islam. Reste la fuite. Dix ans d’errance dans l’Europe de l’est, avant la France. Terre d’asile, pensaient-ils…
Sur cette photo, ils répondent donc aux journalistes, mais leurs regards sont ailleurs. Comme si Andréï et Natalia n’étaient pas là, au pied de cette immeuble en brique à l’arrière-plan, mais dans la chambre d’hôpital où désormais leur fils, après avoir penché vers la mort, est finalement sorti du coma ; point zéro d’une convalescence qui pourrait n’aboutir que sur un handicap très lourd.

De Grozny à Amiens, des bombes russes à l’administration française, leur vie de "sans-papiers" et celle de leur fils paraît plus que l’histoire d’une fuite : c’est un rejet. On leur a refusé leurs origines, leur amour, leur enfant. En Tchéchénie comme en Picardie, on leur a refusé de vivre.
C’est cela que je lis dans leur regard : un combat et une peur, un espoir et une défaite, l’incompréhension, en toute fin, de ce monde où ils sont nés, qui leur refuse la vie.

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10 Réponses

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  1. Camaienne said, on août 24, 2007 at 1:29

    ton texte me fait penser à un film. La Belle Verte..

  2. Laurent said, on août 24, 2007 at 3:55

    Je ne connais pas. J’essaierai de le regarder à l’occasion.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Belle_Verte

  3. Vinvin said, on août 24, 2007 at 4:47

    Touché.

  4. mariektm said, on août 24, 2007 at 5:24

    et le vide.

  5. Tippie said, on août 24, 2007 at 7:37

    Ton interprétation de la photo n’est peut-etre pas la bonne (seuls eux pourraient te le confirmer) mais je la trouve très sensée et bien émouvante.
    Quelle tristesse 😦

  6. Otir said, on août 24, 2007 at 9:27

    Ils sont bouleversants.
    On n’a qu’une envie. Leur souhaiter qu’il puisse y avoir des issues heureuses à leur parcours de désespoir en désespoir.
    Parce qu’au jeu de l’interprétation d’images, on peut aussi y lire la détermination à ne pas renoncer, à ne pas sombrer, à ne pas céder.
    Mes pensées vont vers eux. Pour plein de raisons.

  7. Laurent said, on août 25, 2007 at 11:30

    Vinvin, oui c’est histoire est bouleversante.
    mariektm, le vide, le gouffre…
    Tippie, oui ça n’est bien sûr qu’une interprétation et tu remarqueras que j’utilise le conditionnel. Mais l’exercice est intéressant car une image peut porter une multiplicité de sens et susciter des mots qui évoquent, comme en biais (sous un angle moins journalistique) l’histoire… Enfin je ne sais pas si je suis clair… ;-/
    Otir, tu as raison d’ajouter qu’il n’y a pas de renoncement chez eux. Un article de Florence Aubenas dans le Nouvel Obs montre que Natalia Demsky n’a pas du tout l’intention de baisser les bras !
    Elle a – d’après l’article – jeté les journalistes qui voulaient lui « acheter » une photo de son fils en « exclu » par ces mots : « mon fils n’est pas à vendre ». Rien à ajouter.

  8. romy said, on août 27, 2007 at 11:11

    Horrible cette histoire, tu l’as bien écrite…..
    Ils n’ont pas finit dans « chier » ces pauvres gens…..

  9. Laurent said, on août 28, 2007 at 9:20

    Ce serait bien de connaître la suite de leur histoire. Leur vie. Les aider peut-être…

  10. romy said, on août 28, 2007 at 11:16

    oui mais comment faire?


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