l’orangie

Créateur d’entreprise : vos papiers !

Posted in web & webusiness by loranji on juillet 19, 2007

Dali

Les montres molles de Dali me font penser aux administrations françaises mangeuses de temps.

C’est une sorte de djinn qui apparaît et disparaît au coin des couloirs, dans le silence feutré des administrations françaises ; qui surgit soudain face à vous comme un diable sur ressort ; un vieux truc à faire mourir de rire dans les sketchs et à faire hurler de rage dans les faits.
Je veux parler de la bureaucratie, l’âme damnée de l’administration française.

Oh, je sais bien que je ne suis pas le premier créateur d’entreprise à me plaindre du monstre. En Italie, ils ont la Pieuvre. En France, on a le formulaire CERFA, vous savez, ces documents administratif aux numéros improbables (tenez au hasard : 12259 01)

Cela fait maintenant un bon mois que je me débats dans les démarches et je n’en vois toujours pas la fin. Dans une vie antérieure, – j’étais de ces salariés qui sourient en douce en entendant pour la nième fois un entrepreneur se plaindre de la bureaucratie française. On se dit alors qu’il exagère, qu’il entretient une bête rancune contre les fonctionnaires. Aujourd’hui, je comprends…

Notez qu’il n’y a rien là de personnel, j’ai même eu des relations très aimables avec mes interlocuteurs qui sont même parfois gênés de demander tant de documents.

Le grand responsable de tout ce Machin est sans nul doute cet état d’esprit hérité de feu la IIIème République ; formaliste, pinailleur sous prétexte de rigueur, avec en toile de fond cette glorification de la "nation" comme puissance omnipotente. Entretemps – c’est très con – on a perdu les clefs, sachant qu’en outre, le Machin s’est embourgeoisé au point de présenter une masse informe. "Mais où est passé la serrure ?" peut-on entendre dans la bouche de celui qui voudrait réformer.

Fin de la parenthèse : créer son entreprise, c’est globalement passer son temps dans une rôtissoire en attendant le moment où on vous dira que vous êtes à point pour vous consacrer enfin à l’essentiel : votre activité.

Au préalable, il m’aura fallu remplir des dizaines de documents, dont les fameux formulaires CERFA ; j’aurai tourné dans toute la ville entre les bureaux de la Trésorerie, ceux des Impôts, ceux du Centre de Formalités des Entreprises (CFE)) ; j’oublie aussi l’INPI pour le dépôt de marque, etc, etc.

Là, par exemple, je ressors du CFE lequel me signifie que mon dossier n’est pas complet. J’ai pourtant téléphoné auparavant pour m’assurer du contraire.

Après donc avoir consacré un temps précieux à la production des pièces suivantes :
– Statuts de la société
– Nomination du gérant
– Annonce légale de la création de la société
– Attestation de la banque de l’ouverture d’un compte pro
– Attestation de domiciliation
– Déclaration sur l’honneur de non condamnation
On me fait savoir qu’il faudra revenir avec :
– un formulaire "TNS"
– un formulaire "MO"
– une copie de facture EDF de moins de trois mois
– un chèque de 83,96€
La prochaine fois je viendrai avec les faire-part de naissance de mes enfants, où un diplôme de ski, on ne sait jamais.

Pour vous situer les choses, Depuis un mois, j’ai dû renseigner à peu près trente fois les cases "nom, prénom, adresse," toute administration confondue. Et pendant ce temps je ne travaille pas pour moi, alors que j’ai plein de boulot.

Plus sérieusement, au terme de ce périple, je m’effraie de voir passer mes impôts dans le financement d’administrations qui ne font pas doublon, non, mais plutôt "triblon" voire "quadrublon" ; on en vient toujours à inventer des mots pour décrire l’absurde.

En définitive, toute cette histoire ne m’inspire qu’un idée : au lieu de rôtir à petit feu comme un poulet sous les fourches des administrations françaises, je préférerais être une sorte de poulet de batterie traité en une après-midi, afin qu’on finisse une bonne fois pour toute.

Imaginez en effet, chers collègues entrepreneurs, un long tunnel dans lequel entrerait le jeune créateur tout nu, seulement habillé de son intention. Il passerait de bureau en bureau, d’étape en étape ; depuis le début, jusqu’à la fin du processus ; pour enfin ressortir, mettons une demi-journée plus tard, essoré, épuisé, mais débarrassé de toutes les démarches chronophages. Le rêve non ?

Là, il n’aurait plus qu’à aller au café du coin pour se reposer. Les oiseaux le salueraient d’un coup d’aile, un pigeon lâcherait un kak sur sa chaussure gauche pour lui porter bonheur. Et le serveur lui demanderait, tandis qu’il respire profondément :
– Alors, c’était dur ?
– Oui, le travail a duré 5 heures mais je suis super content. Mon entreprise est née.
– Et comment s’appelle-t-elle ?
– Liberté…
– C’est un joli prénom.

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12 Réponses

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  1. jul' said, on juillet 19, 2007 at 9:47

    les horreurs de l’administration
    ça me fait penser aux « douze travaux d’astérix »

  2. mariektm said, on juillet 19, 2007 at 9:52

    moi aussi je pensais aux 12 travaux d’astérix… vous n’avez pas le formulaire vert? ? ? il vous faut le formulaire vert pour faire une demande de formulaire violet…
    plus sérieusement cette note tombe à pic étant donné que je viens de passer la journée à remplir des dossiers administratifs (car je suis reçue comme instit’ stagiaire.. je l’avais déjà dit?) avec le numéro de sécu des grands parents, le docteur officiel, le contrat du mari, les diplomes de natation (cette blague), de secourisme, d’armée… et effectivement j’ai déjà remplit 7fois les « noms prénoms adresse ». Heureusement je ne crée pas d’entreprise. D’ailleurs je ne crée rien du tout. Pfff… dire que je vais être fonctionnaire…

  3. Laurent said, on juillet 19, 2007 at 10:47

    Bon je n’ai plus qu’à porter des moustaches. Si vous avez une recette de potion magique, je suis preneur…
    Marie, bonne chance pour ta carrière d’instit’! c’est un (très) beau métier. Pense toujours à l’intérêt des enfants… (signé : un papa)

  4. Joyce said, on juillet 20, 2007 at 7:41

    J’ai connu ça… Des liasses énormes de formulaires à remplir. Mais pour les remplir il fallait comprendre. Et après plusieurs lectures, le doute.
    Suis-je capable de créer une entreprise alors que je ne pige rien aux paperasses préliminaires ?
    De bureaux en bureaux, l’oreille décapitée pour avoir entendu durant des heures « quittez pas »… « c’est pas le bon service »… « c’est quoi déjà votre numéro de dossier »…
    Puis un jour, prise d’un doute sur mes capacités intellectuelles, je suis allée voir une association d’anciens chefs d’entreprises ayant pour but d’aider les jeunes créateurs.
    Je me croyais sauvée.
    « Personne ne comprend au-delà de la première page (nom prénoms etc…)et il y en a 12 !!! Alors je vais faire comme pour beaucoup, donnez-moi votre dossier non rempli, j’irai le déposer et tout ira très vite »…
    – Mais ils vont me le renvoyer !
    – Non, parce qu’ils ne comprennent pas non plus, alors ils valident.
    Good luck

  5. Laurent said, on juillet 20, 2007 at 9:06

    Alors maintenant, beaucoup de choses sont censées se faire par internet. Mais il y a encore des progrès à réaliser ! Je n’ai pas éprouvé ce que tu racontes : la désorganisation, le besoin de répéter sans cesse les numéros etc.
    Visiblement, l’administration s’est améliorée de ce côté.
    Hier soir ma femme me racontait que le CFE a justement été créé pour éviter de courir les URSAAF et autres administrations. Une sorte de guichet unique en quelque sorte. Si je comprends bien je devrais me réjouir… ;-/

  6. Joyce said, on juillet 20, 2007 at 9:48

    C’est certain qu’internet a « peut-être » (prudence, prudence) contribué à certains raccourcis.
    De là à se réjouir…
    Se réjouit-on encore de l’électricité ? Pas vraiment quand on n’a pas connu la lampe à pétrole !!!
    Et c’est pour tout comme ça… hélas. Ma caisse de retraite complémentaire (ben voui) me demande un document (c’est banal). Et pour ce faire mentionne deux adresses, dont l’une surlignée en fluo-pétard.
    J’appelle, la « fluotée » n’étant pas celle habituelle (oui, fournir des documents devient vite une habitude).
    Mais non madame, c’est à l’adresse juste en bas…. « Enfin, par sécurité, envoyez un double à l’autre, on ne sait jamais ».
    « On ne sait jamais »… Cela résume tout.

  7. Laurent said, on juillet 20, 2007 at 1:35

    C’est le p’tête ben qu’oui normand, quoi…
    C’est effectivement assez hallucinant de constater que les employés de la fonction publique sont eux-mêmes dans le brouillard. Moi, pas plus tard que ce matin, avec une dame de fort bonne volonté mais incapable de me renseigner…

  8. jul' said, on juillet 20, 2007 at 9:58

    content d’être dans la fonction publique parfois, quand même

  9. Laurent said, on juillet 21, 2007 at 1:05

    Disons, que sont deux sports différents avec chacun leurs charmes respectifs… 😉 Le principal étant de se sentir bien dans ce que l’on fait. Rien de pire que la frustration, et cela se retrouve partout : fonction publique, entreprise, et ce, à tous les niveaux de la hierarchie. On a même sûrement eu des ministres regrettant de ne pas avoir fait berger…

  10. Cerisette said, on juillet 21, 2007 at 1:16

    Ils ont du compliquer les démarches pour tester la résistance des futurs chefs d’Entreprise!! si tu as subi avec succès les épreuves éliminatoires, tu es prêt pour la suite : déclaration d’impôt avec en prime le formulaire A2B4E rectifié 68712 (sauf pour les lignes 26 B à 52K, dans ce cas se reporter aux instructions portées sur l’imprimé à retirer lors de la demande du formulaire 2542 à l’aide du formulaire bleu ci joint!), les contrôles URSSAF, les déclarations TVA (non Monsieur, il ne fallait pas déduire le crédit de TVA du mois dernier, il fallait le rajouter sur l’assiette calculée sans l’ajout dudit crédit,pour le redéduire sur le débit,on ne peut donc pas le prendre en compte c’est la faute à l’ordinateur.. ça-fera-donc-10%-en-plus-mais-ne-venez-pas-payer-le-mardi-après-midi-je-suis-en-formation-remplissage de formulaires!)..
    Oups..ça m’arrange pas, la migraine!! un cachet, une tisane, et au lit..

  11. PHIL TWINSART said, on mai 9, 2008 at 2:46

    qui d autre mieux que dali peut representer le mieux le concept de liberté et de » ma petite entreprise »!
    merci pour vos articles vraiment savoureux et instructifs!

  12. Laurent said, on mai 9, 2008 at 12:16

    Merci Phil, bienvenue sur ce blog !


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