l’orangie

Internet : quand les marques deviennent des « marqueurs »

Posted in web & webusiness by loranji on juin 14, 2007

J’ai lu aujourd’hui un billet tout à fait intéressant sur le commerce électronique et plus globalement sur l’économie numérique chez Dubuc, un vrai pro dans ce petit milieu.

Décidément, il nous faut oublier les vieux modèles, à l’allure où évoluent les marchés et les produits ; à l’allure où se télescopent, pour le meilleur et pour le pire, la technologie internet et les attentes des consommateurs. Des attentes toujours plus basées sur des « valeurs », une « recherche de sens » ; au sens large s’entend… pas au sens éthique. Parce qu’en la matière, il y aurait de gros progrès à faire, mais ceci est une autre affaire…

Ce qui est vraiment intéressant ici, c’est d’abord ce que l’on peut observer : la façon dont les marques sont sommées d’évoluer vers cette demande multiforme, via les outils numériques. La façon dont aujourd’hui, en ce moment peut-être, il pourra prendre l’envie à quelqu’un de se commander des Nike avec des papillons pinks et punks sur le côté ; des chaussures qui ferait « sens » et prolongeraient son engouement pour la dernière série punk américaine où le héros mange une fricassée de papillons en buvant du lait à la fraise – d’où le rose, sur les Nike, vous suivez ? C’est un exemple. Mais c’est un peu cela l’avenir des marques : savoir répondre à l’intime besoin des individus, dans leur subjectivité, leur spécificité la plus étroite. D’ailleurs Nike a créé Nike ID.

Au bout du compte, la marque (en tout cas celle qui se dote d’un avenir) devient en quelque sorte le "marqueur" intime du consommateur, de l’individu. Le phénomène a commencé il y a bien longtemps, mais internet a les moyens technologiques d’aller au bout de cette mécanique occidentale qui exige de chaque homme qu’il "invente" sa vie. Fût-elle consummériste.

Evidemment, et puisque rien n’est simple, ce qui peut effrayer d’un côté peut s’avérer nettement enrichissant de l’autre.

L’économie numérique, c’est ainsi la possibilité d’accéder au plus vite au produit dont on sait – ou soupçonne – que c’est celui-ci, et pas un autre, qui va le mieux répondre à son besoin. Après tant d’années de bombardements publicitaires, ces armes de destruction massives de l’intellect dont sont encore chaque semaine victimes plusieurs millions de fan de Foucault (l’animateur, pas le philosophe), le consommateur peut enfin souffler et choisir, via internet, le produit qui lui convient – a priori – le mieux.

De fait, quand il cherche sur son moteur Google « un réfrigérateur gris métal avec un grand bac légume » il le trouve. Généralement.
Or jusqu’à une époque récente, il était obligé de se farcir Darty, le vendeur à veste rouge, avec le risque de repartir équipé d’un« réfrigérateur blanc avec un grand bac à glaçons »… Désormais, ce n’est plus le produit qui lui saute à la figure. C’est lui qui lui saute dessus via e-Bay.

En somme, Internet, c’est le plus vaste hypermarché du monde où l’on vous fiche (globalement et pour l’instant) une paix royale et où, de surcroît, vous pouvez lire les avis de consommateurs sans le filtre de la publicité et ses insupportables « testimoniaux » qui sonnaient aussi faux qu’un mauvais chanteur de bal.

Fin d’une époque donc, début de celle-ci. Mais tandis que nous en terminons avec le glacis publicitaire de la première, voici que la seconde s’ébroue sans pudeur, dans l’outrance ; et cette sorte d’orgie – d’hallali ? –  communicationnelle.

La difficulté, maintenant, est donc celle-ci : apprendre à naviguer dans cette océan d’information où flottent d’innombrables esquifs qui sont autant de produits, d’offres promotionnelles ; aussi tentants que dérisoires, aussi « inutiles » pour ce consommateur-ci, « qu’essentiels » pour ce consommateur-là.

Cela dit, on semble se trouver à la veille d’une volonté collective de réguler ces flux, non point trop par la force de la loi ou quelque outil institutionnel mais par la technologie (encore elle) ; c’est -à-dire par des « filtres » qui permettraient de configurer une sorte de zone tampon entre Soi et le Reste du monde ; le monde marchand au premier chef.

Est-ce à dire que, dans le cas contraire nous risquerions de tomber fous, sous le feu d’une surexposition d’informations et d’offres commerciales ? Possible. Est-ce à dire que le monde marchand ne peut durablement fonctionner sur ce mode entropique, avec cette manière de massification comparable, finalement, à la pub ? Nous verrons.

En définitive, nous vivons une époque aussi curieuse et ambiguë à vivre, que passionnante à observer.

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Dubuc, dans son billet évoque cette économie numérique à travers un livre qui fait déjà référence : "la longue traîne" de Chris Anderson aux éditions du "Village mondial". Ici chez Amazon.

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13 Réponses

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  1. dubuc said, on juin 15, 2007 at 1:27

    Belle mise en perspective! Je vais « linker » tout ça!!!

  2. Joyce said, on juin 15, 2007 at 8:54

    Impossible de chercher « quelque chose » sur le net sans avoir des pages de « comparaisons ».
    Comparer c’est bien. Nous noyer, ça l’est moins.
    Alors je change d’objectif. Je cherche les adresses où trouver le produit qui m’intéresse.
    Et j’y vais.

  3. Laurent said, on juin 15, 2007 at 9:10

    Merci Dubuc !
    Joyce, c’est vrai que les comparateurs deviennent omniprésents. En fait il faudrait un comparateur de comparateur 😉
    Cela dit, j’ai l’impression que dans leurs pratiques quotidiennes, les internautes ont tendance à se fixer à un moment sur quelques adresses, jugées « bonnes ». Ce qui calme un peu le jeu sinon, en effet, comme tu le dis, c’est ingérable.
    Malgré tout, telle ou telle « bonne adresse » peut rapidement se trouver supplantée par une nouvelle venue, etc, etc.

  4. Joyce said, on juin 15, 2007 at 11:20

    En fait je cherche « le magasin le plus proche »… Et basta !

  5. Laurent said, on juin 15, 2007 at 11:38

    Joyce, c’est drôle, j’ai l’impression que ce billet est plutôt mal perçu. Je ne parle pas pour toi en particulier, c’est un sentiment diffus. Ca n’est que mon petit doigt qui le dit, mais bon, j’ai tendance à lui faire confiance 😉
    Je me demande si je ne passe pas pour un chantre du libéralisme à travers ce discours sur les marques et la nouvelle économie, pourtant ce n’est faute de pointer leurs insuffisances.
    Mon point de vue sur ce qui se passe dans la nouvelle économie, c’est qu’elle est là, incontournable, émergente et que plutôt que de la vouer aux gémonies, il vaut mieux l’appréhender de façon pragmatique et critique, en y recensant les mauvais comme les bons aspects… La discussion est ouverte…

  6. Joyce said, on juin 15, 2007 at 12:25

    J’avais bien « généralisé ». Et j’y trouve de bons aspects malgré tout.
    Puisque je m’y réfère.
    Mais c’est un peu « trop » à mon humble avis (oui, je n’engage que mouâ-même).
    Peut-être pas encore assez de recul. C’est même certain.
    Que veux tu, les « anciens » rêvent encore au catalogue Manufrance…

  7. romy said, on juin 15, 2007 at 12:43

    Laurent ce n’est pas mal perçu en tout cas pas par moi….
    je n’ai pas vraiment d’avis là-dessus, peut être comme le dit Joyce pas assez de recul…..
    Pour moi l’économie du net est complémentaire aux boutiques et supermarchés…… chacun y trouve son intéret, et je suis bien contente lorsque je me rend à la boutique du coin et qu’ils n’ont pas le bouquin que je cherche, suis bien contente de l’acheter sur Amazone même si je fais hurler les anti-site marchand, au moins je trouve et il ne me coûte pas plus cher voir moins cher……
    Bon tu me diras lorsqu’il n’y aura plus de gens ni de boutiques, pour vendre les produits on sera bein malheureux…….
    C’est comme le numérique et l’argentique…..
    Mais ça c’est un autre débat…. j’arrête là sinon j’en ai pour 5 heures 😉

  8. Laurent said, on juin 15, 2007 at 1:33

    Joyce, ah Manufrance, moi ça me rappelle l’As Saint-Etienne de ma jeunesse. Mais à part ça, c’est vrai que l’on manque de recul par rapport à ce qui se passe, on est un peu dans l’oeil du cyclone électronique. A quoi ressembleront nos achats dans cinq ans ? Retour au réel, saut définitif dans le virtuel ?
    C’est là que je te rejoins Romy, les deux sont actuellement complémentaires. Ce qui nous trouble c’est que les frontières entre ces deux mondes sont encore stables et floues. Elles le resteront peut-être.
    A moins que l’on ne réserve le commerce du réel aux achats dit de « plaisir » (le petit cadeau que l’on cherche ; avec la bonne idée au coin de l’étagère du commerçant) et les achats du quotidien, les achats pratiques à l’internet.
    Nous par exemple, ça fait maintenant plus de deux ans que l’on fait nos pleins sur Ooshop. Le Monop’, c’est vraiment en dépannage.
    A peu près pareil pour un livre pas forcément facile à trouver mais dont j’ai déjà la référence : je file sur Fnac.com ou Amazon…
    En revanche, je passe toujours de (très) longs moments dans les rayonnages des librairies et je ne repart jamais les mains vides ; content de mes « trouvailles », avide de me jeter dans leur lecture, une fois rentré chez moi.

  9. romy said, on juin 15, 2007 at 3:33

    d’accord avec toi….. 😉

  10. Joyce said, on juin 15, 2007 at 4:14

    Faut quand même que je vous dise…
    Je fais mes réservations SNCF en ligne avec livraison par voie postale dans ma boîte à lettres.
    Puis je loue deux DVD par mois… en ligne aussi, toujours in the letters box et retour itou.
    Et aussi, la semaine dernière, acheté un vernis « spécial » pour les ongles que je n’ai plus trouvé dans les enseignes habituelles.
    Tout de même…

  11. Laurent said, on juin 18, 2007 at 12:14

    Romy, 🙂
    Joyce, on peut acheter du vernis par internet ?
    Moi alors j’attends avec impatience l’ordinateur-masseur pour le mal de dos…

  12. Vinvin said, on juin 24, 2007 at 8:16

    J’adore cette proposition du marqueur… Surtout si c’est sun Stabylo !
    (belle réflexion, comme ça d’instinct)

  13. Laurent said, on juin 24, 2007 at 7:54

    Merci Vinvin. C’est vrai que cette idée de « marqueur » me paraît intéressante dans l’approche des marques vis-à-vis des consommateurs, reste à l’affiner…


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