l’orangie

L’ère de la bulle

Posted in L'art Sélavy by loranji on mai 22, 2007

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Avez-vous remarqué ? Désormais, lorsqu’on pénètre dans une librairie, on est cerné par les bulles. Partout, ou presque, sur les rayonnages, des bulles, encore des bulles. La bédé, BD, ou aussi bande dessinée, remplit les librairies de bulles qui se remplissent de lecteurs de bulles. Beaucoup de bulles donc. Encore des bulles. Il suffit, pour en prendre conscience, de se rendre dans la première FNAC venue. Le rayon « bulles » est plein comme un œuf.

C’est l’épanouissement du phylactère ; mot savant pour désigner ces fameuses bulles ; un mot qui pourrait faire penser à quelque plante exotique, boosté par quelque engrais concocté par un Lagaffe au fond d’un bureau des éditions Dupuis (je connais mes classiques) puis posée sur les rayonnages de librairies ; une plante qui bientôt gagne sur les autres étagères, cachant ici un Zola, masquant là un Kafka,  ici encore un Dos Passos.

Car c’est cela, aujourd’hui, la bédé : 124 albums tirés à plus de 50 000 exemplaires en 2006 ; dont 44 qui dépassent 100 000 unités.

La bédé, BD, bande dessinée, c’est Hergé qui « vend » encore, 25 ans après sa mort, 1 millions d’exemplaires par an ; c’est le dernier Astérix – d’une médiocrité quasi assumée, même Asterix ne semble pas croire à son rôle – qui s’écoule encore à 3 millions d’exemplaires ; c’est aussi la série « XIII » qui, depuis sa création, a vendu 16 millions  de livres. Et puis aussi Titeuf, Cédric, Kid Paddle etc. Sans oublier les mangas qui représentent le tiers des plus grosses ventes…

Il y a cent ans, jour pour jour, Georges Remy, dit Hergé, voyait le jour quelque part en Belgique. Christophe Quillien, du Monde, en profite pour citer les chiffres que je viens de reprendre et titre son article d’un sentencieux : « Le succès de la bande dessinée sauve l’édition de la morosité ». En effet, c’est une réalité incontestable.
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Dans le même temps, un recueil de poésie, s’il a la chance d’être édité, devra s’aligner sur un ordre de grandeur de la dizaine, disons de la centaine d’exemplaires vendus pour les auteurs confirmés, Nathalie Quintanne, Jean Roubaud, ou autres…

Ceux-là, les poètes, il y a longtemps que le phylactère les a étouffés. René Char et Francis Ponge, c’est bon pour les cours de français ou le frontispice des collèges. Plus tard, le Char de poche termine dans un coin d’étagère du couloir, près du chat et de la plante verte.

Reprenons : la FNAC, c’est 60% du chiffre d’affaires livres avec seulement 500 références. 500 livres, dont beaucoup sont des bandes dessinées, des bédé, des BD. Que faut-il conclure ? Est-ce la fin de la culture, la vraie, la grande, l’unique ?  Les Bulles vont-elles définitivement faire oublier les Lettres ?

Lisait-on davantage Victor Hugo auparavant ? Du temps de Voltaire peut-être oui… *

Bref, l’édition se porte mal et les lecteurs ne savent pas qu’ils sont malades à force de manger du phylactère.

Pour autant, la BD, bédé, Bande dessinée n’est pas que mauvaise. On l’a suffisamment méprisée, vouée à l’adolescence « débile ». J’en parle pour l’avoir vécue, cette adolescence débile. Mes jeunes années se sont énivrées de Blueberry, Lefranc, Alix, Blake et Mortimer puis plus tard, Corto Maltese, John Difool, et d’autres héros plus modernes … J’ai aligné jusqu’à 300 volumes sur mes étagères, affiché mes posters préférés, fasciné par les formes, les couleurs, les ambiances, les mystères. Mais au fil des mois et des années, Alix – pour prendre un exemple – a fini par m’attirer vers l’Antiquité ; Blake et Mortimer, dans leurs aventures pyramidales, m’ont amené à lire un pavé indigeste sur l’egyptologie.

Il existe ainsi des passerelles entre bande dessinées et culture classique. Le principal, n’est-il pas que le lien ne soit pas rompu entre les deux mondes  ? Corto Maltese peut mener à Jack London ; John Difool de Moebius (alias Jean Giraud) peut susciter l’ouverture du 1984 d’Orwell…

Le problème, dans ce monde déraisonnable, c’est l’hypertrophie de la Bulle, qui d’ailleurs, ne semble pas prête d’éclater puisqu’elle formate les principes de lecture à partir d’images séduisantes, envoûtantes, amusantes, surprenantes. Bref, tout ce que l’austérité plastique d’une page de Gracq ne pourra pas offrir.

Le drame et la richesse d’un livre de littérature, c’est qu’il est un murmure. Notre époque entend-elle encore les murmures ?
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* je plaisante bien sûr. Voltaire a vécu bien avant Hugo. Au 12ème siècle.

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13 Réponses

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  1. Camaienne said, on mai 22, 2007 at 10:54

    En attendant, ma fille a sauté le pas de la lecture avec Tintin, elle a viré l’appréhension des mots accompagnée des images… à nous de faire le lien vers d’autres lectures dans pour autant jeter les BD au rebut.

  2. Joyce said, on mai 22, 2007 at 11:39

    Ben voilà… Je me réveille guillerette larirette, les p’tits zoizeaux, les fleurs, le parfum du chèvrefeuille sous lequel je savoure mon premier café… et vlan !
    Que va devenir mon livre qui sort le 7 juin, déjà référencé à la Fnac, qui n’est pas une Bande Dessinée mais une Bande Ecrite, qui n’est pas de la littérature mais de la prose rigolarde, hein ?
    Je n’ai jamais trop lu les BD. Malgré tout, sur mes étagères un vieux Tintin, un vieil Astérix.
    Mais le jour où j’ai des sous, je m’achète tout Le Chat. Parce que celui-là, il ne perd pas ses poils mais on se poile (sic) quand même.

  3. romy said, on mai 22, 2007 at 12:57

    Chez nous les BD sont les reines….. Il y en a partout…. je n’en peux plus…. dans la cuisine, le séjour, sdb, wc et autres chambres….. ici (à part moi) tout le monde lit de la bédé ou qu’il, qu’elle, soit.
    Il y a quelque temps mon fils lisait des petits romans adaptés à son âge, (J’aime lire et compagnie) et puis il a découvert la bédé et là c’était pour lui la révélation, il n’a plus jamais depuis ce temps là ouvert un petit roman…… ce n’est pas faute d’avoir essayé nous ses parents de l’intéresser, non rien a faire…… mais je garde espoir.
    Joyce…… tu te réveilles à 11h30 toi ??? la chan-ce !!!!

  4. Joyce said, on mai 22, 2007 at 1:04

    Non non, je ne suis pas une lève-tard.
    Je disais que ce matin je m’étais réveillée guillerette… etc…
    Ce n’est plus tard que l’article de Laurent m’a anéantie. Oui messieurs-dames, a…né…an…tie !
    Romy, mon fils qui n’est point sot ni inculte, ne lit pas.
    Mais il m’a dit… « je lirai le jour où tu écriras un livre ».
    Pas de bol, c’est fait !!!

  5. Laurent said, on mai 22, 2007 at 3:09

    Bon, Joyce, tu ne veux pas nous faire un peu la promo de ton livre ici ? Ce serait un privilège !
    Romy, il ne nous reste plus qu’à courir acheter le livre de Joyce le 7 juin et à l’offrir à nos enfants.
    Plus sérieusement, de mes deux garçons l’un est vraiment grand lecteur, et l’autre ahanne (je suis allé le chercher loin celui-là) un peu. A 10 ans, mon aîné avait déjà lu les Trois Mousquetaires (les 5 ou 6 Harry Potter, il en a fait une bouchée). Fierté !
    Quant à mon cadet de 8 ans, il prend le taureau par les cornes en prenant exemple sur moi… Crayon à la main, prêt à souligner la « bonne phrase ». Ils sont adorables tous les deux.
    Cela dit, la BD reste pour eux une grosse tentation. Je suis obligé de réguler les envies. Priorité à la lecture de « bandes écrites » comme dit Joyce.
    Cela rejoint ta problématique Camaïenne : le passage (souple et pas conflictuel si possible) entre les deux univers.

  6. romy said, on mai 22, 2007 at 4:05

    Laurent tu as raison pour le bouquin de Joyce…
    Encore faut-il qu’elle nous dise le titre, voir plus, hein Joyce on a envie de savoir de quoi ça cause….. pour pouvoir a notre tour l’offrir à notre progéniture… 😉

  7. Laurent said, on mai 22, 2007 at 4:29

    J’ai bien une idée (précise) du titre de son livre, mais je ne peux rien dire ! Il n’y a qu’elle qui peut parler de son oeuvre ! :-/

  8. Bérangère said, on mai 22, 2007 at 6:14

    tiens, rien que pour me faire mentir, Chloé est rentrée de l’école et s’est ruée sur une caisse de mes vieux « J’aime lire » que mon père vient de m’amener. Trop chouette! Vive la lecture au sens large !

  9. Laurent said, on mai 22, 2007 at 7:45

    Ca Bérangère, c’est l’effet « impulse » de mon blog. Je parle de bouquins, et hop, on a envie de lire ;-))
    Cela dit, c’est vrai que nous aussi nous laissons traîner des bouquins partout, y compris ceux des enfants ; c’est autant de bienfaisantes sollicitations.

  10. Bérangère said, on mai 22, 2007 at 8:56

    et tu n’as pas un effet « Ax » ?? ou un deuxième effet kisstranquille?

  11. Laurent said, on mai 22, 2007 at 10:30

    Il faudrait inventer le blog qui fait dormir. Ca c’est un concept ! 😉

  12. Joyce said, on mai 23, 2007 at 7:45

    Heu… Ce n’est pas vraiment un livre pour les enfants, et ce n’est pas une oeuvre non plus !
    Alors ? C’est de la prose. Avec une particularité de taille, c’est que contrairement à monsieur Jourdain, je sais que c’est de la prose mouâ !

  13. Laurent said, on mai 23, 2007 at 8:00

    Je confirme, d’après le titre (je n’en sais pas plus) ce n’est pas un livre pour les enfants… Avec ça Joyce, te voilà presque classée dans la littérature érotique ! 😉


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